Artemis II: qui sont les quatre astronautes qui s’envoleront vers la Lune?

Pour la première fois depuis 54 ans, des humains quitteront de nouveau l’orbite basse terrestre. Envoyés dans l’espace par la plus puissante fusée jamais construite (le Space Launch System), quatre astronautes contourneront ensuite la Lune à bord de la capsule Orion avant de revenir sur Terre. Jamais des humains n’auront été si éloignés de notre planète. Ce voyage de dix jours fait figure de test : avec le programme Artemis, l’agence spatiale américaine Nasa et ses partenaires internationaux ambitionnent de ramener l’humanité sur la Lune afin d’y installer une présence durable, point de départ pour des futures missions habitées vers Mars. Les quatre astronautes d’Artemis II suscitent l’engouement international.

Par : Stefanie Schüler – SOURCE RFI

« Nos chefs ont dû se demander s’ils avaient choisi la bonne équipe parce que nous étions en retard… tous les quatre. » Christina Koch se souvient en riant de ce 7 mars 2023, quand elle, Reid Wiseman, Victor Glover et Jeremy Hansen sont convoqués au Johnson Space Center de la Nasa, à Houston, au Texas, pour un briefing interne. « « Que diriez-vous de voler à bord d’Artemis II ? » Quand cette question nous est posée, ça me semble surréaliste », avoue Victor Glover. « Notre première réaction n’était pas de sortir de la pièce en sautant de joie, renchérit Reid Wiseman. J’ai tout de suite pensé à l’immensité du boulot à venir et à tout ce qui pèserait sur nos épaules. » C’est avec ces mots que les astronautes de l’équipe d’Artemis II racontent dans un podcast de la Nasa le moment qui a changé leur vie : l’annonce de leur sélection pour être les premiers humains à quitter l’orbite basse terrestre et à s’envoler vers la Lune depuis plus de cinquante ans.

Un équipage diversifié et international

Les premières et dernières missions lunaires habitées datent du programme Apollo. Entre 1968 et 1972, la Nasa envoie 24 astronautes vers notre satellite naturel. Tous sont des hommes blancs, et tous sont Étatsuniens. Douze d’entre eux alunissent, dont un seul civil.

Quand le 3 avril 2023 l’équipage d’Artemis II est dévoilé au monde, c’est une véritable rupture avec ce passé uniforme : sous des airs de superhéros, mis en scène par le réalisateur Sami Aziz comme dans un film hollywoodien, un «crew » aussi inédit qu’historique qui apparaît à l’image : à côté de l’astronaute américain Reid Wiseman se tient une femme américaine, Christina Koch, un Afro-Américain, Victor Glover, ainsi qu’un grand gaillard que l’emblème rouge et blanc sur sa combinaison identifie comme premier non-Américain sur une mission lunaire : le Canadien Jeremy Hansen.

Reid Wiseman : le commandant

Lors de ses apparitions en public, Reid Wiseman incarne le commandant idéal : sourire franc et engageant, il allie autorité naturelle et profonde humilité. Dès que la situation se présente, il répète à qui veut l’entendre que ses trois coéquipiers d’Artemis II sont « les personnes les plus remarquables » qu’il ait jamais rencontrées et que « c’est tellement cool de passer du temps avec eux ». Mais derrière cette facette publique du « copain de la porte d’à côté » se cache l’un des talents les plus brillants parmi les astronautes de la Nasa.

Depuis sa sélection comme astronaute en 2009, Reid Wiseman gravit tous les échelons de l’agence spatiale américaine en occupant des positions clé, au sol comme dans l’espace. En 2014, il passe 165 jours à bord de la Station spatiale internationale (ISS), en compagnie notamment de l’Allemand Alexander Gerst, qui devient son ami proche. Reid Wiseman écrit l’histoire, en étant le premier astronaute à partager son quotidien spatial avec le grand public via les réseaux sociaux. Le compte Twitter de la Nasa connaît des chiffres de consultations exorbitants. Durant ces mois, il effectue également deux sorties spatiales et détient, à l’époque, le record de recherches scientifiques effectuées pendant son séjour à bord de l’ISS. Mais Reid Wiseman n’est pourtant pas homme à se prendre trop au sérieux. À son retour sur Terre, il raconte dans une conversation enregistrée en 2015 avec des employés de Google avoir également établi le record de prise de poids dans l’espace : « La faute aux gâteaux au chocolat ! j’ai dû renouveler une bonne partie de ma garde robe en rentrant. »

En 2017, Reid Wiseman ne retourne pas dans l’espace, mais prend le commandement de NEEMO 21, une mission sous-marine mise en place par la Nasa pour simuler des opérations lunaires, avant de rejoindre le Bureau des astronautes qu’il dirige de 2020 à 2022. C’est le plus haut poste administratif de la Nasa. Reid Wiseman est alors le chef de tous les astronautes américains, responsables de leur entraînement et des assignations de mission.

