Chine, Japon, Australie… Pourquoi Donald Trump cible ces pays
Donald Trump a mis en place de nouveaux droits de douane, entrés en vigueur ce vendredi 24 juillet. Deux taux s’appliquent désormais aux partenaires économiques des États-Unis, établis en fonction de leur lutte contre le travail forcé. 43 pays sont ciblés par un tarif de 12,5%, dont la Chine.
Par Thomas Ladonne – TV5.ORG
Aussitôt arrivés à terme, aussitôt remplacés. Donald Trump a annoncé de nouveaux droits de douane envers 60 pays, qui entrent en vigueur ce vendredi 24 juillet et qui prennent la suite de ceux mis en place en février dernier. Une distinction est faite entre deux catégories de pays : ceux visés par un taux s’élevant à 10%, pour les autres, le pourcentage monte à 12,5%.
Le Japon, la Chine et l’Australie figurent, par exemple, dans la deuxième catégorie. Cette variation dépend d’un critère qui apparaît comme étant le nouveau cheval de bataille du président américain: la lutte contre le travail forcé. « Les États-Unis ont mis en place, depuis près d’un siècle, une interdiction d’importer des produits issus du travail forcé, et ils veillent rigoureusement à son application. Il est grand temps que nos partenaires commerciaux en fassent de même”, a déclaré Jamieson Greer, le représentant américain au Commerce.
Autrement dit, les États-Unis estiment que leurs partenaires économiques devraient être davantage alignés sur leur propre législation. Selon eux, cette différence de cadre réglementaire crée une concurrence déloyale dont ils pâtissent. La Chambre de commerce a donc réalisé une enquête auprès de 60 “économies”, détaille-t-elle dans un communiqué. Résultat : aucun des pays visés n’a, selon elle, réalisé assez d’efforts dans la lute contre le travail forcé.
Toutefois, ce point de vue est controversé, notamment dans le monde académique. Le chercheur Peter Harrell, ancien responsable de l’administration de Joe Biden cité par le New York Times, a estimé que « cette enquête sur le travail forcé” est un « prétexte pour imposer les droits de douane que Trump souhaite mettre en place, conformément à ses propres théories et préférences économiques ». « Il ne s’agit pas vraiment de travail forcé », a-t-il appuyé auprès du quotidien américain.
En résulte alors que 43 pays sont accusés de ne pas lutter assez contre le travail forcé, et voient leurs droits de douane additionnels grimper à 12,5%. C’est le cas notamment de la Chine, que les États-Unis accusent d’exploiter la force de travail de la minorité ouïghoure dans des camps. Entre autres, des partenaires historiques des États-Unis devront aussi passer à la caisse comme le Japon ou l’Australie.
Les deux pays ont déploré ensemble, juste après l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs, des mesures « regrettables » et « injustifiées », selon l’agence de presse du gouvernement turc, Anadolu Ajansi.
Les Philippines « très préocuccupées »
Les autorités philippines, de leur côté, se sont dites « très préoccupées et surprises par cette nouvelle imposition de 12,5%, qui est très élevée », a déclaré ce vendredi 24 juillet à l’AFP George Barcelon, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie des Philippines. « Cela rendra les industries moins compétitives », a-t-il mis en garde. Il s’attend à ce que le ministère du Commerce du pays fasse appel de cette nouvelle taxe.
Selon l’agence de presse française, un rapport du ministère américain du Travail, datant de 2024, énumérait des aliments philippins, notamment les noix de coco et le coprah, comme comportant des « intrants produits par le travail des enfants ». L’étude soulignait toutefois que de nombreux pays figuraient sur cette liste, précisément parce qu’ils se montraient plus transparents dans le traitement du problème.
L’Union européenne rassurée
Parmi les pays qui ne paieront que 10% de taxes, il y a : l’Argentine, le Bangladesh, le Royaume-Uni, le Cambodge, le Canada, L’Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, l’Inde, l’Indonésie, la Jordanie, la Malaisie, le Mexique, le Pakistan, le Sri Lanka, et Trinité-et-Tobago.
L’Union européenne (UE), la Corée du Sud, la Suisse et Taïwan héritent d’une subtilité supplémentaire : ils se sont vu « attribuer des taux qui, combinés aux taux tarifaires de la nation la plus favorisée déjà en vigueur, s’élèveraient à 10% ou 12,5% », explique l’agence Reuters.
Selon l’AFP, dans la foulée de l’annonce, l’UE a accueilli positivement et avec soulagement les nouveaux tarifs, après des inquiétudes liées à une amende de 890 millions d’euros, qu’elle venait d’infliger au géant américain Google. « L’UE se félicite que ce résultat soit conforme aux engagements américains sur les droits de douane » figurant dans l’accord commercial conclu l’an dernier entre Bruxelles et Washington, a réagi Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne.
La guerre commerciale de Donald Trump se poursuit donc. Selon le quotidien économique français Les Echos, le président américain continue « à avoir foi dans les droits de douane pour renflouer le trésor public, réindustrialiser l’Amérique, faire pression sur les autres pays. À ses yeux, ce nouveau tarif n’est qu’un plancher ».
En février dernier déjà, Donald Trump avait mis en place ces nouveaux tarifs, à la suite de la décision de la Cour suprême d’invalider son projet de droits de douane « réciproques », présenté en avril 2025, qui avait secoué la planète.

