Opposition sénégalaise : fractures, alliances et renaissances
Depuis l’indépendance, l’opposition politique sénégalaise n’a cessé d’osciller entre marginalisation, structuration et éclatement. D’un multipartisme encadré sous Léopold Sédar Senghor à l’alternance historique de 2000 portée par Abdoulaye Wade, puis aux coalitions plurielles ayant conduit Macky Sall au pouvoir en 2012, cette trajectoire révèle une constante. Celle d’une unité difficile à maintenir. Les alliances se font et se défont au gré des ambitions, des crises institutionnelles ou non, et des échéances électorales. L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 ouvre à son tour une nouvelle ère politique, marquée par une redistribution des cartes et une interrogation persistante sur la capacité des acteurs à rompre avec les cycles du passé. Afin d’en restituer la complexité, ce dossier vous est proposé en deux livraisons successives.
D’un cadre strict au pluralisme
Dans la longue et contrastée trajectoire de l’opposition politique, et au-delà de l’image accolée d’un « modèle démocratique » en Afrique de l’Ouest, la réalité est plus nuancée, faite d’encadrement, de recompositions successives et de rivalités constantes entre pouvoir et forces contestataires entre elles.
Aux premières années de l’indépendance, le régime de Léopold S. Senghor est dans une logique de centralisation du pouvoir. La rupture avec Mamadou Dia en 1962, suivie de son arrestation pour tentative présumée de coup d’Etat est un tournant. Elle est le début d’un contrôle strict de la vie politique, au cours de laquelle, l’opposition est soit maîtrisée, soit intégrée à l’Union progressiste sénégalaise (UPS), devenue plus tard, Parti socialiste.
Les premières contestations sont des dissidences intellectuelles et idéologiques, autour de figures comme Cheikh Anta Diop. L’opposition trouve aussi un écho dans les manifestations de 1968. En 1974, elle est confinée dans un multipartisme où la pluralité est étroitement encadrée.
L’arrivée de Abdou Diouf ouvre une nouvelle ère. Le multipartisme intégral favorise la naissance de partis politiques de toutes obédiences et l’émergence d’une opposition plurielle, mais fragmentée. Durant la période, Abdoulaye Wade s’impose comme la figure centrale de la contestation, à travers le Parti démocratique sénégalais (PDS). Malgré plusieurs tentatives, l’opposition ne parvient pas à renverser le pouvoir socialiste avant l’an 2000, en raison notamment de son incapacité à se structurer en coalitions unifiées.
CA 2000, le tombeur du Parti socialiste
Le tournant s’annonce avec la formation de la Coalition pour l’alternance 2000, également appelée CA2000. Cette alliance électorale, formée pour soutenir la candidature d’Abdoulaye Wade lors de l’élection présidentielle de février-mars 2000, regroupe plusieurs partis de l’opposition, notamment le PDS de Wade, le PIT d’Amath Dansokho et la LD/MPT de Abdoulaye Bathily et AJ/PADS de Landing Savané. Elle bénéficie ensuite du ralliement de Moustapha Niasse (AFP) au second tour. Cette coalition qui s’est illustrée par sa capacité à dépasser ses propres clivages permet la victoire de Abdoulaye Wade et consacre la première alternance démocratique du pays.
Une fois installé à la tête de l’État, Abdoulaye Wade s’appuie sur la Coalition Sopi, principale alliance politique durant sa présidence entre 2000 et 2012. Dominée par le Parti Démocratique Sénégalais, elle reposait sur le noyau de la CA2000. Au fil des années, elle a connu des recompositions. Certains partenaires initiaux ont pris leurs distances pour rejoindre l’opposition, tandis que de nouvelles formations, souvent plus modestes, ont intégré la mouvance présidentielle.
Aux législatives de 2001, la coalition s’élargit à plusieurs dizaines de partis et mouvements. Elle se structure ensuite autour de la CAP 21, une plateforme conduite par Iba Der Thiam, qui fédère les soutiens restés fidèles au président lors des échéances électorales de 2007. Cet ensemble politique évolue tant bien que mal, au gré des alliances et des ruptures, tout en restant centré sur le leadership de Wade.
Mais les recompositions internes et les tensions politiques ont favorisé l’émergence de nouvelles alliances d’opposition.
