Itw – Alioune Diouf, Sg du Cusems : « Si les enseignants reprennent la grève, il sera difficile de les faire retourner dans les classes »

L’accord entre le G7 et le gouvernement révèle une chose : le temps perdu pour les élèves pouvait être évité. Pour Alioune Diouf, Secrétaire général du Cusems, la faute incombe au gouvernement qui n’a pas voulu répondre favorablement lors des grandes vacances pour dialoguer. Dans cet entretien, Alioune Diouf revient point par point sur le protocole d’accord signé avec le gouvernement. Il affirme que la balle est dans le camp du gouvernement, et que si le protocole n’est pas respecté, l’année scolaire sera fortement compromise. 

Propos recueillis par Malick GAYE  – On pouvait donc éviter cette grève-là avec la signature de ce protocole d’accord ?

Je pense que c’était très difficile d’éviter la grève pour les enseignants. La rupture qu’on attendait du gouvernement, c’est d’être dans l’anticipation. Il faut un système anticipatoire des crises. On peut très souvent identifier les facteurs conflictogènes. Donc, avant que les crises n’interviennent, on peut anticiper pour essayer de régler ces facteurs-là. Malheureu­sement, ça n’a pas été le cas. Les enseignants étaient obligés d’aller en grève pour se faire entendre sur des questions qui avaient déjà fait l’objet d’accord. Il s’agissait juste de venir et de continuer à respecter les accords, parce que l’Etat, c’est la continuité. Quand on est dans l’Etat, on est du passif et de l’actif. Mais on ne peut pas être seulement héritier de l’actif et ignorer le passif. C’est pourquoi les enseignants étaient obligés d’aller en grève pour que le gouvernement revienne à la table. Le Sénégal est un pays un peu bizarre. Parce que vous êtes obligé de vous battre pour avoir des accords, mais une fois que vous avez les accords, il faut encore se battre pour que ces accords-là soient respectés. C’est pourquoi il faut qu’on arrête, par tous les moyens, ce cycle-là.

Concrètement, qu’est-ce que le G7 a dû lâcher pour parvenir à cet accord ?

Le G7 a lâché beaucoup de choses. Les syndicats ont fait énormément de sacrifices. On avait identifié 94 points qu’il fallait satisfaire. Mais nous nous sommes dit qu’on ne pouvait pas se permettre de réclamer ça pour l’instant à notre pays, vu la situation dans laquelle il se trouve. Nous avons donc identifié 5 points majeurs que nous avons appelés la plateforme minimale du G7. C’est pourquoi j’ai dit qu’on a placé le pays au-dessus de tout. Si on s’était arc-bouté sur ces 94 points, on n’aurait jamais pu arriver à un accord avec l’Etat. Ça veut dire que les enseignants voulaient vraiment aller vers un accord.

Qu’est-ce qui vous garantit que ce protocole ne connaîtra pas le même sort que les accords de 2022 ?

Nous avons juste une présomption de bonne foi. La particularité de ce protocole, c’est que pour chaque engagement, il y a une échéance. Et ça, c’est parce que nous avons appris des erreurs du passé. Quand vous prenez un engagement sans échéance, chaque fois que vous interpellez l’Etat, ils vous disent que nous sommes encore en train d’examiner, de travailler, les travaux sont en cours. Cette fois-ci, pour chaque engagement, nous avons mis une échéance. C’est d’ailleurs la définition de ces échéances qui nous a pris énormément de temps –c’étaient vraiment des tiraillements. L’Etat voulait des échéances un peu plus lointaines. Aujourd’hui, toute la Nation dispose de ce document et voit les échéances. Demain, si le gouvernement ne respecte pas, ce sera très facile de dire que c’est lui qui est responsable. Ces accords ont été signés devant le Premier ministre du Sénégal qui, quand il a pris la parole, a pris l’engagement sur lui de faire respecter tout ce qui a été souscrit. Jusqu’à preuve du contraire, nous ne pouvons que le croire. Mais si demain les accords ne sont pas respectés, les mêmes causes produisent les mêmes effets : on reprendra la grève.

Aujourd’hui, après la signature, considérez-vous que le gouvernement a enfin apporté les solutions ?

