Agnam protège « ses terres » et ferme ses portes à Amafrique SA : Une journée de prière sacrée, zéro voiture, pas même pour le maire, Farba Ngom
Ce samedi, une mobilisation générale a été observée dans la zone des Agnam, dans le département de Matam. Les populations locales, accompagnées des imams, des chefs religieux, des dignitaires et de la jeunesse, se sont rassemblées pour exprimer leur refus catégorique de l’autorisation de prospection de phosphate accordée à la société Amafrique SA, dont le mandataire est Mansour Bousso.
Le geste fort de cette journée concerne le maire des Agnam, Mouhamadou Ngom dit Farba, par ailleurs député à l’Assemblée nationale, qui s’est lui-même rendu sur les lieux non pas en voiture, mais en charrette. Ceci est visiblement une manière symbolique de se conformer à la consigne donnée par les chefs coutumiers, qui avaient instruit que nul ne devait accéder à la zone avec moto ou véhicule, désormais bouclée.
La journée a été marquée par des séances de prières et de récital de Coran, organisées par les imams, les chefs de village et les marabouts de daara. Les responsables locaux ont réitéré leur fermeté : ils s’opposeront par tous les moyens à l’entrée des engins de la société dans leur localité, se disant prêts à aller jusqu’au sacrifice suprême pour protéger leurs terres. Sur le plan pratique, les chefs coutumiers se sont également répartis les rôles pour sécuriser durablement la zone après la rencontre.
Les populations rappellent qu’Amafrique détient, depuis Avril 2026, une autorisation de prospection sur le site des Agnam. Elles dénoncent cependant le fait que cette autorisation délivrée par le Directeur général des Mines et de la Géologie, Ibrahima Gassama ait été octroyée sans l’aval ni la consultation des populations concernées, ni du bureau municipal, ni des chefs de village, ni des imams, ni des chefs religieux. Le maire Farba Ngom lui-même avait déjà publiquement réclamé que la municipalité et les communautés soient associées au processus de délivrance de telles autorisations.
Les habitants estiment qu’on ne peut exploiter du phosphate à 500 mètres ou 1 kilomètre des zones d’habitation, invoquant les risques sanitaires que cette activité pourrait engendrer pour les populations riveraines, qui vivent et cultivent sur ces terres.
Tensions vives après l’arrestation de trois jeunes
La mobilisation s’inscrit dans un climat de tension croissante depuis plusieurs jours, suite à des affrontements survenus entre des riverains et des éléments de la gendarmerie, qui avaient occasionné la destruction d’une machine de prospection appartenant à Amafrique. Ces incidents avaient conduit le gouverneur de la région de Matam, Saïd Dia, à suspendre temporairement les activités de prospection sur le site.
Mais l’apaisement n’a été que de courte durée car, trois jeunes de la zone ont depuis été placés en détention à la maison correctionnelle de Matam, accusés par Amafrique d’avoir vandalisé et incendié l’équipement. Les chefs religieux et dignitaires locaux dénoncent ces arrestations, soulignant qu’aucun constat ni vidéo, ni photo n’a permis d’établir la responsabilité des trois détenus, emprisonnés depuis près d’une semaine. Ils réclament leur libération immédiate et fustigent ce qu’ils qualifient de « passage en force » des Forces de défense et de sécurité, au mépris des intérêts des habitants.
Un appel solennel au président de la République
Les autorités coutumières et religieuses des Agnam interpellent directement le nouveau ministre des Mines et de la Géologie, exigeant la lumière sur les irrégularités entourant la délivrance de ce permis. Elles vont plus loin en lançant un appel solennel au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, chef suprême, lui demandant d’instruire fermement la Direction des Mines pour revoir le projet et de freiner les manœuvres de Mansour Bousso, accusé d’avoir signé une convention avec la gendarmerie pour intimider les populations.
« Le président est le chef suprême, le Fouta fait partie du Sénégal, et c’est notre président, à nous tous. Nous lui demandons d’arrêter ce projet et de nous soutenir, comme il l’a fait pour Ndiaël. Nous sommes des citoyens, nous sommes des Sénégalais », a déclaré l’un des porte-parole de la mobilisation, rappelant le précédent où le chef de l’État s’était ouvertement opposé à l’accaparement de terres.
Les populations des Agnam se disent déterminées à poursuivre leur résistance. Elles avertissent que si le président ne s’implique pas, « tôt ou tard, tout est possible » et que l’irréparable pourrait se produire une issue qu’elles disent vouloir à tout prix éviter.


Dakaractu