La Coalition Populaire pour l’Alternative, les Assises nationales et le Front Siggil Sénégal
La Coalition Populaire pour l’Alternative, créée en avril 2006, a pour objectif de faire front commun contre le régime Wade et peser sur les réformes du processus électoral. Cette alliance rassemble une vingtaine de partis parmi lesquels le Parti Socialiste, l’Alliance des Forces de Progrès, la Ligue Démocratique/Mouvement pour le Parti du Travail, le Parti de l’Indépendance et du Travail et le Rassemblement National Démocratique. D’autres formations politiques viennent l’élargir.
Malgré cette dynamique unitaire, la coalition ne résiste pas aux divergences internes. Des désaccords profonds apparaissent quant à la stratégie à adopter, notamment sur la question d’une candidature unique pour l’élection présidentielle de 2007. Ces tensions conduisent à l’éclatement de la coalition dès la fin de la même année 2006 et favorisent la création d’une nouvelle configuration plus restreinte baptisée Alternative 2007, marquant ainsi l’échec d’une tentative de rassemblement de l’opposition sénégalaise.
La coalition Alternative 2007 nait en décembre 2006 à la suite d’une rupture au sein de la Coalition Populaire pour l’Alternative. Elle rassemble une dizaine de formations politiques de l’opposition qui choisissent de soutenir la candidature de Moustapha Niasse face au président Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle, tandis qu’Amath Dansokho est désigné pour conduire la liste pour les élections législatives. Autour de l’Alliance des Forces de Progrès, figurent Parti de l’Indépendance et du Travail et le Rassemblement National Démocratique ainsi que plusieurs autres partis qui se joignent à eux. Abdoulaye Bathily se présent à la présidentielle et la coalition choisit de boycotter les législatives. A cette élection, Abdoulaye Wade sort vainqueur au premier tour de l’élection présidentielle.
Le Front Siggil Sénégal voit le jour en juin 2007, au lendemain des élections législatives du 3 juin boycottées par une partie importante de l’opposition pour dénoncer les conditions d’organisation du scrutin sous la présidence de Abdoulaye Wade. Cette coalition rassemble les principales formations de l’opposition dite significative, parmi lesquelles le Parti Socialiste, l’Alliance des Forces de Progrès, la Ligue Démocratique, ainsi que le Parti de l’Indépendance et du Travail et le Rassemblement National Démocratique, accompagnés d’autres forces issues de dissidences politiques.
Au-delà de la contestation électorale, le Front Siggil Sénégal joue un rôle important dans la recomposition de l’opposition en s’alliant, avec des organisations de la société civile et de syndicats, en juin 2008, lors des Assises nationales, vaste cadre de réflexion, autour de propositions de réformes de l’État. Ce mouvement évolue plus tard, vers une coalition électorale plus large avec la création de Benno Siggil Senegaal à l’approche des élections locales de 2009.
Benno Siggil Senegaal, à Benno Bokk Yakaar, la revanche des coalitions
Benno Siggil Senegaal a été mis en place au début de l’année 2009, avec pour objectif de faire face au régime du président Wade lors des élections locales de mars de la même année. Elle est née de la convergence entre le Front Siggil Sénégal et d’autres forces de l’opposition, donnant ainsi naissance à une alliance large qui regroupe des dizaines de partis politiques. Parmi ses principaux figurent le Parti Socialiste, l’Alliance des Forces de Progrès, la Ligue Démocratique et le Parti de l’Indépendance et du Travail de Amath Dansokho, au domicile de qui, se tenaient les réunions de la coalition. Parmi les autres forces politiques qui la composent, il y a And-Jëf/PADS, Yoonu Askan Wi (branche issue d’une scission d’And-Jëf), le Front pour le socialisme et la démocratie (FSD/BJ de Cheikh Bamba Dièye). L’Alliance pour la République (APR) le parti de Macky Sall rejoint la coalition en 2009, avant de s’en écarter plus tard.
Cet élan d’unité sert ensuite de socle à une coalition plus large, Benno Bokk Yaakaar, qui a permis l’accession de Macky Sall au pouvoir en 2012, marquant la deuxième alternance politique au Sénégal.
Benno Bokk Yakaar, alliance constituée autour de Macky Sal, s’est distinguée par sa capacité à se transformer en coalition de gouvernement, remportant successivement les élections présidentielle, législatives et locales pendant plus d’une décennie. Elle devient l’ossature du pouvoir, malgré des tensions internes récurrentes et des départs de certains alliés.
