Baisse des  (IDE) au Sénégal (Dr. Cheikhna Hamallah NDIAYE)

Un catalyseur de la transformation structurelle de l’État dans le cadre de la Vision Sénégal 20 – La contraction des investissements directs étrangers (IDE), passés de 4,79 milliards USD en 2023 à 337 millions USD en 2025, constitue un signal macroéconomique majeur qui mérite une analyse dépassant les seules fluctuations des flux de capitaux internationaux.

Si cette évolution s’explique en partie par la fin du cycle d’investissement des grands projets pétroliers et gaziers, elle révèle également des défis plus profonds liés à la gouvernance économique, à la soutenabilité des finances publiques et à la crédibilité des institutions.

Dans le contexte de la Vision Sénégal 2050, cette situation doit être considérée non comme une contrainte conjoncturelle, mais comme une opportunité stratégique pour accélérer la transformation structurelle de l’économie et moderniser durablement l’État. Elle rappelle qu’à l’ère de la compétition mondiale pour les investissements, la qualité de la gouvernance, la confiance institutionnelle et la performance de l’administration publique constituent désormais des déterminants essentiels de l’attractivité économique.

1. La baisse des IDE : un révélateur de la transition vers un nouveau modèle de développement

Les performances exceptionnelles enregistrées entre 2020 et 2024 reposaient principalement sur les investissements massifs associés au développement des projets pétroliers et gaziers. Leur entrée en phase d’exploitation entraîne naturellement une diminution des besoins en capitaux étrangers.

Cependant, la baisse observée en 2025 dépasse cette seule explication sectorielle. Les tensions sur les finances publiques, les interrogations relatives à la soutenabilité de la dette, la suspension du programme avec le FMI et la réévaluation du risque souverain ont contribué à fragiliser la perception du Sénégal auprès des investisseurs internationaux.

Cette évolution met en évidence une réalité désormais largement admise : les investisseurs privilégient les États capables de garantir la stabilité macroéconomique, la sécurité juridique, la transparence des finances publiques, la qualité des institutions et la prévisibilité des politiques publiques.

Dans cette perspective, la baisse des IDE doit être interprétée comme un indicateur de gouvernance, autant qu’un indicateur économique.

2. La Vision Sénégal 2050 : une nouvelle trajectoire de transformation structurelle

La Vision Sénégal 2050 ambitionne de construire une économie souveraine, compétitive, inclusive et résiliente, fondée sur la création de valeur nationale, l’industrialisation, l’innovation et la valorisation du capital humain.

Cette ambition implique une évolution profonde du rôle de l’État.

L’État n’est plus uniquement appelé à réguler l’économie ; il doit devenir un État stratège, capable d’anticiper les mutations, de piloter les transformations, de coordonner les politiques publiques et de créer un environnement propice à l’investissement, à l’innovation et à la compétitivité.

Dans cette logique, l’attractivité des IDE ne constitue pas une finalité en soi, mais un levier au service de la transformation structurelle, du développement des chaînes de valeur locales, du transfert de technologies, de la montée en compétences de la main-d’œuvre et de la création d’emplois durables.

3. Le New Deal Technologique : un accélérateur de la transformation de l’État

La mise en œuvre du New Deal Technologique représente l’un des piliers opérationnels de la Vision Sénégal 2050. Il offre l’opportunité de transformer en profondeur les modes de gouvernance, les processus administratifs et la relation entre l’État, les citoyens et les investisseurs.

Au-delà de la numérisation des services publics, cette stratégie vise à construire une administration intelligente, fondée sur la donnée, l’interopérabilité des systèmes d’information, l’automatisation des processus, l’intelligence artificielle et la cybersécurité.

Dans cette perspective, plusieurs transformations apparaissent prioritaires :

la mise en place d’une gouvernance publique fondée sur les données (« Data Driven Government ») afin d’améliorer la qualité de la décision publique ;

la digitalisation intégrale des procédures relatives à l’investissement, à la fiscalité, aux marchés publics, aux partenariats public privé et aux autorisations administratives ;

le développement de plateformes numériques intégrées facilitant le parcours des investisseurs (« One Stop Shop » numérique) ;

l’utilisation de l’intelligence artificielle pour renforcer le pilotage budgétaire, la gestion des risques, la détection des anomalies et l’évaluation des politiques publiques ;

le développement d’une identité numérique, de services publics dématérialisés et de systèmes interopérables garantissant une meilleure qualité de service.

Le New Deal Technologique devient ainsi un instrument de souveraineté numérique, de transparence administrative et de compétitivité économique.

