Détroit d’Ormuz: Très dépendant du pétrole du Moyen-Orient, le Japon sous pression face à la flambée des prix du pétrole

Le Japon subit de plein fouet les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz et appelle, avec d’autres pays, à la mise en place d’un « corridor maritime sûr ».

Par : RFI – Avec notre envoyé spécial au Japon, Nicolas Rocca

Les économies asiatiques sont mises à l’épreuve par le blocage prolongé du détroit d’Ormuz, provoqué par la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Le Japon est particulièrement exposé : près de 90% de ses importations de pétrole proviennent du Moyen-Orient. Un contexte d’autant plus sensible que la guerre en Iran est extrêmement impopulaire au Japon.

Une situation délicate pour la Première ministre Sanae Takaichi, attendue jeudi 19 mars aux États-Unis pour rencontrer le président Donald Trump. Comme d’autres alliés de Washington, Tokyo n’a pas envoyé de navires pour sécuriser le détroit d’Ormuz, malgré les demandes américaines. La constitution pacifiste du Japon lui interdit en effet l’envoi de troupes dans une zone de guerre. La Première ministre a indiqué explorer les options possibles dans ce cadre, même si toute forme de participation au conflit apparaît difficile.

Face à la hausse des prix, les autorités japonaises ont débloqué leurs réserves nationales et multiplient les mesures pour limiter la flambée du prix de l’essence. La question d’importations de brut en provenance d’Alaska pourrait également être abordée lors de la rencontre entre Sanae Takaichi et Donald Trump.

Cette visite devait initialement précéder un sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, prévu le 31 mars mais désormais reporté. Washington et Tokyo pourraient également évoquer un accord sur les terres rares, au cœur des tensions entre le Japon et la Chine, même si ces enjeux sont désormais relégués au second plan.

Une croissance menacée

Yoshikiyo Shimamine, chercheur au Dai-ichi Life Institute à Tokyo, se dit préoccupé, à l’image des marchés et des investisseurs. Il souligne que le prix du pétrole avait atteint mercredi 18 mars son plus haut niveau depuis les années 1990. Selon lui, si le baril se maintient autour de 100 dollars, « le taux de croissance économique du Japon pourrait chuter à zéro », ce qui risquerait « d’entraîner un ralentissement de l’activité économique ».

Pour tenter d’amortir le choc, le gouvernement a décidé de réintroduire, dès jeudi 19 mars, des subventions afin de contenir les prix. Le Japon ne fait pas face à un risque immédiat de pénurie : les réserves débloquées le week-end dernier couvrent environ neuf mois de consommation. L’objectif est donc avant tout de limiter la hausse des prix, même si les marges de manœuvre restent limitées, selon l’économiste.

Des marges de manœuvre limitées

Yoshikiyo Shimamine estime que, malgré les aides et la suppression de la taxe sur l’essence décidée en décembre, les prix pourraient au mieux revenir à leur niveau antérieur. « Et de toute façon, si la guerre dure, les prix de tous les biens vont finir par augmenter », ajoute-t-il, prévenant que cela ralentirait à nouveau la progression des salaires réels.

Il souligne également que tant que la flambée des prix du brut se poursuit, le gouvernement japonais dispose de peu de leviers d’action. L’économiste espère néanmoins que les autorités s’attaqueront, une fois le conflit terminé, à un autre enjeu majeur : la dépréciation historique du yen.

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