En parallèle, la tradition de regroupements, souvent instables, mais politiquement significatifs se poursuit. En 2011, le Mouvement du 23 juin, (M23) bien qu’il ne soit pas une coalition électorale classique, constitue une forme de front citoyen et politique inédit contre le projet de réforme constitutionnelle de Wade.
Face à la majorité Benno Bokk Yakaar, l’opposition continue de se recomposer.
Entre le legs socialiste de Taxawu et la montée en puissance d’Ousmane Sonko.
Le mouvement Taxawu Sénégal s’est progressivement imposé comme une plateforme politique nationale après avoir émergé à l’échelle locale en 2014 à travers l’initiative Taxawu Dakar, lancée par Khalifa Ababacar Sall à l’occasion des élections municipales de cette année. Sa transformation s’accélère entre 2017 et 2018, après la rupture avec le Parti Socialiste qui venait de l’exclure de ses rangs, lui et ses partisans.
Autour de Khalifa Sall gravite un noyau de responsables issus pour l’essentiel la mouvance socialiste, parmi lesquels Barthélémy Dias, même si des tensions politiques naissent plus tard entre les deux hommes, ainsi que d’autres cadres engagés dans l’animation du mouvement. Après une période marquée par des départs importants en 2024 et par les conséquences de l’élection présidentielle, il tiendra un congrès de refondation les 9 et 10 mai 2026, pour se structurer.
La coalition Mankoo Taxawu Sénégal est lancée le 4 mai 2017 dans le but de fédérer une partie de l’opposition autour d’une liste unique en vue des élections législatives du 30 juillet de la même année. Elle se construit autour de figures politiques comme Khalifa Ababacar Sall, alors ancien maire de Dakar et leader Taxawu Sénégal, Idrissa Seck à la tête du parti Rewmi, ainsi que Malick Gakou, dirigeant du Grand Parti et le Front pour le Socialisme et la Démocratie/Benno Jubël dirigé par Cheikh Bamba Dièye, Bès Du Niakk, dirigé par Mansour Sy Djamil. Parmi les autres membres et soutiens, la coalition comptet Le Front pour le Progrès et la Justice (FPJ), le Parti pour le Salut du Peuple (PSP), des personnalités comme Déthié Fall (alors numéro 2 de Rewmi), Soham El Wardini et Jean-Paul Dias (BCG) figurent également sur les listes de la coalition
Lors des législatives de 2017, la coalition obtient 7 sièges à l’Assemblée nationale. Elle préfigure alors d’autres alliances d’opposition, avant que certains de ses membres (comme Idrissa Seck) ne rejoignent plus tard la majorité présidentielle, ou que d’autres ne forment la coalition Yewwi Askan Wi en 2021.
La coalition Yewwi Askan Wi, qui signifie « Libérer le peuple », lancée en septembre 2021 a pour but de fédérer les forces de l’opposition en vue des élections locales et législatives de 2022. Elle se construit autour du Mouvement Taxawu Sénégal, du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR) de Serigne Moustapha Sy et du PASTEF dirigé par Ousmane Sonko, élu député à l’Assemblée nationale pour la première fois en juillet 2017, et classé troisième lors de l’élection présidentielle du 24 février 2019. Sa figure émerge comme le symbole d’une opposition radicale, portée par une jeunesse en quête de rupture. Son discours antisystème et sa popularité traduisent une mutation profonde du paysage politique.
La coalition comprend également des figures politiques et des partis parmi lesquels AG Jotna (Moussa Diop), Saxal Liggéy de Aïda Mbodj, le Parti de l’Espoir et de la Modernité/Yaakarou Réew Mi (Habib Sy), la Plateforme Sénégal bińu Bëgg (Cheikh Tidiane Dièye), le Parti Républicain pour le Progrès/PRP (Déthié Fall, mandataire national de la coalition) et Sénégalais Unis pour le Développement (SUD) de Moustapha Guirassy.
Dans une logique de maximisation de ses chances électorales, la coalition noue une alliance avec la coalition Wallu Sénégal, soutenue par Abdoulaye Wade, afin de coordonner leurs efforts lors des législatives de 2022. Bien que Abdoulaye Wade ait pris part aux discussions initiales, des divergences sur la désignation de la tête de liste, l’ont conduit à se retirer pour former une coalition distincte.