Oui, les réponses apportées sont très satisfaisantes. Mais on ne peut pas être dans l’euphorie parce que ce sont encore des engagements qu’il faudra matérialiser. C’est après la matérialisation que nous serons clairement satisfaits. Les engagements sont très clairs, et ce sont des engagements importants pour les enseignants, ça, c’est indiscutable. Maintenant, là où il y a des craintes, c’est dans la matérialisation. Il y a une grande différence entre prendre un engagement et respecter son engagement. C’est dans les faits que le gouvernement sera jugé. Il y va de la crédibilité même du gouvernement et de la crédibilité des pouvoirs publics. Un gouvernement crédible ne peut pas s’engager et au final ne pas respecter ses engagements.

Le protocole prévoit un guichet unique pour les décisionnaires. Est-ce suffisant ? Où en est la revendication de fond sur les pensions ?

Sur la question des décisionnaires, nous avons un sentiment mitigé, pour être honnête. Il y a une partie de la question qui a été réglée avec les deux décrets signés par le président de la République –c’est un effort que nous saluons. Mais la question nodale de la pension de retraite n’a pas encore été totalement réglée. C’est pourquoi dans le protocole, c’est une question que nous avons reversée à la rubrique Perspectives. La réponse du gouvernement sur cette question, c’est que le président de la République lui-même a ordonné une étude sur le système de retraite de façon générale, dans le public comme dans le privé. Une étude est diligentée au niveau de la Direction des pensions, une autre au niveau de la Direction des soldes. Pour les décisionnaires, il y a donc un pas franchi avec les deux décrets qui règlent les problèmes de carrière -mais il reste la question de la pension, qui est ce qui intéresse le plus les décisionnaires. L’Etat l’a compris. D’ailleurs, ça nous a fait perdre 24 heures dans les négociations : le lundi, on était tombés d’accord sur tout sauf sur cette question-là.

Le protocole évoque une contrainte juridique pour l’élargissement du périmètre des décrets. Le Cusems accepte-t-il cette limitation ?

En fait, quand on a pris les deux décrets, il y a un périmètre. Quand on s’est rendu compte qu’il y avait encore des décisionnaires laissés en rade, nous avons demandé à l’Etat d’élargir ce périmètre. La réponse du gouvernement, c’est que le décret étant déjà signé, pour l’élargir, il faut le modifier ou prendre un autre décret -et ça risquait de prendre du temps. Mais il y a une injustice réelle : imaginez un enseignant qui devait être formé en 2010, mais les formateurs étaient en grève pendant deux ans. Il n’a pas pu être formé. Entretemps, il a eu 35 ans, et est devenu décisionnaire -mais à qui la faute ? Il n’a commis aucune faute. C’est pour ces cas-là que nous avons dit que l’Etat doit les intégrer. C’est une question que nous allons continuer à traquer. Nous allons nous battre pour qu’il y ait un décret qui les prenne en charge ou que les décrets existants soient modifiés pour les intégrer.

Sur la retraite à 65 ans et le reversement au Fnr, quel est le calendrier minimal que vous exigez ?

Le comité technique sectoriel doit se réunir au minimum tous les trois mois. Nous avons demandé au gouvernement d’inscrire cette question en priorité parce que nous ne sommes pas satisfaits à 100%. Nous voulons tout de suite reprendre les discussions. Pourquoi cette urgence ? Parce que chaque mois, il y a des décisionnaires qui vont à la retraite et qui ne pourront pas bénéficier des mesures importantes qui ont été prises. Il n’y aura pas de mesures de rétroactivité, tout le monde le sait. Le gouvernement n’a pas forcément refusé ces points -il a demandé plus de temps par rapport à la réforme générale de la retraite. Nous, nous voulons mettre la pression pour qu’on aille très vite.

Si l’étude sur la rémunération ne débouche pas sur des corrections concrètes dès janvier 2027, quelle sera votre réponse ?

Il faut d’abord préciser que la question de la correction du système de rémunération est à l’origine même de la naissance du Cusems, dans les années 2004-2005. On s’était rendu compte que beaucoup de corps avaient des privilèges que les enseignants n’avaient pas. En 2014, il y avait déjà une étude réalisée par le cabinet Mgp Afrique dont les conclusions n’ont pas été totalement appliquées. L’excuse du gouvernement aujourd’hui, c’est que les données de 2014 sont devenues caduques après l’augmentation générale de 2022, et qu’il faut une mise à jour. C’est peut-être pertinent -certains pourraient dire que c’est pour gagner du temps. J’ai toujours attiré l’attention sur un fait : nous ne voulons pas d’une étude tronquée. Ce gouvernement a toujours dit que tout se fait dans la transparence totale, que chez eux, c’est une maison en verre. Il y a un piège ici : vouloir restreindre l’étude au seul salaire de base. Sur le salaire de base, tout le monde sait que quand vous êtes de la même hiérarchie, vous avez le même salaire -pas besoin d’enquête là-dessus. Ce qui pose problème, ce sont les primes et indemnités distribuées de façon anarchique. Il y a des gens de la hiérarchie C qui perçoivent deux ou trois fois plus que quelqu’un de la hiérarchie A dans l’éducation. Nous demandons à ce que tous les revenus soient mis sur la table, qu’on sache ce que chacun perçoit à la fin du mois, et qu’on corrige. Ce n’est pas une augmentation qu’on réclame –c’est un retour à l’orthodoxie. Avant l’arrivée du Président Wade, les hiérarchies correspondaient vraiment aux niveaux de recrutement. Ce qui est arrivé après, c’est lui qui l’a fait par générosité. Mais aujourd’hui, les hiérarchies sont devenues artificielles. Il doit y avoir un consensus national là-dessus.

Avez-vous une estimation des sommes indûment prélevées par la surimposition ?

Sur la question de la surimposition, le gouvernement et les syndicats ne parlent pas le même langage. Le 12 mars, nous avons été reçus par le ministre des Finances, M. Cheikh Diba. Quand nous lui avons exposé les cas de surimposition, il nous a dit qu’il était persuadé qu’il n’y avait pas de surimposition -mais avec notre argumentaire, il a commencé à douter de ses services. Ce qu’il nous proposait, c’était un audit, un comité ad hoc où nous apportons nos experts en fiscalité, qui vont passer en revue, avec les services de la solde, tous les montants prélevés sur les rappels des enseignants. Tout enseignant victime de surimposition sera remboursé.

Maintenant, la solde nous dit qu’on prélève entre 18 et 33% sur les rappels. Mais quand on fait le calcul, on se rapproche beaucoup plus de la borne supérieure. C’est pourquoi nous avons dit : à défaut de défiscaliser totalement les rappels, qu’on aille vers une baisse avec un plafond de 10 ou 15% qu’on ne puisse pas dépasser. Parce que ce sont des arriérés -de l’argent qu’on doit aux enseignants depuis des années. Le gouvernement a retenu ces montants, peut-être même travaillé avec cet argent. Maintenant, au moment de payer, on applique un taux extrêmement élevé parce qu’on considère que c’est un revenu de l’année -alors que tout le monde sait que c’est un revenu exceptionnel. Dans leur communication, on fait parfois croire que nous demandons à ne plus payer d’impôts. On n’a jamais demandé ça. Nous sommes pour un civisme fiscal. C’est même ce que nous enseignons aux élèves. Le gouvernement nous a révélé que la défiscalisation totale représenterait 12 milliards de pertes fiscales pour l’Etat. Ça veut dire ce que ça veut dire : chaque année, le gouvernement prend aux enseignants 12 milliards rien que sur les rappels. C’est une somme faramineuse.

Le paiement intégral des arriérés est renvoyé à la Lfi 2028. N’est-ce pas trop loin ?

Effectivement. Mais comme je l’ai dit, nous aussi, on a dû faire des concessions. Si on devait suivre le rythme actuel des paiements, on allait peut-être payer ces gens dans 5, 6 ou 7 ans. Le gouvernement a fait un effort, nous aussi. L’enveloppe est estimée à plus de 100 milliards qu’on doit aux enseignants -c’est une dette. On s’est accordé avec le gouvernement sur un échéancier : chaque mois, on paie tant, jusqu’à ce qu’on puisse éponger dans la Lfi 2028. Et ces deux points sont liés : la surimposition, l’immatriculation des sortants des écoles de formation, et le paiement des rappels. Si l’immatriculation est faite, il n’y aura plus de nouveaux rappels. On apure d’abord la dette, et on entre dans la phase où il n’y a plus de stock qui se reconstitue.

Les délais promis pour la digitalisation vous semblent-ils crédibles ?

Ce n’est pas nous qui avons donné les délais, c’est le gouvernement qui a rédigé le document et mis les dates. Vous-mêmes, les journalistes, vous êtes témoins -demain, vous pourrez juger. Je dois quand même avouer que pour la dématérialisation, ils ont commencé, mais on est loin de ce qui a été promis. Ce qui est promis, c’est l’interconnexion de toutes les plateformes. Aujourd’hui à la Fonction publique, il y a e-carrière, à l’Education, il y a Mirador, à la solde, il y a e-centre. Les agents de la Fonction publique ont déjà accès à la plateforme Mirador -ils n’attendent plus que l’Education transporte physiquement les dossiers. Ce qui reste, c’est l’interconnexion entre la solde et les deux autres plateformes. Ils ont donné une échéance de fin 2026. Je pense qu’ils peuvent réaliser ça -eux-mêmes disent qu’ils sont à 90% du taux de réalisation et qu’ils testent l’interconnexion. C’est tout à fait possible. On est dans un monde où tout est dématérialisé. C’est même un peu archaïque qu’on en parle encore.

Sur la formation diplômante, combien d’agents sont concernés et qui est éligible ?

Pour la première fois, on a mis 6000 enseignants en formation -c’est une première. Il faut tirer son chapeau au ministère de l’Education nationale sur cette question. Le besoin de formation au départ était estimé à 7000. Les 6000 sont déjà en formation à distance avec des regroupements pendant les vacances. Pour le reste, ils ont dit qu’ils vont compléter pendant les grandes vacances scolaires, au plus tard durant l’année scolaire à venir. Sauf qu’il y a eu des incidents récemment -la grève des transporteurs n’a pas permis aux candidats de se déplacer pour les épreuves prévues pendant les fêtes de Pâques, combinée aussi à une grève des formateurs à l’école normale. Le gouvernement gagnerait vraiment à régler toutes ces questions pour qu’il n’y ait pas de retard encore une fois dans la formation.

Sur le reversement en hiérarchie B2 -renvoyé en perspective-, est-ce un refus déguisé ou une ouverture réelle ?

Les Meps étaient à la hiérarchie B4. L’instituteur est à la hiérarchie B3. Le Pcmj à la hiérarchie B2. Quand on a reversé les Meps à la hiérarchie B2, les instituteurs ont dit : pourquoi pas nous ? Et la crainte du gouvernement, c’est l’effet domino. Les Pcmj qui sont à la hiérarchie B2 réclament maintenant d’être alignés à la hiérarchie A. Ceux qui sont à la hiérarchie A demandent la hiérarchie A1 spéciale. Nous portons cette revendication et nous estimons qu’elle est légitime. Mais nous sommes logiques dans ce que nous disons : si vous voulez aller à une hiérarchie supérieure, il faut que le niveau de recrutement soit relevé. L’instituteur recruté avec le Bac, ce sera désormais avec le Bac+2. Donc il faudra accepter que la formation prenne plus de temps et que le niveau de diplôme soit relevé. C’est une nouvelle demande -le gouvernement ne l’a pas totalement rejetée, mais ne l’a pas non plus acceptée. Il appartiendra à nos organisations syndicales de convaincre le gouvernement, par des arguments, que c’est techniquement faisable et soutenable.

Les accords sur l’habitat remontent à 2003. Comment expliquer ce feuilleton sans fin ?

Sur la gestion de l’habitat, il n’y a pas eu de discussion : la revendication syndicale a été totalement acceptée. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’essentiel des parcelles a déjà été livré -il faut avoir l’honnêteté de le dire. Ce qui pose problème, c’est sur certains sites spécifiques. Par exemple à Keur Massar, il y a un aéroport dont la construction a empiété sur une partie du site -il faut donc délocaliser. A Ziguinchor, le premier site à Kantène a connu des difficultés de prise de possession, des résistances de populations. A Kaolack, le site choisi par le gouvernement est un titre foncier privé. Ce sont des difficultés comme ça. La plus grosse difficulté reste Rufisque, où la moitié des parcelles n’a pas encore été délivrée. Nous avons été reçus à deux reprises par le ministre de l’Urbanisme, M. Fofana, qui a pris un engagement ferme : à défaut du premier site, il a déjà trouvé un deuxième site, et respectera les dates. On l’attend sur la réalisation.

Le comité technique sectoriel se réunit tous les trois mois -c’est le même dispositif qu’avant. Qu’est-ce qui change ?

