D’institution bancaire à groupe bancaire: la Boad veut changer de dimension
La Banque ouest africaine de développement (Boad) engage un virage stratégique majeur. Réunie à Dakar du 25 au 26 mars, l’institution sous-régionale affiche son ambition de se transformer en groupe bancaire intégré et de doubler ses financements d’ici à 2030 pour renforcer son rôle dans la transformation économique de l’Uemoa.
Une annonce symbolique dans un lieu qui ne l’est pas moins. C’est à Dakar, où elle a vu le jour en 1973 avant de devenir opérationnelle en 1976, puis d’installer son siège à Lomé, que la Banque ouest africaine de développement (Boad) a dévoilé son ambition : opérer une mue stratégique et se transformer en un groupe bancaire intégré, à l’image de la Banque mondiale, de l’Agence française de développement (Afd) ou encore de la Banque africaine de développement (Bad). L’annonce a été faite, hier, mercredi 25 mars, dans la capitale sénégalaise, par le président de la Banque, Serge Ekué, en marge de la 150e session de son Conseil d’administration. Pour concrétiser cette transformation, la Boad compte s’appuyer sur plusieurs véhicules dédiés, dont « Boad Titrisation », « Boad Market Solutions », ainsi qu’une entité spécifiquement orientée vers le secteur privé.
« Cette idée n’est pas nouvelle ; elle figure dans les réflexions de la Boad depuis plusieurs années. Il s’agit pour nous de transformer aussi notre cycle de projets en passant d’une logique d’approbation à une logique d’exécution pleine et d’impact », a expliqué M. Ekué. Derrière cette évolution structurelle se dessine une volonté de doubler les financements quinquennaux de l’institution pour atteindre 6500 milliards de FCfa à l’horizon 2030. Cet objectif s’inscrit dans le nouveau plan stratégique 2026-2030, baptisé « Djoliba, la suite », qui prolonge et amplifie le plan « Djoliba » déployé entre 2020 et 2025. « Avec ce nouveau plan, notre ambition est de faire plus et mieux », a résumé le président de la Boad. Si cette 150e session marque le lancement officiel du nouveau plan stratégique, elle a aussi été l’occasion pour Serge Ekué de dresser le bilan du cycle précédent. Et le constat est sans ambiguïté : « la Banque a changé d’échelle ».
En 5 ans, la Boad a mobilisé 3765 milliards de FCfa de financements cumulés, un niveau qualifié « d’historique ». De quoi conforter son rôle de catalyseur dans la transformation durable de la région. Plusieurs indicateurs viennent étayer cette dynamique : une croissance annuelle moyenne du produit net bancaire de 11 %, un portefeuille demeuré de haute qualité avec un taux de créances en souffrance maîtrisé à 2,5 % ainsi qu’une émission obligataire record d’un milliard d’euros sur 15 ans.
À cela s’ajoute une augmentation du capital via des obligations hybrides durables, positionnant la Boad parmi les pionniers de la finance durable sur le continent. Les résultats opérationnels attendus à l’achèvement des projets dépassent également les objectifs initiaux, surtout en matière de création d’emplois (+424 %), de capacités électriques installées (+187 %), de production d’eau potable (+362 %) et de production rizicole (+160 %). Au final, le « Plan Djoliba » (2020-2025) « aura profondément renforcé la structuration financière, la crédibilité internationale et l’impact socioéconomique de notre institution », estime Serge Ekué.
Elhadji Ibrahima THIAM

