Exploitation minière à Matam: Des cadres de la région veulent une gestion responsable des ressources

Face au fléau du chômage et de l’exode rural qui frappe de plein fouet le Nord du Sénégal, un collectif exceptionnel de 41 personnalités de la région de Matam -comprenant anciens ministres, élus locaux, universitaires, experts et figures de la Société civile- brise le silence. Dans un manifeste solennel adressé à l’Etat, aux entrepreneurs et aux populations, ils réclament une exploitation locale, juste et écologiquement responsable des récentes découvertes minières, afin de transformer le potentiel de la région en un levier d’émancipation pour la jeunesse.

Le projet d’exploitation des phosphates de Matam met en lumière le potentiel minier de la région. Alors que son sous-sol vient de révéler d’importantes découvertes minières et qu’elle dispose de potentialités agricoles de premier ordre, sa jeunesse continue de faire face à une précarité chronique. Le manque d’opportunités locales alimente un exode rural massif, privant le terroir de ses forces vives. Face à cette urgence sociale, un collectif transpartisan et multidisciplinaire a décidé de sonner l’alarme. Réunissant la fine fleur des cadres, des intellectuels et des opérateurs économiques de la région, les 41 signataires, composés d’anciens ministres, de députés, de sénateurs, d’universitaires ou de la Société civile appellent à un changement radical de paradigme : la richesse de Matam doit d’abord profiter aux populations de Matam.

Le cœur du message de ce collectif repose sur une exigence claire : la valorisation des ressources minières doit se faire sur place. Pour les signataires, il ne s’agit plus de laisser les matières premières quitter la région à l’état brut sans retombées tangibles. L’industrialisation locale est présentée comme la seule clé capable de juguler le chômage endémique. «Nous appelons l’ensemble des parties prenantes à œuvrer pour une valorisation responsable des ressources minières sur place, dans le respect de l’environnement, des lois en vigueur et des droits des populations», stipule le texte officiel.

Cette dynamique ne doit pas pour autant sacrifier l’autre poumon de la région : l’agriculture. L’appel insiste sur la complémentarité des secteurs pour bâtir une économie régionale résiliente.

Un encadrement strict pour préserver l’avenir

Conscients des risques environnementaux et sociaux souvent liés aux industries extractives, les leaders de Matam exigent un encadrement rigoureux. La transparence, le respect des lois et la préservation des écosystèmes sont érigés en priorités absolues. Il s’agit de bâtir un modèle de développement durable, capable de nourrir la région aujourd’hui sans hypothéquer l’avenir des générations futures. «Considérant les importantes potentialités agricoles de la région, les récentes découvertes minières et le taux élevé de chômage avec ses nombreuses conséquences, notamment l’exode rural et la précarité, nous appelons l’ensemble des parties prenantes à œuvrer pour une valorisation responsable des ressources minières sur place, dans le respect de l’environnement, des lois en vigueur et des droits des populations», écrivent les signataires. «Nous sommes convaincus qu’une exploitation bien encadrée de ces ressources contribuera au développement économique et social de Matam, au bénéfice des générations présentes et futures», concluent-ils. La puissance de cet appel réside également dans le poids politique, économique et intellectuel de ses initiateurs. Parmi les 41 signataires, on retrouve : Maître Malick Sall (avocat, ancien Garde des sceaux), Abdoulaye Sally Sall (ancien ministre-conseiller, opérateur économique), Almamy Bocoum (Ambassadeur itinérant), Mamadou Elimane Kane (maire de Thilogne), Mamadou Abdoulaye Dème et Ousmane Ba (anciens députés), Abdoul Guissé (ancien sénateur), Pr Ibrahima Thiam, Mamoudou Ibra Kane,…

Cet appel sonne comme un pacte de coresponsabilité. Il interpelle directement l’Etat pour la régulation, les entrepreneurs pour l’investissement éthique, les élus pour la gouvernance territoriale et les populations pour une vigilance citoyenne. Reste à savoir comment les autorités et les partenaires industriels accueilleront ce cri du cœur d’une région bien décidée à prendre son destin en main.

SOURCE LEQUOTIDIEN

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