Viande grillée emballée dans du papier de ciment, un danger silencieux qui menace la santé publique
Dans les rues sablonneuses de Linguère, les effluves de viande grillée flottent dans l’air chaud du Sahel. À chaque coin jalonnent les grilladeries. Ces dibiteries de fortune où le feu de bois crépite, où les brochettes dorent lentement, voient les clients affluer, attirés par l’odeur de la viande de mouton ou de chèvre rôtis. Mais derrière cette ambiance conviviale, une menace invisible persiste : l’usage du papier de ciment pour emballer la viande, une pratique aussi toxique qu’ancrée.
LINGUÈRE – Un tueur à petit feu. Le papier de ciment, conçu pour l’emballage de matériaux de construction, est souvent recyclé dans les grilladeries pour envelopper la viande fraiche ou grillée. Pourtant, ce papier contient des encres industrielles, des colles et des agents imperméabilisants et parfois des résidus de ciment. Sous l’effet de la chaleur ou du gras, ces substances peuvent migrer vers la viande et contaminer l’aliment. Interpellés, des propriétaires de grilladeries sont conscients du danger silencieux lié aux papiers de ciment. «On ne savait pas que c’était dangereux. On l’utilisait parce que c’était ce qu’on trouvait facilement comme papier. On ne m’a jamais sensibilisé sur les risques concernant l’emballage de la viande grillée avec du papier ciment», confie un gérant de dibiterie préférant garder l’anonymat. Mohamed Salim Fall propriétaire d’une dibiterie sise au quartier Diambor de Linguère renseigne avoir suffisamment été sensibilisé sur les bienfaits de l’usage du papier en aluminium. Mais il a des difficultés à en trouver en nombre suffisant.
Il est conscient que le papier de ciment n’est pas souvent bien nettoyé, et peut causer des risques sanitaires. À l’en croire, les clients avertis ne cessent de sensibiliser les propriétaires de dibiteries sur l’utilisation du papier de ciment. Fatoumata Diop, une fidèle cliente d’une dibiterie de la place, affirme qu’elle apporte son sachet ou son bol. Elle confie qu’elle a une fois eu une intoxication alimentaire quand elle a mangé de la viande grillée emballée sur du papier de ciment. Depuis lors, elle a pris ses précautions. C’est pourquoi, quand elle vient acheter de la viande grillée, elle exige qu’on la lui mette sur du papier aluminium. L’étudiant Cheikh Ndiaye souligne que l’utilisation du papier de ciment n’est pas seulement une question de santé, mais plutôt une question de dignité. «Car on ne peut accepter que des gens mangent de la viande emballée dans un produit destiné au ciment», regrette-t-il.
Il ajoute que les autorités sanitaires doivent veiller strictement à cette mauvaise pratique qui peut engendrer des maladies cancérigènes. Il interpelle le service départemental d’hygiène de Linguère, pour qu’il fasse une descente dans les grilladeries. M. Ndiaye suggère l’utilisation des papiers kraft biodégradables. Des solutions alternatives Pour remplacer le papier de ciment, plusieurs solutions sont à portée de main. Cependant, certains ont proposé des papiers alimentaires certifiés, sûrs, résistants à la chaleur, disponibles en gros. Ils notent aussi l’existence des contenants comme les barquettes en carton ou sachets kraft, qui sont recyclables, réutilisables et hygiéniques. Certains propriétaires des grilladeries sollicitent l’appui des autorités municipales ou des Ong pour la subvention des papiers biodégradables. «Nous avons besoin d’une aide venant de la part des autorités locales ou des pouvoirs publics sur l’octroi ou la subvention du papier biodégradable ou en aluminium», souligne Mamadou Sow propriétaire de dibiterie à Barkédji. Il est temps de choisir entre la commodité et la conscience, entre l’économie immédiate et la santé durable. Car au bout de la brochette, c’est notre vie qui est en jeu.
Abdoulaye SADIO (Correspondant)
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