Guerre en Iran: malgré le cessez-le-feu, le conflit continue de coûter cher aux États-Unis

Si l’annonce d’une trève de deux semaines suspend momentanément l’escalade, la facture de plus de cinq semaines de guerre contre l’Iran atteint déjà plusieurs dizaines de milliards de dollars pour les États-Unis.

Par : Aurore Lartigue

Insensible à l’annonce de la trêve, le compteur continue de tourner : les dollars défilent à la vitesse de plus de 11 000 par seconde. Lancé par des organisations opposées au conflit sur le site Iran War Cost Tracker, l’outil repose toujours sur des estimations du Pentagone établies dans les premiers jours de la guerre : 11,3 milliards de dollars pour les six premiers jours, puis environ un milliard supplémentaire par jour supplémentaire.

Mais avec le cessez-le-feu de quinze jours annoncé mardi 7 avril, ce décompte perd de sa pertinence. Si la facture, déjà colossale, continue de s’alourdir pour les contribuables américains, la suspension des opérations militaires contre l’Iran devrait freiner, au moins temporairement, l’emballement. « Une grande partie des dépenses va s’arrêter avec le cessez-le-feu, puisque le poste le plus important, ce sont les munitions, et nous n’en utiliserons plus », explique Mark Cancian, conseiller au sein du Center for Strategic and International Studies (CSIS). Autre source majeure de dépenses : les pertes et les dégâts subis par l’armée américaine – avions abattus, équipements détruits, bases endommagées – qui cessent eux aussi avec l’arrêt des combats.

Environ 500 millions de dollars par jour

Avec l’opération Fureur épique, lancée le 28 février, les États-Unis se sont engagés dans un conflit particulièrement coûteux contre l’Iran, dont le prix avoisinait jusqu’à maintenant les 500 millions de dollars par jour, selon le CSIS. Mark Cancian évalue le coût total de la guerre à ce stade à environ « 28 milliards de dollars », en incluant opérations, munitions, pertes matérielles et déploiement initial sur le terrain. 

Bien moins haut que le compteur en ligne qui affichait au moment du cessez-le-feu 44 milliards de dollars. Une différence qui peut s’expliquer par le fait que le prix journalier de la guerre a diminué au fil de la guerre.

Selon les estimations du Penn Wharton Budget Model, les six premiers jours ont concentré l’essentiel des dépenses, avec un coût moyen de plus de 2 milliards de dollars par jour, lié à l’utilisation massive de munitions de haute précision particulièrement onéreuses. Missiles Tomahawk à près de 3,5 millions de dollars pièce, intercepteurs antimissiles SM-3 et SM-6 jusqu’à 4 à 5 millions de dollars chacun ou bombes guidées AGM-154. Des équipements utilisés « par centaine » au début du conflit, selon ce programme de recherche économique de l’université de Pennsylvanie. Par la suite, l’armée américaine s’est tournée vers des munitions moins coûteuse, notamment les kits JDAM et les tirs de missiles balistiques iraniens ont chuté, ce qui réduit fortement les dépenses de défense antimissile américaines. 

Dans son calcul, le CSIS ajoute les équipements endommagés ou détruits. Parmi les dépenses les plus importantes figurent probablement les réparations du porte-avions USS Gerald R. Ford, notait le Financial Times.

On a aussi vu cette photo d’un E-3 Sentry, un avion de surveillance souvent appelé Awacs, détruit le 27 mars par une frappe iranienne, sur une base aérienne en Arabie saoudite. Valeur : 700 millions de dollars.  

Les dégâts sur les bases américaines dans le Golfe et leurs équipements représentent un autre poste important. On peut citer deux radars endommagés en Jordanie et au Qatar, ainsi que des systèmes de communication et des infrastructures. Des montants « en cours d’affinage car nous avons maintenant des images aériennes qui peuvent nous en dire plus sur l’étendue des dégâts », précise Mark Cancian.

Ces derniers jours, s’est ajoutée aussi l’opération spectaculaire pour secourir un pilote américain dont le F-15E a été abattu par les forces iraniennes, mobilisant plus de 150 appareils. Un sauvetage dont on ne connaît pas le coût.

En plus de ce F-15E, plusieurs appareils ont été perdus depuis le début du conflit, dont « un A-10, deux C-130 et plusieurs hélicoptères », pour un total avoisinant « 500 millions de dollars », selon Mark Cancian.

Des coûts invisibles qui s’accumulent 

Avec le cessez-le-feu, le coût journalier du conflit devrait désormais tomber à « environ 100 millions de dollars par jour », estime l’expert, correspondant au maintien des forces dans la région. Une présence militaire en partie déjà budgétée, mais rendue plus coûteuse par l’intensité des opérations et leur prolongation à l’étranger.

Mais ces estimations ne couvrent qu’une partie de la facture. « Nous regardons uniquement le budget du Pentagone », souligne Mark Cancian. Autrement dit : ni les dépenses des autres agences fédérales, comme la Sécurité intérieure, ni les effets économiques indirects, tels que la hausse des prix du carburant, ne sont pris en compte.

Surtout, les coûts à long terme sont absents de ces calculs. Pourtant, même une fois la guerre terminée définitivement, les dépenses se poursuivront : soins aux vétérans, pensions d’invalidité – plus de 370 soldats américains avaient été blessés début avril – ou encore intérêts de la dette contractée pour financer le conflit.

À cela s’ajoute la reconstitution des stocks d’armes. Le 4 avril, le président américain Donald Trump a ainsi réclamé une hausse de plus de 40% du budget de la défense pour 2027, avec pour objectif de moderniser l’armée et de reconstituer les munitions.

Dans les conflits en Irak et en Afghanistan, et plus largement dans les guerres menées par les États-Unis depuis le 11-Septembre 2001, la facture a dépassé les 8 000 milliards de dollars une fois intégrés les coûts à long terme, selon le projet Costs of War Project de l’université Brown.

Pour répondre aux besoins, la Maison Blanche prépare une demande de rallonge budgétaire au Congrès. Initialement de 200 milliards d’euros, elle devrait finalement être moindre. Mais cette enveloppe ne correspond pas uniquement au coût de la guerre en cours : elle inclut aussi la reconstitution des stocks de munitions et l’augmentation des capacités de production, destinées à préparer d’éventuels futurs conflits. 

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