Malgré tout, la synergie a permis à l’opposition de peser dans le jeu politique. L’inter coalition Yewwi -Wallu permet d’engranger aux législatives de juillet 2022, 80 députés au Parlement et menace sévèrement la majorité Benno Bokk Yakar, qui n’a dû son salut qu’à la décision de Pape Diop de Bokk Guiss Guiss, (fondé en 2012 par des dissidents du PDS souhaitant une rupture avec la direction de l’époque) de rejoindre BBY. Yewwii-Wallu meurt sitôt la législature installée sur fond de divergences d’approches et surtout d’intérêts.
Toutefois, des divergences internes apparaissent rapidement, entraînant des ruptures dès 2023, notamment avec le départ de Taxawu Sénégal sur fond de désaccords liés au dialogue national initié par l’ancien président Macky Sall. Fragilisée par ces tensions et par les recompositions politiques qui ont suivi, la coalition a progressivement perdu sa cohésion jusqu’à être considérée comme de facto dissoute après l’élection présidentielle de 2024
De la résistance de la rue à la troisième alternance
Le Mouvement pour la Défense de la Démocratie, (M2D) a été créé en mars 2021 dans un contexte de fortes tensions politiques, à la suite de l’affaire Adji Sarr, Autour du PASTEF se sont agrégés des acteurs politiques, des collectifs militants et des organisations engagées dans la défense des droits et des libertés. Parmi eux, les Forces Démocratiques du Sénégal (FDS/Les Guelewars) de Babacar Diop, les mouvements phares Y’en a Marre, le FRAPP-France Dégage, dirigé par Guy Marius Sagna.
Le mouvement s’est donné pour objectif de dénoncer « l’instrumentalisation de la justice », tout en réclamant la libération de personnes qualifiées de détenus politiques et en affirmant sa volonté de préserver les acquis démocratiques du pays. Porté par une forte mobilisation populaire, il a constitué un moment marquant de la contestation politique récente avant de s’inscrire dans des recompositions plus larges de l’opposition, notamment avec l’émergence de coalitions comme Yewwi Askan Wi en perspective des échéances électorales de 2022.
D’autres regroupements apparaissent ensuite, comme le F24 (Forces Vives du Sénégal), lancé en avril 2023, regroupant plus d’une centaine d’entités comprenant des partis d’opposition (Pastef, Taxawu Sénégal, Pds) des organisations de la société civile (Y en a marre, Raddho) et des syndicats. L’objectif était de s’opposer à un éventuel troisième mandat de Macky Sall et exiger la modification du Code électoral.
Puis, vient le Front pour l’Inclusivité et la Transparence des Elections (FITE) dont la création est enregistrée en novembre 2023, regroupant environ 35 candidats à la candidature de l’élection présidentielle de février-mars 2024. Parmi eux, Cheikh Tidiane Dièye (coordonnateur), Aminata Touré, Déthié Fall et Mamadou Lamine Diallo. L’objectif était de garantir une élection inclusive, transparente et régulière
Suite à l’invalidation de parrainages par le Conseil constitutionnel, est créé le Collectif des candidats spoliés (ou des 44 recalés) , en janvier 2024. Parmi ses membres, figurent Aminata Touré, Alioune Sarr, Bougane Guèye Dany et Abdourahmane Diouf. Leur objectif était de dénoncer les « manquements graves » du système de contrôle des parrainages
Le FD-EI (Front Démocratique pour une Élection Inclusive) est formé en fin janvier 2024, initié autour du Pds, soutenu par d’autres candidats recalés du « Collectif des spoliés ». L’objectif était d’obtenir la dissolution du Conseil constitutionnel et la reprise du processus électoral pour inclure les candidats écartés.