4. Faire de la gouvernance publique un avantage compétitif

Dans un contexte international marqué par une concurrence accrue pour les capitaux, la qualité de la gouvernance constitue désormais un véritable facteur d’attractivité.

Le Sénégal dispose d’une opportunité pour inscrire les fonctions de gouvernance parmi les moteurs de sa compétitivité.

Cela suppose notamment : le renforcement des systèmes de contrôle interne conformément aux standards internationaux ; la généralisation de la gestion intégrée des risques dans les administrations publiques ; le développement de fonctions d’audit interne conformes aux Global Internal Audit Standards de l’IIA ; le renforcement des dispositifs d’évaluation des politiques publiques et de mesure de la performance ; l’amélioration de la qualité, de la transparence et de la fiabilité de l’information financière publique ; la consolidation des mécanismes de redevabilité, d’intégrité publique et de prévention de la corruption.

Une gouvernance moderne réduit le coût du risque, améliore la confiance des investisseurs et renforce la crédibilité de l’État.

5. De l’attractivité des capitaux à l’attractivité des écosystèmes

La Vision Sénégal 2050 invite à dépasser une logique d’attraction ponctuelle des capitaux pour construire une véritable stratégie d’attractivité des écosystèmes productifs.

Cette approche suppose de favoriser les investissements créateurs de valeur dans : l’industrie manufacturière et la transformation locale ; l’agro-industrie et la souveraineté alimentaire ; l’économie numérique et les industries technologiques ; les infrastructures logistiques intelligentes ; les énergies renouvelables et l’économie verte ; les industries culturelles et créatives ; la recherche, l’innovation et l’économie du savoir.

L’objectif est de développer des chaînes de valeur intégrées, capables de renforcer la résilience économique et de réduire la dépendance aux cycles des industries extractives.

6. Les priorités stratégiques pour une nouvelle génération de réformes

Afin d’inscrire durablement le Sénégal dans la trajectoire de la Vision Sénégal 2050, six priorités apparaissent déterminantes.

Premièrement, restaurer la confiance macroéconomique par une stratégie crédible de consolidation budgétaire, de maîtrise de la dette et de transparence des finances publiques.

Deuxièmement, accélérer la transformation structurelle de l’économie en orientant les IDE vers les secteurs prioritaires à forte valeur ajoutée et à fort contenu technologique.

Troisièmement, faire du New Deal Technologique le principal levier de modernisation de l’administration, de simplification des procédures et d’amélioration du climat des affaires.

Quatrièmement, renforcer la gouvernance publique en institutionnalisant les fonctions de gestion des risques, d’audit interne, de contrôle interne, d’évaluation des politiques publiques et de pilotage par la performance.

Cinquièmement, développer un État fondé sur les données (« Data State »), capable de piloter les politiques publiques à partir d’indicateurs en temps réel, de tableaux de bord stratégiques et d’outils d’intelligence artificielle.

Sixièmement, mettre en place un dispositif permanent de veille stratégique sur la compétitivité nationale, intégrant des indicateurs relatifs à l’attractivité des investissements, à la qualité de la gouvernance, à la transformation numérique, à la performance institutionnelle et à la satisfaction des usagers.

Conclusion

La baisse spectaculaire des investissements directs étrangers ne doit pas être analysée comme un simple ralentissement conjoncturel. Elle constitue un point d’inflexion stratégique qui confirme la nécessité d’accélérer les réformes de gouvernance engagées dans le cadre de la Vision Sénégal 2050.

La prochaine phase de développement du Sénégal reposera moins sur la rente des ressources naturelles que sur sa capacité à construire un État stratège, agile, numérique et performant, capable de piloter la transformation structurelle de l’économie, de renforcer la confiance des investisseurs et de créer durablement de la valeur publique.

À cet égard, le New Deal Technologique ne représente pas uniquement un programme de modernisation numérique. Il constitue un levier transversal de transformation de l’État, permettant de renforcer la transparence, d’améliorer la performance publique, de sécuriser les investissements, d’optimiser la gestion des ressources publiques et de positionner le Sénégal comme une économie compétitive dans un environnement international de plus en plus exigeant.

Ainsi, l’attractivité des investissements ne dépendra plus seulement des avantages comparatifs traditionnels, mais de la capacité du Sénégal à faire de sa gouvernance, de son capital institutionnel, de son innovation publique et de sa transformation numérique des avantages compétitifs durables, pleinement alignés sur l’ambition de la Vision Sénégal 2050 : bâtir un État performant au service d’une économie souveraine, inclusive, résiliente et créatrice de prospérité.

Dr. Cheikhna Hamallah NDIAYE
Conseiller Exécutif en Gouvernance Publique et Transformation de l’État

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