Des limogeages et des démissions en cascade
: une purge dans l’armée américaine en pleine guerre avec l’Iran? – En quelques semaines, le secrétaire américain de la Défense, Pete Hegseth, a démis de leurs fonctions plusieurs poids lourds de l’armée, comme le chef d’état-major, Randy George et le secrétaire à la Marine, John Phelan. Des départs qui alimentent l’idée d’une purge à la tête de l’armée américaine.
Par Séraphine Charpentier – SOURCE TV5
Dernière tête tombée en date et pas des moindres: John Phelan. Le départ du secrétaire à la Marine a été annoncé « avec effet immédiat » par Sean Parnell, l’adjoint au secrétaire à la Guerre chargé des relations publiques, ce mercredi 22 avril. Il aurait été décidé par Pete Hegseth et le président américain Donald Trump, invoquant le « besoin d’une nouvelle direction » pour la Marine, selon un haut responsable de l’administration interrogé par le journal américain The New York Times.
Son limogeage est intervenu au fur et à mesure de la dégradation de sa relation avec le secrétaire de la Défense, Pete Hegseth. Des « différends » qui « portaient sur le style de gestion, sur des questions de personnel et d’autres sujets », détaille The New York Times.
Plusieurs militaires expérimentés limogés en pleine guerre contre l’Iran
Des « querelles » ont également eu lieu avec d’autres responsables du Pentagone, dont le secrétaire adjoint à la Défense, Stephen Feinberg, rapportent nos confrères, citant des responsables du Pentagone et du Congrès. « Mécontent » de la façon dont John Phelan « gérait le grand projet de construction navale de la Marine », Stephen Feinberg avait fini par le lui retirer.
John Phelan a été remplacé par Hung Cao, un officier de la Navy à la retraite, qui s’est notamment montré ouvertement contre la politique de diversité, équité et inclusion au sein de l’armée (DEI). « Ce dont nous avons besoin, ce sont des mâles et des femelles alpha qui sont prêts à s’arracher les entrailles, à les manger et à en redemander », avait-il notamment affirmé lors d’un débat. Cette politique a été critiquée par Donald Trump et Pete Hegseth, ses initiatives interdites et les personnes soutenant ses programmes licenciées, a rapporté la chaîne canadienne CBC. Lire la vidéo
Le départ de John Phelan n’est pas un cas isolé et s’inscrit dans une tendance plus globale au sein de l’administration américaine. Le 2 avril, c’est Randy George, le chef d’état-major de l’armée, qui était limogé par Pete Hegseth. En cause, des « griefs de longue date de Pete Hegseth à l’égard de l’armée, de conflits concernant le personnel et de ses relations difficiles avec le secrétaire à l’Armée, Daniel P. Driscoll », rapporte encore le New York Times dans un autre article.
Daniel P. Driscoll et Randy George entretenaient par ailleurs une relation de travail étroite, ont affirmé des responsables à nos confrères. Randy George est celui qui a sorti l’armée de l’une de ses « pires crises de recrutement de son histoire », en 2024, rapporte le New York Times. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, il avait accéléré l’acquisition pour l’armée américaine de « drones bon marché et d’autres types d’armes », faisant la différence dans le conflit opposant Kiev à Moscou.
Une armée américaine qui aurait été « trop vite et trop loin »?
Le limogeage de Randy George a été décrit par un responsable interrogé par le média américain Axios comme « fou », en période de guerre contre l’Iran. Randy George a été remplacé par le général Christopher Laneve. Selon des responsables américains, ce dernier aurait remis en question la dynamique de l’armée américaine, qui aurait été « trop vite et trop loin ».
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, à gauche, et l’ancien chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, se serrent la main lors de la cérémonie de la Journée nationale de reconnaissance des prisonniers de guerre et des disparus au combat au Pentagone, le vendredi 19 septembre 2025, à Washington.
Dans le même temps, le général David M. Hodne, à la tête du Commandement de la transformation et de la formation de l’armée, un poste clé, a été lui aussi brutalement démis de ses fonctions par le secrétaire américain de la Défense. Tout comme le général de division William Green Jr., aumônier en chef de l’armée.
Ces derniers mois, plusieurs autres officiers supérieurs disposant d’expérience dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont eux aussi été congédiés ou écartés par l’administration du président américain Donald Trump, ou encore en sont partis. Parmi eux, l’amiral Alvin Holsey, Jeffrey Kruse, général de corps d’armée au sein de l’armée de l’Air, la vice-amirale Shoshana Chatfield, le général CQ Brown Jr., président du Comité des chefs d’état-major, etc.
« La loyauté prime sur la compétence »
« Ces départs soudains ont redessiné l’État-major interarmées, les agences de renseignement et les commandements de combat », analyse le média américain Axios. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth affirme vouloir « rationaliser » le commandement militaire à travers ces limogeages, qui ont commencé en février 2025. Mais nos confrères parlent eux d’une « purge ».
La dynamique remonte en réalité au début du second mandat de Donald Trump. En avril dernier, le média australien The Conversation observait déjà ce qu’il qualifiait de « purge idéologique » à la tête de l’armée, relevant notamment le limogeage de « femmes, d’officiers issus de minorités et de responsables attachés aux alliances multilatérales ».
« Tous ont été perçus comme critiques, non alignés, ou coupables d’avoir manifesté des doutes sur la ligne imposée depuis la Maison Blanche », a estimé le média australien. Pendant cette période, l’administration américaine a également tenté de « configurer une mémoire militaire alternative », à travers toute une série d’autres mesures, rapporte The Conversation.
Parmi celles-ci, l’effacement temporaire de références historiques aux Tuskegee Airmen, les premiers aviateurs militaires afro-américains des forces armées des États-Unis, ou encore des Navajo Code Talkers, les Amérindiens qui ont servi dans le Corps des Marines des États-Unis, dont la tâche principale était la transmission de messages tactiques codés durant la Seconde guerre mondiale.
« Un climat de peur paralyse toute contestation au sein du commandement. La loyauté prime sur la compétence, au détriment du professionnalisme. Des officiers anonymes évoquent une purge politique permanente », analysaient nos confrères.

