Justice – Maintien de Khadim Ba en prison : L’Ascodem menace de paralyser l’économie

Réunie hier en conférence de presse, l’Association sénégalaise des commerçants et délégués de marchés (Ascodem) est montée au créneau pour réclamer la libération sans condition de l’homme d’affaires Khadim Ba, détenu pour infraction douanière. Jugeant cette arrestation arbitraire, l’organisation interpelle directement le Président Bassirou Diomaye Faye et brandit la menace d’une grève générale.

Par Justin GOMIS – L’Association sénégalaise des commerçants et délégués de marchés (Ascodem), qui revendique plus de 658 000 adhérents à travers le pays, a organisé hier une conférence de presse d’envergure nationale à Dakar. L’objet principal de cette rencontre avec les médias était d’exiger la libération immédiate et sans condition de l’opérateur économique Kha­dim Ba, que l’organisation vient officiellement de nommer président d’honneur. Selon les commerçants et les délégués de marchés venus massivement répondre à l’appel, ce capitaine d’industrie, qu’ils qualifient de «champion national», n’a rien à se reprocher. «Il a été arrêté pour violation du Code douanier.

Cela fait aujourd’hui 20 mois qu’il croupit en prison. Pourtant, ce sont ces mêmes autorités qui l’ont fait arrêter qui ont engagé un expert, lequel a finalement blanchi Khadim Ba», a rappelé avec véhémence le délégué Gorgui Diop. Estimant que le dossier est vide, il demande sa libération : «Il a toujours été un champion. Il a toujours soutenu les Sénégalais.»

Abondant dans le même sens, Birane Yaya Wane, président du Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (Cndes), a assuré que si le pays échappe aujourd’hui aux coupures d’électricité, c’est en grande partie grâce aux sacrifices de l’homme d’affaires. Ce dernier aurait consenti à injecter plus de 2 milliards de francs Cfa en pleine crise du secteur pétrolier pour soutenir le réseau national. Un argument repris par Mbayang Mbaye, présidente du mouvement des femmes de l’Asco­dem, pour qui la place d’un tel investisseur «ne se trouve pas en prison».

Pour le président de l’Asco­dem, Mbaye Ndiaye, cette affaire dépasse désormais le cas d’un seul homme et pose un problème de fond sur la sécurité juridique des investisseurs et la proportionnalité des mesures privatives de liberté. Tout en affirmant respecter pleinement l’indépendance de la Justice et la présomption d’innocence, l’association interpelle directement le ministre des Finances et du budget, Cheikh Diba, ainsi que la Direction générale des Douanes. Elle leur demande de mesurer l’impact économique de cette détention sur les emplois et de privilégier une issue conforme à l’équité. Plus largement, les commerçants réclament «une révision profonde du Code des Douanes», afin de mieux garantir l’équilibre entre l’efficacité des contrôles et les droits des opérateurs économiques.

Au-delà du dossier judiciaire, les conférenciers ont dressé un constat lucide et alarmant d’une «économie réelle sous tension». Entre l’érosion continue du pouvoir d’achat des populations, l’alourdissement de la pression fiscale et l’asphyxie des trésoreries d’entreprises par une dette intérieure de l’Etat non payée, le secteur privé crie au secours.
Face à ce qu’ils qualifient d’asphyxie progressive, les membres de l’association durcissent le ton et menacent de passer à la vitesse supérieure. «Si vous ne le libérez pas, nous allons décréter une grève générale pour paralyser l’économie nationale sur toute l’étendue du territoire», a prévenu Gorgui Diop.

L’organisation annonce d’ores et déjà le début d’une grande mobilisation nationale avec les autres forces du secteur privé (patronat, syndicats, chambres consulaires) et prévoit, parmi ses premières actions citoyennes, l’organisation d’une «journée sans taxis».Pour éviter d’en arriver à cette extrémité, l’Ascodem invite le chef de l’Etat à prendre ses responsabilités en initiant d’urgence un calendrier clair d’apurement de la dette intérieure et un allègement fiscal. L’orga­nisation appelle solennellement à la conclusion d’un «pacte national de confiance économique», rappelant qu’un champion de cet acabit mérite d’être soutenu par les pouvoirs publics plutôt que d’être maintenu derrière les barreaux.

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