Marché «Bignona» menacé d’expulsion : La mairie de Grand- Yoff en guerre contre la Dgscos

Face à une menace imminente de déguerpissement brandie par la Dscos, les commerçants et éleveurs de porcs du marché Bignona de Grand-Yoff sont montés au créneau. Soutenus par les autorités municipales, des leaders religieux et des figures politiques, ils dénoncent une spoliation injustifiée d’un site historique et vital pour l’économie locale.

Par Justin GOMIS – L’ambiance était électrique hier à Grand-Yoff. Arborant fièrement des brassards rouges en signe de protestation, les marchands et éleveurs de porcs du marché «Bignona» ont organisé un sit-in pour dire «non» à leur éviction. Ce rassemblement a vu la participation de la mairie de Grand-Yoff, du Collectif de suivi foncier, d’imams, de prêtres de l’Eglise Saint-Paul, ainsi que de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall. Le cœur du litige repose sur l’ancienneté de l’occupation.
Selon Nicole Correa, présidente des marchands et éleveurs de porcs, ce marché spécialisé dans la filière porcine est une institution. «Aujourd’hui, notre marché est menacé de déguerpissement par la Dscos sans que la collectivité locale n’en soit informée. Pourtant, cette activité existe depuis les années 1960», déplore-t-elle. Initialement installé sur le site actuel de l’Hôpital Général Idrissa Pouye (ex-Hoggy), le marché avait été délocalisé sur son site actuel en 1989, à une époque où le secteur n’était encore que broussailles.

Un ancrage historique depuis 1960

Plus qu’un simple lieu de vente, «Bignona» est devenu une véritable entreprise à ciel ouvert. La présidente a rappelé l’impact social majeur du site : «Le marché emploie plus de 600 personnes. Il fait vivre divers corps de métiers : des tripiers aux bûcherons, en passant par les vendeurs sur pied et les transformatrices de viande braisée ou de saucisses. On y trouve même de nombreux diplômés qui se sont réorientés vers le commerce de la viande de porc pour échapper au chômage.»

Venu prêter main-forte aux manifestants, Khalifa Sall a fustigé ce qu’il considère comme une tentative de spoliation répétée. «C’est le cinquième site qu’ils tentent de récupérer. Ce marché est un marqueur identitaire pour Grand-Yoff. Nous ne laisserons personne s’en emparer», a-t-il martelé sous les acclamations.
L’actuel maire, Madiop Diop, a quant à lui soulevé des irrégularités juridiques majeures. Selon lui, la sommation servie par la Dscos est illégale. «Ce marché ne se trouve même pas sur le site visé par la plainte», a-t-il précisé, tout en pointant du doigt les prétentions de l’Eglise protestante qu’il juge infondées puisque cette dernière n’a jamais occupé les lieux.

L’inquiétude dépasse les frontières du marché «Bi­gnona». Le maire a profité de l’occasion pour alerter sur d’autres menaces foncières pesant sur 22 familles à Khar Yalla, 15 familles à la Cité Millionnaire, et même sur le site de l’état civil de la commune.

Face à cette situation jugée injuste, les acteurs du marché interpellent directement le président de la République et son Premier ministre pour un arbitrage rapide. Déterminés, les commerçants se disent prêts à user de tous les recours nécessaires pour préserver leur outil de travail et la stabilité sociale de la commune.

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