Après l’annonce par Macky Sall le 3 février 2024 du report de l’élection présidentielle, en justifiant cette décision par une crise institutionnelle opposant l’Assemblée nationale au Conseil constitutionnel, sur fond d’accusations de corruption visant des juges après l’invalidation de la candidature de Karim Wade. Une commission d’enquête parlementaire avait été mise en place pour examiner le processus électoral contesté. Le président a évoqué un risque d’instabilité et de violences pour expliquer ce report. Un décret a ainsi annulé la convocation du corps électoral prévue pour le 25 février. La décision, entérinée par l’Assemblée nationale, a ensuite été invalidée par le Conseil constitutionnel deux semaines plus tard
C’est dans ces conditions qu’est né, en février le FC 25 (Front des Candidats à l’élection présidentielle du 25 février). Il regroupe 16 des 19 candidats initialement retenus par le Conseil constitutionnel, dont Bassirou Diomaye Faye, Khalifa Sall, Idrissa Seck, et Anta Babacar Ngom. L’objectif était d’exiger le respect du calendrier électoral et la tenue du scrutin avant le 2 avril 2024.
La plateforme Aar Suñu Élection portée par la société civile, quant à elle, est lancée elle également, en février 2024. C’est une plateforme regroupant des syndicats, des organisations de la société civile et des personnalités indépendantes qui s’est fixé pour objectif d’agir comme un bouclier citoyen pour le respect de la Constitution et de la date de l’élection.
Lors des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024, le parti PASTEF a remporté une large victoire en obtenant 130 sièges à l’Assemblée nationale. La coalition Takku Wallu Sénégal dirigée par Macky Sall s’est classée deuxième avec 16 députés tandis que la coalition Jàmm Ak Njariñ d’Amadou Ba en a obtenu 7 et la coalition Sàmm Sa Kàddu menée par Barthélémy Dias a terminé avec 3 représentants. Le reste de l’hémicycle est composé de députés issus de listes comme Coalition Andu Nawle (2), Sénégal Kese (1), Coalition Kiraay ak Natangué (1), Coalition And Kolute Ngir Sénégal (1), Coalition Bessal Sénégal (1), Coalition Farlu (1), Sopi Sénégal (1), les Nationalistes (1)
Suite à l’installation de la XVe législature le 2 décembre 2024, l’Assemblée nationale compte désormais 2 groupes parlementaires officiellement constitués, à savoir le groupe majoritaire PASTF et le groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal. Les autres élus qui n’ont pas pu atteindre le seuil de 10 membres requis pour former un groupe propre ou qui n’ont pas souhaité s’y apparenter siègent en tant que députés non-inscrits, lesquels sont actuellement au nombre de 19.
Le Front pour la Défense de la Démocratie et de la République a été officiellement lancé le 9 février 2025. Cette coalition regroupe environ 71 formations et mouvements politiques qui se sont unis pour s’opposer à ce qu’ils qualifient de dérives autoritaires du pouvoir actuel incarné par le parti PASTEF.
Parmi les membres fondateurs et les figures, on retrouve Taxawu Sénégal de Khalifa Sall ainsi que le parti Rewmi d’Idrissa Seck. L’Alliance pour la République de l’ancien président Macky Sall et l’Alliance pour la Relève Citoyenne d’Anta Babacar Ngom font également partie de cette union. Le mouvement est complété par le Parti de l’Unité et du Rassemblement de Serigne Moustapha Sy, le mouvement Gueum Sa Bopp de Bougane Gueye Dany et le Grand Parti de Malick Gakou.
Il convient de noter que certains leaders comme Amadou Ba, avec son mouvement Nouvelle Responsabilité, ont décliné l’invitation ou se sont retirés de la liste initiale des membres. Enfin, le Parti Démocratique Sénégalais était absent lors du lancement officiel de la plateforme
L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 ouvre une nouvelle phase où la question des coalitions reste encore centrale, l’heure où une nouvelle génération accède aux responsabilités, une interrogation demeure, celle de savoir si l’opposition devenue pouvoir saura se réinventer sans reproduire les cycles qui ont façonné l’histoire politique du pays
Au fil des décennies, l’opposition sénégalaise s’est affirmée comme une force essentielle de régulation démocratique, mais aussi comme un espace traversé par des contradictions profondes. Si elle a su, à des moments clés, dépasser ses clivages pour provoquer des alternances historiques, elle demeure fragilisée par ses divisions internes et ses recompositions incessantes. L’accession au pouvoir de figures issues de cette opposition pose désormais une question cruciale, celle de la capacité à transformer l’élan contestataire en gouvernance durable. Entre héritage politique et exigences de renouveau, l’avenir du pluralisme sénégalais reste suspendu à cette équation délicate.
Henriette Niang Kandé
SOURCE WALFADRJI

