Un premier sommet entre l’Arménie et l’UE pour tenter de contrer l’influence russe dans le Caucase
Alors que se tenait, lundi 4 mai, le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, un sommet bilatéral UE-Arménie est organisé ce mardi 5 mai autour du Premier ministre arménien, de la présidente de la Commission et du président du Conseil européen, signe que le pays tente de s’éloigner de la Russie au moment où Moscou peine à maintenir sa zone d’influence dans le Caucase. Mais le Kremlin menace de perturber les prochaines élections du 7 juin en Arménie. L’UE va annoncer ce mardi plusieurs réponses à ce défi, à la demande d’Erevan.
Par : RFI
L’Union européenne et l’Arménie tiennent ce mardi 5 mai leur tout premier sommet, illustrant la volonté des Européens d’aider ce pays du Caucase à s’éloigner prudemment de la Russie, son allié historique. L’UE sera représentée par le président du Conseil, Antonio Costa, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lors de cette réunion dans la capitale arménienne Erevan, sous l’égide du Premier ministre, Nikol Pachinian.
Ce sera « une occasion cruciale de renforcer davantage les relations bilatérales, notamment dans les domaines de la connectivité, de l’énergie, des transports et de la coopération numérique », fait valoir l’Union européenne. Les dirigeants « aborderont également les défis mondiaux actuels, tels que les derniers développements dans la région, y compris en Ukraine, et l’impact de la crise en cours au Moyen-Orient », souligne le bloc.
Ils devraient aussi signer plusieurs accords visant à l’approfondissement du partenariat UE-Arménie dans différents domaines comme les transports, l’énergie, la sécurité ou le soutien à l’économie.
« Nous avons réussi à mettre l’Arménie sur la carte des Européens »
Ingérences, cyberattaques ou campagne de désinformation : l’Union européenne se prépare donc à toutes les menaces. Une mission d’observation du Parlement européen se rendra d’abord sur place pour contrôler le déroulement du scrutin législatif. L’eurodéputée centriste de Renew, la française Nathalie Loiseau, en fera partie. « Vladimir Poutine a envie de remettre la main sur l’Arménie comme il a réussi à le faire sur la Géorgie voisine, et il y a des ingérences russes déjà maintenant dans la campagne qui précède les élections du 7 juin qui sont massives », souligne-t-elle à RFI.
Et en plus de cette mission d’observation le jour J, l’UE va envoyer une équipe de 20 à 30 experts civils pour une mission de deux ans, après le vote. L’Arménie est désormais un pays qui compte pour les Vingt-Sept, et pour Nathalie Loiseau, c’est surtout grâce à la France. « C’est une forme de satisfaction du travail accompli par un certain nombre d’entre nous, je dirais nous Français, qui avons réussi à mettre l’Arménie sur la carte des Européens, ajoute la députée. Depuis quelques années, nous avons réussi à convaincre nos partenaires européens de venir en aide à ce pays et ce peuple qui mérite de pouvoir construire un avenir autrement que dans la tragédie et dans la violence, et qui s’en donne les moyens ». Les Européens veulent éviter à tout prix un scénario à la géorgienne, et déploient cette fois les grands moyens.
La Russie a été historiquement le grand protecteur des Arméniens face à la Turquie. Elle ne remplit plus cette fonction depuis le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui était soutenu par la Turquie, et cela a renforcé l’orientation européenne de l’Arménie, qui attend que les Européens, eux, contribuent à sa sécurité et aussi à son arrimage à l’Union européenne à terme.
En toile de fond de cet étalage de soutiens, se pose la question d’une potentielle future demande d’adhésion de l’Arménie à l’UE, sur laquelle les autorités du pays avancent cependant très prudemment. L’an dernier, l’Arménie a adopté une loi déclarant officiellement son intention de se porter candidate à l’UE, dans la continuité d’un partenariat noué en 2017. Mais Erevan n’a pas encore sauté le pas pour le moment, tandis que Moscou a prévenu qu’il serait « impossible » au pays d’adhérer à l’UE, vu ses liens très étroits avec l’économie russe.
Alliée de longue date à la Russie, notamment pour des raisons de sécurité, l’Arménie abrite une base militaire russe et reste membre d’alliances économiques et sécuritaires avec Moscou. Les relations entre les deux pays se sont cependant refroidies, Erevan s’interrogeant sur la fiabilité de son allié traditionnel, qui n’est pas venu à son secours lors de la guerre avec l’Azerbaïdjan en 2023. L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont signé en août un accord à Washington sous l’égide du président américain Donald Trump en vue de mettre fin au conflit territorial qui les oppose depuis des décennies.

