”Refonder” la démocratie et les priorités économiques du continent
Dakar, (APS) – Des universitaires et acteurs de la société civile ont plaidé, mardi à Dakar, pour une refondation des modèles de gouvernance en Afrique, appelant à combattre la corruption, l’impunité et les logiques de consommation ostentatoire en vue de restaurer la confiance entre les populations et les dirigeants et favoriser un développement porté par les ressources internes du continent.
Ces réflexions ont été exprimées lors d’un panel organisé par l’ONG TrustAfrica sur le thème : ‘‘Repenser la gouvernance et les stratégies de financement pour le changement en Afrique’’.
Intervenant lors du deuxième pannel, la sociologue Marema Touré a estimé que ‘’plusieurs pays africains traversent un mal-être démocratique marqué par une crise de confiance entre gouvernants et gouvernés’’.
‘‘En Afrique, les élections sont en panne, la démocratie est en panne. On doit de façon systémique lutter contre la corruption et l’impunité’’, a-t-elle déclaré, plaidant pour des réformes profondes des systèmes politiques africains.
L’ancienne directrice du département des sciences sociales et humaines (SHS) du Bureau de l’Unesco pour l’Afrique de l’Ouest a insisté sur la nécessité d’une démocratie ‘‘plus inclusive’’, prenant davantage en compte les femmes, les jeunes et les populations marginalisées dans les processus de décision.
Selon la sociologue, les modèles de démocratie représentative hérités de la colonisation ‘‘restent insuffisamment inclusifs’’ au regard des réalités sociologiques africaines.
Mme Touré a également regretté le recul de l’éducation civique dans les établissements scolaires, évoquant notamment la disparition progressive des cours de morale et d’instruction civique.
‘‘La plus grande crise à laquelle l’Afrique fait face aujourd’hui, c’est la crise de leadership et la crise de confiance entre les populations et les leaders’’, a-t-elle soutenu, appelant à renforcer l’inclusion économique et sociale des jeunes afin de leur permettre ‘‘d’être économiquement valables’’.
Pour sa part l’historienne Penda Mbow a, pour sa part, appelé à une ‘‘révolution des mentalités’’ pour refonder les modèles de gouvernance et de développement sur le continent.
‘‘Nous ne pouvons pas continuer à fonctionner comme des sociétés médiévales où l’événementiel occupe une place centrale au détriment de l’essentiel’’, a-t-elle déclaré.
Selon l’universitaire, de nombreuses sociétés africaines consacrent des ressources importantes à des dépenses ‘‘improductives’’ liées à certaines cérémonies religieuses et familiales, au détriment de l’investissement et de la production de richesses.
Prenant l’exemple de la fête de la Tabaski, elle a estimé que certaines familles dépensent des sommes considérables dans l’achat de moutons alors que les économies nationales peinent encore à renforcer durablement leurs capacités de production.
‘‘Nous dépensons tout ce que nous avons sans penser à produire davantage ni à construire des bases solides pour le développement’’, a-t-elle regretté.
Mme Mbow a également alerté sur les dérives de certaines tontines et systèmes de financement communautaire, qui exposeraient de nombreuses femmes à des difficultés financières pour s’offrir ‘‘des dépenses de prestige liées aux cérémonies ou à l’apparence sociale’’.
L’ancienne ministre de la Culture du Sénégal sous le régime d’Abdoulaye Wade a, en outre, dénoncé la corruption et les détournements de ressources publiques, estimant qu’une partie importante des richesses africaines finit dans des paradis fiscaux au lieu de servir au développement du continent.
‘‘Tant que les dirigeants et les citoyens resteront dans une logique de jouissance et de consommation ostentatoire, l’Afrique aura du mal à financer son propre développement’’, a-t-elle affirmé.
Les échanges ont réuni des chercheurs, intellectuels et acteurs de la société civile basés au Sénégal, dans le but de nourrir une réflexion collective sur l’avenir démocratique de la sous-région.
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