Diogo, pionnier de l’agriculture solaire et durable dans les Niayes

Diogo (Darou Khoudoss) – Le village de Diogo, dans la zone des Niayes, connait une révolution agricole portée par l’énergie solaire. L’horticulture locale bénéficie désormais de solutions de conservation alimentées par le solaire, réduisant sensiblement les pertes post-récoltes.

Au lever du jour, les Niayes dévoilent un paysage saisissant. Les premières lueurs du jour effleurent les planches de tomates, tandis que les feuilles de poivron, encore couvertes de rosée, scintillent sous le soleil. Peu à peu, les champs s’animent.

Pour qui revient dans la zone des Niayes après deux ans, un détail frappe immédiatement : le silence. Le vacarme des motopompes à carburant a cédé la place au discret ronronnement des installations photovoltaïques.

À Diogo, une commune de Darou Khoudoss, dans le département de Tivaouane, le soleil ne se limite plus à nourrir les cultures. Il les irrigue, les protège et ouvre de nouveaux débouchés aux maraîchers.

Cette mutation, discrète mais profonde, fait de Darou Khoudoss un des pionniers de la transition énergétique appliquée à l’agriculture sénégalaise.

Dans cette zone fertile des Niayes, l’énergie solaire s’impose comme moteur d’une production horticole plus rentable, plus propre et plus résiliente.

Le pari d’un entrepreneur visionnaire

À l’origine de cette transformation, Rassoul Mignane Sarr, promoteur de la Société de conservation et de commercialisation des fruits et légumes (Socofel), lancée en janvier 2024.

Convaincu que “l’agriculture de demain sera durable ou ne sera pas”, il a choisi d’investir dans une technologie encore rare dans le secteur : une chaîne complète de production fonctionnant à l’énergie solaire.

Le choix de ce promoteur ne relevait pas seulement de la technologie, mais d’une stratégie claire : réduire les coûts de production, limiter les pertes post-récoltes, améliorer les revenus des producteurs et préparer l’agriculture sénégalaise aux effets du changement climatique. Sa vision se concrétise toujours un peu plus dans les Niayes, où le solaire remplace définitivement le carburant.

Sur le site de Socofel, une centrale photovoltaïque de 24 kilowatts-crête (kWc), couplée à des batteries au lithium d’une capacité de 50 kilowattheures (kWh), fournit une alimentation électrique continue. Des chambres froides fonctionnent jour et nuit, sans raccordement au réseau électrique ni recours à un groupe électrogène. Cette autonomie énergétique permet de conserver entre 70 et 100 tonnes de légumes et de fruits dans des conditions optimales, à une température comprise entre 6 et 8 degrés Celsius.

 Conservation solaire, un atout pour les horticulteurs

Tomates, poivrons, carottes, choux, concombres, pommes de terre et oignons peuvent désormais être stockés plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon les espèces, moyennant un loyer calculé en fonction de la quantité et de la durée de stockage.

Dans une région où les pertes post-récoltes atteignaient 30 à 40 %, cette innovation marque une rupture, le manque à gagner lié aux pertes post-récoltes étant estimé à près de 66 milliards de FCFA par an au Sénégal.

Les producteurs ne sont plus contraints de vendre dans l’urgence, lorsque les marchés sont saturés. Ils peuvent désormais choisir le moment le plus favorable pour écouler leurs récoltes. L’énergie solaire devient ainsi un facteur direct de création de richesse.

Au-delà des chiffres traduisant une performance économique, les témoignages mettent en lumière une véritable transformation humaine.

Nogaye Fall, productrice de piments et d’aubergines amères, constate chaque jour les effets de la conservation solaire. “Avant, nos piments pourrissaient, faute de pouvoir être conservés. Aujourd’hui, grâce à la chambre froide, nous pouvons attendre près d’un mois. Les pertes diminuent et les revenus progressent”, témoigne-t-elle.

Elle souligne aussi l’impact de l’irrigation solaire. “Les pompes fonctionnent toute la journée, grâce au soleil. Nous avons abandonné les motopompes au carburant. Les dépenses baissent et notre activité devient plus rentable”, se réjouit l’horticultrice.

Le témoignage de Nogaye Fall illustre l’impact concret de la transition énergétique sur les exploitants. À quelques centaines de mètres, Saliou Fall dirige une exploitation agricole de 70 hectares, dont 40 sont actuellement cultivés.

Les poivrons, carottes, courgettes, gombos, aubergines alimentent les marchés nationaux et l’exportation. Là aussi, le solaire est devenu la principale source d’énergie. L’irrigation fonctionne exclusivement au photovoltaïque entre 9 heures et 18 heures. Depuis deux ans, le carburant a disparu des opérations agricoles, hormis pour les véhicules. Les coûts d’exploitation ont sensiblement baissé, tandis que la maintenance est plus simple, plus rapide et moins coûteuse.

Chez Socofel, la révolution ne se limite pas à l’électricité solaire. Les producteurs y sont formés aux bonnes pratiques agricoles, à la réduction des pesticides et aux techniques de conservation.

Chaque récolte est triée avec rigueur avant stockage. Un champ expérimental complète le dispositif, testant des pratiques culturales plus respectueuses de l’environnement et diffusant ces innovations dans la région. Cette approche intégrée fait de Socofel un laboratoire d’agriculture durable.

Une orientation durable pour l’agriculture

L’investissement, évalué à près de 100 millions de francs CFA, couvre les infrastructures, les équipements frigorifiques, les panneaux photovoltaïques et les batteries au lithium, dont la durée de vie est estimée à une dizaine d’années. Les premiers résultats incitent déjà Socofel à envisager la réplication de ce modèle dans d’autres bassins agricoles, notamment en Casamance pour la filière mangue.

Au-delà des performances techniques, l’expérience démontre qu’une agriculture africaine moderne peut s’appuyer sur les ressources naturelles disponibles, pour gagner en compétitivité, tout en réduisant son empreinte environnementale. Dans un département à la fois minier et horticole, où certains redoutaient que l’activité extractive ne menace le maraîchage, l’initiative de Socofel vient dissiper les inquiétudes. Elle confirme que Diogo peut tirer pleinement parti de son sol comme de son sous-sol. 

À Darou Khoudoss, le soleil est devenu bien plus qu’une source de chaleur. Il fournit une énergie propre qui irrigue les cultures, réduit les coûts de production et protège les récoltes. Facteur de compétitivité, il ouvre aux producteurs locaux l’accès aux marchés nationaux et internationaux. Symbole d’espoir, il incarne une agriculture sénégalaise capable d’allier innovation, performance et durabilité.

L’expérience menée à Diogo montre que la transition énergétique n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité en marche. Elle confirme que le développement agricole de demain passera par une meilleure valorisation des énergies renouvelables, au premier rang desquelles figure le solaire.

À Darou Khoudoss, chaque rayon de soleil devient un investissement dans l’avenir, chaque panneau photovoltaïque une promesse de prospérité, chaque récolte préservée une victoire contre les pertes post-récoltes. Chaque hectare irrigué grâce au solaire rapproche le Sénégal de son ambition d’une agriculture souveraine, compétitive et durable. Dans les Niayes, le soleil éclaire désormais une nouvelle voie pour l’agriculture sénégalaise, et peut-être pour toute l’Afrique.

MKB/ADI/ASB/ADC/BK – Par Momar Khoulé Ba

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