Mbour : la sardinelle, cœur battant d’une économie populaire

A Mbour, la mer n’est pas un simple horizon. Elle est mémoire, subsistance et espérance. Sur la Petite-Côte la sardinelle demeure le poisson-roi, celui qui fait vivre des milliers de familles et structure l’économie locale depuis des générations.

Dès l’aube, la plage s’anime au retour des pirogues bariolées. Les équipages déchargent les caisses encore frémissantes sous le regard attentif des mareyeurs et des transformatrices. La sardinelle, abondante et accessible, approvisionne les marchés de Mbour, Dakar et bien au-delà. Elle constitue une source essentielle de protéines pour les ménages, mais surtout un pilier financier pour une ville dont une grande partie de la population dépend directement ou indirectement de la pêche artisanale.

Autour du quai, toute une chaîne d’activités se déploie. Les pêcheurs en mer, les charpentiers qui façonnent les pirogues, les mécaniciens, les transporteurs, les vendeuses de poisson frais. Chacun tire sa part d’un écosystème économique fragile mais vital. Les femmes, en particulier, occupent une place stratégique. Par le séchage, le fumage ou le salage, elles offrent une seconde vie à la sardinelle et assurent sa distribution vers l’intérieur du pays. Cette transformation artisanale garantit des revenus réguliers et renforce l’autonomie financière de nombreux foyers.

Mais derrière cette effervescence quotidienne se dessinent des inquiétudes. Les acteurs du secteur évoquent la raréfaction des captures, la pression croissante de la pêche industrielle et les effets du changement climatique. La surexploitation des ressources halieutiques menace l’équilibre d’un modèle socioéconomique déjà vulnérable. A Mbour, la baisse des débarquements n’est pas qu’une statistique. Elle se traduit par des revenus en chute, des dettes et des lendemains incertains.

Face à ces défis, les professionnels appellent à une meilleure régulation, au respect des périodes de repos biologique et à un soutien accru à la pêche artisanale. Car préserver la sardinelle, c’est préserver bien plus qu’une ressource. C’est sauvegarder un patrimoine culturel, un savoir-faire transmis de père en fils et de mère en fille. A Mbour, la sardinelle reste le cœur battant d’une économie populaire. La protéger, c’est assurer la survie d’une tradition et la dignité de toute une communauté tournée vers la mer.

SAMBA NIEBE BA

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