Neuf mois sans audition — l’affaire Maodo Malick Mbaye entre silence judiciaire et zones d’ombre
Plongé dans une procédure judiciaire tentaculaire, Maodo Malick Mbaye cristallise aujourd’hui toutes les attentions. Selon les révélations du quotidien L’Observateur, l’ancien directeur général de l’Agence nationale de la maison de l’outil (ANAMO) est maintenu en détention provisoire depuis le 22 juillet 2025, sans avoir encore été entendu sur le fond du dossier, soit neuf mois après son incarcération.
Une situation qui suscite de vives interrogations dans les milieux judiciaires et au sein de son équipe de défense. Poursuivi pour des faits lourds — association de malfaiteurs, escroquerie, détournement présumé de deniers publics portant sur plus de 619 millions de francs CFA, faux et usage de faux, ainsi que blanchiment de capitaux — l’ancien responsable attend toujours son audition devant le juge d’instruction.
D’après L’Observateur, ses avocats ont décidé de passer à l’offensive. Le collectif de défense, composé notamment de Baboucar Cissé, Alassane Cissé, El Hadji Omar Youm et Ndiaga Dabo, prévoit de saisir le juge du deuxième cabinet d’instruction du Pool judiciaire financier afin d’obtenir enfin une audition au fond. Une démarche jugée urgente par ses conseils, qui dénoncent une attente prolongée difficilement justifiable.
Au cœur de la controverse, la légalité même de cette détention provisoire prolongée. Toujours selon L’Observateur, aucun rapport officiel émanant des corps de contrôle de l’État ne viserait directement Maodo Malick Mbaye. L’affaire repose principalement sur une plainte déposée par son successeur, appuyée par un rapport produit par un cabinet privé, dont le contenu n’aurait pas été communiqué à l’accusé. Ses partisans dénoncent une violation du principe du contradictoire, pilier fondamental de toute procédure d’audit.
L’ancien directeur général avait pourtant obtenu, le 31 décembre 2025, une ordonnance de mise en liberté provisoire assortie d’un contrôle judiciaire. Mais cette décision a été annulée après l’appel du Parquet, plongeant à nouveau l’accusé dans l’incertitude carcérale.
Au-delà des questions juridiques, l’état de santé du détenu ajoute une dimension humaine préoccupante au dossier. Une expertise médicale, confiée au Dr Pape Samba E. Agne, conclut à une incompatibilité entre son état clinique et la détention. L’ancien dirigeant souffrirait notamment d’apnée du sommeil sévère, de neuropathie, d’ostéonécrose et d’un adénome prostatique, nécessitant une prise en charge médicale spécialisée.
Malgré les alertes du médecin militaire de l’administration pénitentiaire et les réserves émises par le Pavillon spécial — structure hospitalière dédiée aux détenus malades —, la situation demeure inchangée. L’Observateur souligne que les autorités pénitentiaires elles-mêmes reconnaissent les դժվարés à assurer un suivi médical adapté dans un cadre carcéral.

