Paris en ligne Sénégal : les opérateurs menacent de se retirer après une nouvelle taxation de 30%
Le secteur des paris en ligne au Sénégal traverse une zone de fortes turbulences. Protestataires contre la nouvelle taxation de 30% que leur impose la Loterie Nationale Sénégalaise (LONASE) sans concertation préalable. Les sociétés de jeux en ligne, réunies au sein d’un collectif, menacent de se retirer du marché sénégalais. Selon Le Quotidien, cette décision radicale laisserait le champ libre aux opérateurs clandestins et priverait l’État d’une manne financière conséquente.
Un scénario qui ferait perdre aux pouvoirs publics des revenus substantiels tirés de l’activité des jeux en ligne. Ce bras de fer, ajoute le journal, s’inscrit dans le cadre plus large du Plan de Redressement Économique et social (PRES) baptisé Jubbanti Koom, mis en place par le gouvernement et qui prévoit, jusqu’en 2028, de mobiliser plus de 5600 milliards de F CFA. Pour y parvenir, l’exécutif a décidé de taxer plusieurs activités économiques, dont le mobile money, les jeux de hasard, l’or et le tabac. Cette orientation, prise en septembre 2025, commence à être appliquée et suscite déjà de vives réactions.
Le Collectif des paris et jeux en ligne a saisi la LONASE et la Direction générale des impôts et domaines (DGID), pour exprimer son opposition à cette méthode. Les opérateurs dénoncent le fait que ces nouveaux prélèvements, qui peuvent atteindre 30% de leur chiffre d’affaires, viennent s’ajouter à des taxes déjà existantes. Cela va rendre leur activité « difficilement soutenable pour les opérateurs » évoluant dans la légalité. Le collectif rappelle qu’avant même l’introduction de ces nouvelles taxes, les sociétés de jeux en ligne supportent déjà une fiscalité et des taxes parafiscales particulièrement lourdes.
« La nouvelle taxation, introduisant deux prélèvements supplémentaires, pose problème dans la mesure où le Produit brut des jeux (Pbj) représente déjà la différence entre la mise et les gains ; taxer les gains revient alors à imposer deux fois les mêmes flux », notent-ils. Pour eux, c’est une violation directe des dispositions du Code général des impôts et des pratiques internationales de l’UEMOA et de l’OCDE.
Cette nouvelle mesure s’ajoute à une précédente réforme déjà mal vécue. En novembre 2025, le gouvernement avait promulgué la loi n°17/2025 introduisant une taxe de 20% sur les gains des parieurs, d’abord appliquée dans les points physiques puis étendue aux plateformes en ligne. Une mesure qui avait provoqué la colère des joueurs, allant jusqu’à une grève nationale de 72 heures, ceux-ci dénonçant le caractère « exploitant » de cette taxe. Aujourd’hui, ce sont les opérateurs eux-mêmes qui montent au créneau.
Dans ce contexte tendu, les sociétés de paris en ligne reprochent à la LONASE deux éléments majeurs : le prélèvement immédiat de 30% de leurs fonds alors qu’aucun contrat ou accord formel n’aurait été signé à ce jour, et l’absence de clarté juridique créant une insécurité majeure pour leur exploitation. Le collectif a proposé aux autorités de suspendre l’entrée en vigueur de ces nouvelles taxations et d’ouvrir des concertations par le biais d’un comité technique réunissant l’ensemble des parties prenantes. Une main tendue alors que le marché sénégalais des jeux en ligne, valorisé à plus de 2 milliards de dollars en 2026, selon des estimations internationales, continue de croître, porté par l’essor du mobile et l’appétit des jeunes consommateurs pour les paris sportifs et les jeux digitaux.
Khadydja NDIAYE