Avec la nouvelle doctrine, ils disent qu’ils ne parlent plus de comité de suivi, maintenant ils parlent de comité technique sectoriel. Pour nous, la finalité est la même : avoir un dispositif pour identifier les difficultés et les goulots d’étranglement. Maintenant, honnêtement, je n’ai pas de réponse sur ce qui change. Je ne peux pas dire qu’il y a une quelconque nouveauté qui pourrait nous faire croire que ça va marcher mieux qu’avant. Tout ce que je sais, c’est que le ministre de la Fonction publique va produire l’arrêté cette semaine ou la semaine prochaine -et à partir de l’arrêté, nous aurons la nomenclature du comité, et les premières réunions pourront commencer. En dehors de ce comité général, il y aura des comités techniques sectoriels par ministère. Au niveau de l’Education, il y a déjà des rencontres bimensuelles avec le ministre. Mais ça devrait être le cas avec tous les ministres qui tournent autour de l’éducation –l’enseignement technique, l’enseignement supérieur. J’es­père que cette nouvelle structure va corriger ces impairs.

Qui juge du respect des engagements, et à partir de quel seuil la clause de paix sociale est-elle caduque ?

La meilleure clause de paix, c’est le respect des engagements. Si les engagements sont respectés, ça va renforcer la confiance, et on n’aura pas besoin d’aller en grève. D’ailleurs, quand on a proposé un pacte aux organisations syndicales, on a repoussé : notre pacte, c’est le respect. Si vous respectez les accords, on a un pacte. Si vous ne respectez pas, vous violez le pacte, et il y aura encore l’instabilité. Il y a d’ailleurs eu un grand débat là-dessus au début des travaux. Le gouvernement nous a dit que vous n’avez pas le droit d’aller en grève parce qu’il y a un pacte de stabilité sociale. Or quand le pacte social avait été élaboré avec les centrales syndicales, les organisations syndicales avaient lancé l’alerte : ce pacte-là ne nous engage pas, parce que toutes nos revendications n’y sont pas prises en compte. Si on veut dire aux syndicats de branche que vous n’avez pas le droit de grève parce qu’une centrale a signé, non -ça engage les centrales, pas nous. Et finalement, pendant les négociations, personne ne voulait prononcer le mot pacte. Donc ce n’est pas aujourd’hui qu’on va prendre un tel engagement. Ce qu’on a dit, c’est que les deux parties, dans une confiance mutuelle, vont travailler pour la stabilité.

Question finale. Dans quel état sera l’école sénégalaise si la même logique de crise-accord-non res­pect se répète en 2027 ?

Ce serait vraiment dommage, et ce serait terrible pour le pays. Que chacun fasse son introspection -aussi bien du côté gouvernemental que du côté syndical. Ce travail doit être fait surtout du côté gouvernemental, parce qu’il y a eu beaucoup de cafouillage dans la gestion de cette crise. Cette perspective me rend malade. Et on pourrait même vivre pire, pour être honnête. Si les engagements ne sont pas respectés cette fois-ci, si les gens retournent en grève, ce sera extrêmement difficile de les faire revenir dans les classes. C’est pourquoi, comme je l’ai dit devant le Premier ministre, c’est un vœu pour l’intérêt supérieur de la nation que ce protocole soit respecté. Parce qu’autrement, nous allons plonger dans une crise beaucoup plus profonde. Les enseignants ne pourront plus jamais faire confiance à ce régime. Ce protocole, c’est leur baptême du feu. S’ils le respectent, ils vont nouer un pacte de confiance avec le monde enseignant. C’est notre premier protocole avec ce gouvernement –c’est sur celui-là qu’ils seront jugés. Et il y a aussi quelque chose d’important à dire : très souvent, vous voyez la grève des transporteurs, l’impact est immédiat et le gouvernement dialogue tout de suite. Chez les enseignants, l’impact est différé -on ne le voit pas le jour de la grève, mais c’est un impact dangereux qui se ressent dans un an, deux ans, trois ans, sur le niveau et la qualité de l’éducation. Le gouvernement a tendance à penser que parce que l’impact est différent, il n’est pas important. C’est une mauvaise approche. Nous nous trouvons dans une position défensive -on cherche à protéger les acquis, on ne peut plus poser de nouvelles revendications parce qu’on est contraints de régler notre passif. Tout le monde perd dans cette situation -ni le gouvernement, ni les syndicats, encore moins les parents d’élèves et les élèves. Personne ne gagne. Et ce cycle doit s’arrêter.

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