Avant d’intégrer la Nasa, Reid Wiseman a été membre de l’armée américaine, d’abord dans la marine, puis comme pilote de chasse. Il a été déployé au Moyen-Orient et en Amérique du Sud. Aujourd’hui âgé de 50 ans, cet ingénieur de formation n’aurait pas pu rêver meilleur aboutissement à sa carrière : commander la mission Artemis II et ramener pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle les humains vers la Lune. Reid Wiseman ne dévoile que peu de choses de sa vie privée. Il est veuf depuis 2020, quand sa femme meurt des suites d’un cancer. Il a deux filles.

Victor Glover : le pilote

Avec 167 jours passés à bord de l’ISS, le Californien Victor Glover a même deux jours d’expérience spatiale de plus que Reid Wiseman. Entre novembre 2020 et mai 2021, il travaille comme ingénieur aéronautique sur l’ISS. Il pilote d’ailleurs lui-même sa capsule, une Crew Dragon, vers la station spatiale. Ces longs mois dans l’espace ne l’empêchent pas de s’occuper des devoirs de ses filles adolescentes : Victor Glover en a quatre et à bientôt 50 ans, il se qualifie lui-même de « papa de filles complètement gaga ».

Enfant, Victor veut être policier, comme son père. C’est en regardant à la télé l’un des lancements de la navette spatiale Challenger qu’il commence à rêver d’un avenir dans l’espace. Mais d’abord, le jeune Afro-Américain s’engage dans l’armée où il devient pilote de chasse, comme Reid Wiseman. Victor Glover participe à 24 missions aériennes pendant la guerre en Irak et atterrit plus de 400 fois sur des porte-avions. Sa famille mène une vie nomade au gré de ses affectations. En 2013, il est assistant sénatorial de l’ancien candidat républicain à la présidence John McCain quand il reçoit un appel de la Nasa l’informant qu’il est sélectionné pour devenir astronaute. « Je n’y croyais pas », raconte-t-il dans un portrait que l’agence spatiale américaine a diffusé à l’occasion de sa nomination pour la mission Artemis II. « J’avais des doutes. Je ne me sentais pas à la hauteur pour ce boulot. Mais être un mari, être père est également accompagné de doutes. Il faut apprendre à vivre avec. » Et des doutes, il en faut pour une mission vers la Lune, estime Victor Glover. « Il en va de notre sécurité. »

Durant la mission Artemis II, Victor Glover occupera la deuxième place du commandement à bord d’Orion, après Reid Wiseman. Si nécessaire, il devra contrôler manuellement la capsule spatiale durant son tour autour de la Lune et son retour vers la Terre. Victor Glover sera le premier Noir à entrer en orbite lunaire.

Christina Koch : spécialiste de mission

De tout l’équipage d’Artemis II, Christina Koch est l’astronaute la plus expérimentée. De mars 2019 à février 2020, elle passe 328 jours consécutifs à bord de l’ISS, presque autant de temps que Reid Wiseman et Victor Glover réunis. Cette ingénieure en électrotechnique et physique est une habituée quand il s’agit de briser les plafonds de verre : dans l’espace, elle participe à six sorties extravéhiculaires dont les trois premières exclusivement féminines.

Âgée de 47 ans, Christina Koch est la plus jeune des quatre astronautes de l’équipage et la seule à ne pas avoir un passé militaire. Elle adore les défis. Elle cherche constamment à se dépasser, que ce soit en escaladant des parois rocheuses vertigineuses dans son temps libre ou en testant des instruments spatiaux en plein hiver à -80°C en Antarctique ou dans une station de recherche au Groenland. Depuis l’enfance, elle aime « les choses qui m’ont fait réfléchir à la grandeur de l’Univers, à ma place dans celui-ci et à tout ce qu’il y avait à explorer ».

L’expertise scientifique de Christina Koch sera cruciale durant la mission Artemis II. À commencer par les premières 24 heures après le lancement pendant lesquelles c’est elle qui contrôlera notamment le bon fonctionnement des systèmes de support-vie, c’est-à-dire l’ensemble des équipements de la capsule Orion qui assurent la survie de l’équipage, comme l’oxygène, l’eau, l’alimentation, le traitement des déchets et la température à l’intérieur du vaisseau. Ces tests seront effectués durant les deux tours d’Orion autour de la Terre. « Si les toilettes ne fonctionnent pas correctement, nous ne partons pas vers la Lune », prévient Christina Koch.

Jeremy Hansen : spécialiste de mission

« Je vais enfin retourner vers la Lune où j’ai déjà passé une bonne partie de mon enfance », se réjouit Jeremy Hansen avec un sourire malicieux. Petit, ce Canadien, originaire d’Ailsa Craig, à l’ouest de Toronto, entreprend en effet de nombreux vols imaginaires vers la Lune. Depuis son vaisseau spatial installé dans une cabane dans les arbres de la ferme familiale, il parcourt des millions de kilomètres dans sa tête. Mais en ce début de l’année 2026, désormais âgé de 50 ans, il est de fait le seul astronaute au sein de l’équipage d’Artemis II à ne jamais avoir embarqué sur un vol spatial.

Jeremy Hansen sera le premier non-Étatsunien qui entrera en orbite lunaire. Pour l’ASC (l’Agence spatiale canadienne), c’est la récompense d’années d’efforts scientifiques : le Canada conçoit le Canadarm 3, un système robotisé intelligent, qui doit être installé sur la future station orbitale lunaire, Gateway. Comme d’autres pays qui collaborent scientifiquement au programme Artemis, le Canada reçoit en échange des places pour des astronautes à bord des vols vers la Lune. Jeremy Hansen est le premier à partir. La mission Artemis II est la consécration d’une détermination sans faille : admis à 12 ans chez les cadets de l’air canadiens, il mène ensuite une carrière chez les forces aériennes royales canadiennes en tant que pilote de chasse. Il rejoint ensuite le corps des astronautes de l’ASC et devient même le premier non-Américain à diriger une formation pour la classe d’astronautes de la Nasa. Jeremy Hansen n’a toujours qu’un seul objectif en tête : quitter la Terre à bord d’une fusée. Il s’est préparé à son séjour spatial en participant à des simulations : six jours sous terre en Sardaigne, sept jours dans l’Aquarius, un habitat sous-marin installé à 20 mètres sous la surface.

À bord d’Orion, il collectera des données scientifiques sur les capacités du vaisseau et l’endurance humaine. Mais en cas d’urgence, Jeremy Hansen sait également piloter la capsule spatiale, comme l’ensemble des membres de l’équipage d’ailleurs. Car c’est un principe de la Nasa : quand on envoie des Humains si loin de la Terre, chaque membre de l’équipage doit savoir tout faire à bord du vaisseau. En cas de situation d’urgence, ces connaissances partagées diminuent le risque.

Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen se sont entraînés dur pendant deux ans. Tous les quatre se disent très soudés. Cette cohésion de l’équipage, la confiance mutuelle, sont nécessaires. Les quatre astronautes passeront 10 jours dans une capsule spatiale de la taille d’une fourgonnette. Dans cet espace réduit, « il faut de la patience et beaucoup d’empathie », souligne Jeremy Hansen qui explique l’importance de « savoir se mettre à la place de l’autre ».

Jenni Gibbons et Andre Douglas : les remplaçants

Ils ne sont pas sous les feux des projecteurs. Le grand public ne connaît ni leurs noms, ni leurs visages. Et pourtant depuis deux ans ils sont de tous les entraînements de l’équipage Artemis II. Jenni Gibbons et Andre Douglas sont respectivement remplaçante de Jeremy Hansen et suppléant des trois astronautes américains. Ils ont été sélectionnés par l’Agence spatiale canadienne et la Nasa pour le cas où l’un des quatre astronautes devrait être empêché de partir vers la Lune.

Paradoxe lunaire

Alors que pour Donald Trump, le programme Artemis, qui vise à ramener les humains sur la Lune, doit servir à « affirmer la suprématie des États-Unis dans l’espace » et à « inspirer la prochaine génération d’explorateurs américains », comme le stipule un décret signé par le président en décembre dernier, les quatre astronautes d’Artemis II ne cessent de répéter qu’ils partent vers la Lune « pour toute l’humanité » et que ce voyage extraordinaire, le plus lointain jamais entrepris par des humains, n’est possible « que grâce à une coopération scientifique multilatérale et inclusive ».

Il est de tradition que les astronautes baptisent leur vaisseau spatial. Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen ont choisi le nom « Integrity » (intégrité en français) pour leur capsule Orion. Ce nom deviendra leur indicatif radio. On entendra « Integrity, vous me recevez ? Ici Houston », depuis la salle de contrôle de la Nasa durant la mission.

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