Visas: «Personne ne restera aux États-Unis», disent les supporters sénégalais mobilisés pour le Mondial
Alors que l’engouement bat son plein à Tanger autour des Lions qualifiés en demi-finales de la CAN, une petite inquiétude plane sur la mobilisation des supporters du Sénégal pour la prochaine Coupe du monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Les récentes restrictions de visas imposées par Washington menacent la présence du « 12e Gaïndé » aux côtés de leur équipe nationale, mais les supporters, présents à la CAN, promettent respect, engagement et, surtout, retour au pays.
Par : Ndiasse Sambe – De nos envoyés spéciaux à Tanger – SOURCE RFI
Il suffit de pousser la porte de l’hôtel Andalucia, sur les hauteurs de Tanger, pour être saisi par l’effervescence. Dans le hall, les notes de piano et les tambours rivalisent avec les chants de supporters. Les Lions, portés par l’espoir d’une deuxième étoile, ont rallumé la flamme de tout un peuple, et le « 12e Gaïndé », nom donné à la Fédération des supporters, est plus que jamais derrière la bande à Pape Thiaw, ce mercredi, pour passer l’obstacle égyptien en demi-finales.
Issa Laye Diop, président du « 12e Gaïndé », vêtu des couleurs nationales, insigne de chef du supporter vissé sur la tête, reçoit sur le balcon de la chambre occupée par les « Sept lettres ». « Même si la Coupe du Monde n’est pas encore là, on commence déjà à réfléchir à l’organisation, à la mobilisation et à l’animation pour cet événement qui arrive dans cinq mois », confie-t-il.
Certes, la CAN est dans toutes les têtes. Mais les nouvelles venues de Washington inquiètent en coulisses. Depuis l’annonce, le 16 décembre, de l’ajout du Sénégal à la liste des pays frappés de restrictions de visas temporaires par l’administration Trump, la question taraude : les supporters pourront-ils accompagner leur équipe lors de la prochaine Coupe du monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique ? Notamment lors des rencontres Sénégal-France et Sénégal-Norvège, prévues à New York. D’autant que depuis le 8 janvier, les ressortissants des pays concernés, dont le Sénégal, devront déposer une caution comprise entre 5 000 et 15 000 dollars américains lors du dépôt de leur demande de visa.
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La mesure, qui entrera en vigueur le 21 janvier, vise à « protéger la sécurité des États-Unis », selon la Maison-Blanche. Elle s’ajoute à une vague d’interdictions ayant déjà touché douze autres pays, dont l’Iran et Haïti, et frappe désormais vingt nouveaux États africains, dont le Sénégal donc. En cause, officiellement : le nombre jugé trop élevé de séjours dépassant la durée autorisée.
Pour les supporters sénégalais, qui déposent entre 800 et 1000 demandes de visa lors des Coupes du monde, l’incompréhension est totale. Mais, « on reste confiants, car les relations entre les États-Unis et le Sénégal sont de qualité. D’ailleurs, la délivrance des visas a toujours été claire et transparente, que ce soit du côté sénégalais ou américain », explique Issa Laye, refusant de céder au découragement.
« Pour cette Coupe du monde, il y a tout un aspect de diplomatie sportive qui se met en place. On compte sur le chef de l’État, le Président Diomaye Faye, mais aussi sur nos autorités fédérales. Il ne faut pas oublier que c’est la FIFA qui organise. S’il devait y avoir des restrictions, je suis sûr que nos autorités fédérales ne vont pas rester sans rien faire, parce que la fédération sénégalaise a besoin de ses supporters ».*
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Dans les jardins de l’hôtel, les membres du 12e Gaïndé répètent leurs chants, tandis que les femmes peaufinent le repas de midi dans les cuisines. Les supporters laissent paraître leurs signes extérieurs d’amour à la nation sénégalaise. Mbar Dione, secrétaire général du groupe, en est le garant : « Notre priorité, c’est d’être des ambassadeurs du Sénégal. Au sein de notre association, chaque membre qui part en déplacement signe systématiquement une lettre d’engagement stipulant qu’il s’engage à revenir. À chaque voyage, aucun membre n’est resté sur place ; tout le monde est toujours rentré au pays. Personne ne restera aux États-Unis ».
Même détermination chez les femmes, à l’image de Fatimata Yal, supportrice enthousiaste et déterminée : « Moi, vivre aux États-Unis, au Qatar, en Argentine ou ailleurs, ça ne me fait pas rêver. Mon objectif, c’est juste de représenter le Sénégal, de soutenir les 12e Gaïndé et nos Lions. Aller en finale de la Coupe du monde, pourquoi pas ! Si jamais on me refuse le visa parce qu’on pense que je vais rester sur place, je ne ferai pas d’histoire. J’irai voir les Lions au Canada ou au Mexique, tout simplement. »
L’exil n’est pas un projet, estime le président Issa Laye Diop : « Il ne faut pas croire que les supporters n’ont rien à faire au Sénégal : on a nos affaires, nos familles, notre boulot au Sénégal, et on s’y sent très bien. Certains supporters travaillent dans les services de l’État, d’autres sont entrepreneurs ou chefs d’entreprise. »
*La Fédération sénégalaise de football, contactée à plusieurs reprises pour évoquer le sujet, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

