Canicule: l’Europe sous cloche thermique, 193 millions d’habitants au-dessus de 35°C

Alors qu’une grande partie de l’Europe, de la France aux Balkans, a affronté samedi 27 juin une nouvelle journée suffocante, avec des records de température absolus battus de l’Allemagne au Danemark, mettant à rude épreuve les systèmes de santé, la réaction de Bruxelles reste en retrait : l’UE renvoie la gestion immédiate des vagues de chaleur à la responsabilité des États membres, tout en promettant, à plus long terme, un renforcement collectif de la « résilience climatique » du continent.

Avec cette vague de chaleur se déplaçant vers le nord-est du continent, au moins 193 millions d’habitants en Europe, dont 75 millions en Allemagne, ont connu des températures supérieures à 35°C à un moment de la journée samedi, selon les calculs de l’AFP, en hausse par rapport à vendredi 26 juin.

Et les records historiques se sont accumulés : le Danemark n’a jamais eu aussi chaud depuis la création des relevés météo en 1874, avec une température montant jusqu’à 37°C. La République tchèque a enregistré son record absolu de température à 40,6°C. L’Allemagne a aussi battu samedi un nouveau record, avec 41,5°C. La Suisse a quant à elle battu pour la troisième journée consécutive le record de la journée la plus chaude jamais enregistrée en juin, le mercure ayant grimpé jusqu’à 39°C dans la ville de Bâle.

À travers l’Europe, tous les moyens sont bons pour gagner quelques degrés : se réfugier dans une église ou dans une enseigne de produits surgelés, dormir dans sa cave, se rafraîchir sous une fontaine ou dans une rivière.

Pourquoi la réponse politique européenne se fait-elle discrète ? 

Dans ce contexte de crise climatique et sanitaire, la faible visibilité des institutions européennes interroge, souligne à Bruxelles notre correspondant Jean-Jacques Héry. Jeudi, le commissaire européen à l’action climatique, Wopke Hoekstra, ne s’est exprimé que via un bref message sur LinkedIn, sans autre prise de parole publique. Il y appelait à « renforcer la résilience climatique de l’Europe » et à protéger « notre santé, nos moyens de subsistance et nos économies des risques liés au climat », en évoquant transports perturbés, écoles fermées et menaces pour la santé. Un message resté largement inaperçu.

Cette réserve s’explique d’abord, rappelle une porte‑parole de la Commission, par le partage des compétences : la réponse concrète aux vagues de chaleur relève en premier lieu des États membres, tout comme l’organisation des systèmes de santé nationaux. Bruxelles se tient donc en retrait sur la gestion immédiate de la crise.

En arrière‑plan, les Verts européens réclament la convocation d’un sommet dédié pour renforcer d’urgence les protections climatiques. La Commission affirme, elle, faire de la « résilience climatique » une priorité et promet de présenter dès cette année un nouveau cadre européen, avec des règles et des outils supplémentaires pour aider les États à mieux prévenir et se préparer aux impacts croissants du réchauffement.

Plus de 200 morts en Espagne, au moins 74 noyés en France

Les autorités ont fait état de plus de 200 morts en Espagne, mais aussi dans le reste de l’Europe : des personnes âgées, des malades chroniques, des enfants, des adolescents, des personnes à la rue. Preuve que la chaleur tue, que ce soit par noyade, hyperthermie, crise cardiaque ou autres.

La France a comptabilisé 74 décès par noyade depuis le 18 juin, en lien avec la canicule extrême, a annoncé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez samedi. Ces décès ont eu lieu « en grande partie sur des plans d’eau non autorisés, non surveillés : les fleuves, les rivières, les étangs, notamment », a développé le ministre de l’Intérieur, relevant qu’il y avait aussi « des noyades dans des piscines privées ».

Et les services de secours sont de plus en plus surchargés dans des villes comme Cologne. « Après dix jours consécutifs de chaleur extrême et sans rafraîchissement nocturne notable, la situation est grave », a constaté l’administration de la ville. Rien que sur les dernières 24 heures, sept personnes ont été retrouvées inconscientes dans leurs logements, principalement sous les toits.

Même la semaine de la mode masculine de Paris, qui s’achève dimanche, est touchée par la canicule, avec une polémique autour d’une gigantesque vague artificielle au défilé Louis Vuitton. De nombreux internautes ont dénoncé le gaspillage d’eau. Mais LVMH, propriétaire de Louis Vuitton, a assuré que l’eau serait « réinjectée dans le réseau d’assainissement ».

Pendant ce temps, si la Pride de Munich a été maintenue, Paris est privée de Marche des fiertés LGBTQIA+. Et l’annulation du festival de musique Solidays, qui devait s’y dérouler jusqu’à dimanche, va priver l’association organisatrice Solidarité Sida de 3 millions d’euros pour mener des programmes de lutte contre la maladie.

/RFI avec AFP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *