Ouganda: l’opposant Bobi Wine appellera à manifester en cas de fraude électorale (interview AFP)
Par Rose TROUP BUCHANAN – © 2026 AFP – Le chef de l’opposition ougandaise et candidat à la présidentielle Bobi Wine a affirmé lundi à l’AFP qu’il appellerait à manifester en cas de fraude électorale du chef d’État Yoweri Museveni, et qu’il accueillerait favorablement une intervention américaine contre ce dernier.
Environ 20 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes électorales dans le pays d’Afrique de l’Est pour les élections présidentielle et législatives de jeudi.
Le chef de l’État Yoweri Museveni, 81 ans, dont 40 années passées à la présidence, semble assuré d’obtenir un septième mandat consécutif grâce à son contrôle quasi total de l’appareil de l’État et des forces de sécurité.
Son principal adversaire est le chanteur populaire devenu homme politique Bobi Wine (de son vrai nom Robert Kyagulanyi), 43 ans, qui se présente pour la deuxième fois à la présidence, après une première campagne en 2021 marquée par une forte répression et des allégations de fraude.
« Si le général Museveni truque les élections, nous appellerons à manifester », a déclaré l’opposant à l’AFP depuis son domicile à Kampala, la capitale. « Nous avons dit à la population de ne pas attendre nos instructions », a-t-il ajouté.
Les élections de jeudi se tiennent « dans un climat marqué par une répression et une intimidation généralisées », a dénoncé vendredi le Haut Commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme.
Au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés ces derniers mois, selon l’ONG de défense des droits humains Amnesty International.
Dans d’autres pays de la région, notamment en Tanzanie et au Kenya, la jeunesse a récemment manifesté contre l’érosion des libertés, le chômage et la corruption. Des mouvements de contestation réprimés dans le sang.
« Je sais que le gouvernement du général Museveni répond à tout par la violence », a commenté Bobi Wine. « Mais je sais aussi que même les régimes violents sont renversés par les manifestations ».
« Nous avons insisté sur le fait que notre peuple devait être non violent, car nous savons que la non-violence triomphe de la violence », a ajouté l’opposant.
Interrogé sur son désir d’une intervention des États-Unis en Ouganda contre Yoweri Museveni, sur le modèle de ce qu’a fait Washington au Venezuela, quand l’armée américaine a capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro, Bobi Wine a répondu : « Oui, je le souhaiterais. »
« Je crois que toute aide qui nous parvient est précieuse. Cependant, cette aide ne doit pas servir à prendre le contrôle de notre pays », a-t-il noté. « La responsabilité de libérer notre pays, de le gouverner et de le faire progresser incombe entièrement au peuple ougandais. »
Des milliers de personnes en liesse ont accueilli le convoi de l’opposant lorsqu’il a traversé lundi Kampala pour l’un de ses derniers meetings électoraux. « Bobi est notre Jésus », ont crié deux hommes sur une moto roulant à côté de sa voiture.
La foule compacte, composée principalement de jeunes hommes, a attendu son discours avec ferveur malgré une soudaine pluie torrentielle et un important dispositif sécuritaire. Aucune violence n’est toutefois survenue, a constaté l’AFP.
« Nous avons besoin d’un nouvel Ouganda qui fonctionne sans corruption, avec la liberté et l’emploi pour tous », a expliqué à l’AFP le sympathisant Ssalongo (BIEN Ssalongo) Adam Mwanje. « Je veux voter pour Bobi Wine pour un nouvel Ouganda », a estimé Marsha Madinah, une commerçante.
« Si le Parlement refuse de venir dans le ghetto, le ghetto viendra au Parlement », a lancé Bobi Wine, sous les acclamations. Et l’opposant d’ajouter : « Museveni n’est pas l’un des vôtres. Moi, je suis vous et vous êtes moi. »

