Souveraineté énergétique : Le Sénégal prisonnier de ses importations de produits finis (expert)
Invité de l’émission Seneweb Eco ce dimanche, l’expert en gestion des risques et géostratégie, Ibnou SOUGOUFARA, a dressé un constat sans complaisance sur la situation énergétique du pays.
Selon lui, le chemin vers la souveraineté réelle reste semé d’embûches dans un contexte de dépendance structurelle et turbulences mondiales
Le paradoxe de la dépendance
Malgré son nouveau statut de pays producteur, le Sénégal ne semble pas encore avoir renversé la vapeur économique. Pour Ibnou SOUGOUFARA, le pays demeure prisonnier de ses importations de produits finis.
« Si on fait le net, il y aura toujours un manque à gagner énorme. Le Sénégal ne gagne pas en net », a-t-il précisé, soulignant que l’extraction brute ne compense pas encore les coûts liés à l’importation du pétrole raffiné nécessaire à la consommation nationale.
L’alerte sur la confiance des investisseurs
L’expert a rappelé que le pétrole n’est pas qu’une ressource, c’est une arme diplomatique. Dans un monde où les rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie dictent les cours, le Sénégal est exposé aux soubresauts des grandes routes maritimes.
Le contrôle de points de passage névralgiques comme les détroits d’Ormuz ou de Malacca conditionne l’approvisionnement mondial.
« Le monde est en train de prendre un tournant énorme », prévient-il, invitant les autorités à une vigilance accrue face aux équilibres internationaux fragiles.
La stratégie du « Long Terme », produire plus pour gagner plus
Ibnou SOUGOUFARA met en garde contre les discours politiques radicaux entourant la fiscalité ou la renégociation des contrats.
« Les compagnies pétrolières n’aiment pas ça », prévient-il. « Quand tu donnes un futur qui est sombre, la compagnie pétrolière peut voir tes intentions », a-t-il ajouté.
Selon lui, la priorité actuelle du Sénégal devrait être de stabiliser ce climat de confiance pour mieux « se vendre » et s’intégrer durablement dans les circuits énergétiques mondiaux.
Plutôt que de chercher des gains immédiats qui pourraient fragiliser l’industrie naissante, l’expert prône une montée en puissance méthodique de la production.
« Il faut différer la gratification, faire en sorte d’aller à 200 000, à 300 000 barils », explique-t-il.
Liboire SAGNA
WALFADJRI

