Arnaques à la crypto et blanchiment : qui est l’homme d’affaires chinois Wang Yicheng, traqué par la Thailande?
La Thaïlande a émis un mandat d’arrêt contre l’homme d’affaires chinois Wang Yicheng. Accusé de minage illégal de cryptomonnaies, il est soupçonné d’avoir blanchi des millions de dollars issus d’arnaques en ligne et de réseaux de cybercriminalité en Asie du Sud-Est.
Les autorités thaïlandaises ont émis un mandat d’arrêt à l’encontre d’un homme d’affaires chinois, Wang Yicheng, déjà visé en 2023 par une enquête de l’agence Reuters sur des fraudes transnationales aux cryptomonnaies. Il est accusé d’avoir appartenu à un réseau de blanchiment d’argent issu d’arnaques en ligne et de jeux d’argent illégaux, via des opérations de minage illicite de cryptomonnaies.
Le major de police Woranan Srilam, porte-parole du département des enquêtes spéciales (DSI) thaïlandais, a indiqué que Wang avait été inculpé en novembre pour vol et infraction à la loi sur la cybercriminalité. « Le suspect est présumé avoir fui le pays », a-t-il précisé, ajoutant que les autorités thaïlandaises coopèrent avec leurs homologues internationaux pour le localiser. Wang Yicheng n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes, et le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré ne pas être au courant de l’affaire.
Le DSI a publié la semaine dernière un communiqué annonçant des mandats d’arrêt contre quatre ressortissants chinois et quatre ressortissants birmans, sans les nommer. L’agence décrit Wang, ancien dirigeant d’une association commerciale sino-thaïlandaise, comme une figure centrale d’un groupe d’investisseurs chinois ayant eu recours au minage illégal de cryptomonnaies pour blanchir des fonds. L’enquête a permis de mettre au jour des opérations de minage illicites ayant consommé l’équivalent de quelque 28 millions de dollars d’électricité.
Des liens avec des arnaques de type « dépeçage de cochon »
L’enquête de Reuters avait révélé qu’un portefeuille cryptographique au nom de Wang avait reçu au moins 9,1 millions de dollars entre 2021 et 2022, en provenance d’un compte que plusieurs sociétés spécialisées en analyse de blockchain ont associé à des arnaques dites de « pig-butchering » (dépeçage de cochon en français), des escroqueries dans lesquelles des victimes sont manipulées pour investir dans de faux projets cryptographiques. Les enquêteurs n’avaient toutefois pas pu établir si Wang était personnellement à l’origine de ce compte ou si son identité avait été usurpée.Lire la vidéo
Parmi les victimes figure un Californien de 71 ans, qui a perdu l’intégralité de ses économies (soit 2,7 millions de dollars) après avoir été approché en ligne par une personne se faisant passer pour une jeune femme.
En juin 2023, les États-Unis avaient saisi environ 500.000 dollars en cryptomonnaies sur un compte à son nom, des fonds volés à une victime du Massachusetts y ayant été retracés. Le DSI précise par ailleurs que les autorités américaines ont également identifié Wang comme suspect dans une affaire de fraude aux actifs numériques. Le département américain de la Justice a refusé de commenter le mandat d’arrêt thaïlandais.
Un réseau aux ramifications régionales
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de répression accrue, en Thaïlande comme dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, contre des réseaux d’escroquerie majoritairement tenus par des ressortissants chinois. Selon l’ONU, ces opérations (souvent menées depuis des complexes industriels où travaillent en partie des victimes de trafic humain) génèrent chaque année des milliards de dollars.
Certaines des arnaques décrites dans l’enquête de Reuters ont été reliées au KK Park, un parc industriel situé à la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande. Au moment où le portefeuille à son nom recevait ces fonds suspects, Wang occupait le poste de vice-président de l’Association de commerce économique thaï-asiatique, un organisme promouvant les relations d’affaires entre la Thaïlande et la Chine, dont les dirigeants entretenaient des liens avec de hauts responsables policiers thaïlandais.
Après la publication de l’enquête en 2023, l’association avait indiqué que Wang avait quitté son conseil d’administration, précisant que les vérifications effectuées n’avaient révélé aucun casier judiciaire et que ses affaires personnelles n’engageaient pas l’organisation.

