Israël: un pays entre radicalisation et quête d’identité, déjà en campagne pour les législatives

En Israël, l’ombre des urnes plane sur un pays en plein brouillard sécuritaire. Officiellement prévu pour novembre 2026, le prochain scrutin législatif pourrait être avancé, alors que la société n’a jamais semblé aussi fracturée. 

De Michel Paul correspondant RFI à Jérusalem,

En Israël, on parle de plus en plus d’élections anticipées, peut-être dès le mois de juin. L’enjeu de ce vote se résume en un nom : Benyamin Netanyahu. C’est le « moment de vérité » pour Israël. Comme le souligne le quotidien d’opposition Haaretz, Netanyahu n’a pas seulement lu la carte politique, il l’a tracée, notamment en reléguant la question palestinienne au second plan depuis 2009.

Aujourd’hui, l’arbitrage ne porte pas tant sur la stratégie face à l’Iran que sur l’identité même du pays. La société est devenue un assemblage de fragments disparates qui, au lieu de former un tout, entrent en collision. Pour de nombreux analystes, soit le pays tourne la page et entame une reconstruction sociale, soit le camp Netanyahu l’emporte, et une partie de l’opposition pourrait alors s’interroger sur son avenir même en Israël.

Le vote des jeunes plutôt à droite, selon un récent sondage

Les sondages montrent une impasse totale entre pro et anti-Netanyahu. Aucun bloc n’émerge pour former une coalition stable sans les partis arabes. Mais un sondage récent sur la jeunesse vient bousculer ces certitudes. Une enquête de Lazar Research publiée il y a quelques jours montre un basculement générationnel spectaculaire. La jeunesse israélienne est massivement ancrée à droite : 56% des 18-22 ans s’en revendiquent, contre seulement 8% à gauche.

L’effet «après 7 octobre» est frappant : plus de la moitié de ces jeunes disent avoir renforcé leur foi religieuse et leur attachement aux traditions. Ils sont patriotes — 68% se disent fiers d’être Israéliens — et prêts à servir : 97% des réservistes répondraient présent en cas de rappel. Dans ce contexte, Netanyahu domine largement les intentions de vote chez les jeunes avec 35%, loin devant Naftali Bennett, l’ancien Premier ministre. Ce sont eux qui pourraient briser l’équilibre des blocs.

Une campagne déjà lancée

En attendant la fixation d’une date officielle, la campagne électorale semble avoir déjà commencé dans les faits. Elle est même omniprésente, nichée au cœur de l’activité législative. Le gouvernement multiplie les gages envers sa base la plus radicale et les partis ultra-orthodoxes, piliers de la coalition. Cela passe par l’adoption d’un budget très contesté, mais aussi par une surenchère sécuritaire, comme le retour sur le devant de la scène d’une loi sur la peine de mort pour les terroristes.

Chaque prise de parole des responsables israéliens, y compris sur la conduite des opérations militaires ou la gestion de l’après-guerre à Gaza, est désormais calibrée pour le bénéfice électoral. On assiste à une politisation extrême de la sécurité nationale : les ministres ne s’adressent plus seulement au cabinet de sécurité, mais aux électeurs. En réalité, le pays n’attend plus une loi de dissolution du Parlement : il est déjà en campagne. 

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