Dette publique du Sénégal : Ousmane Sonko maintient sa position face au FMI
Lors d’une conférence de presse conjointe tenue hier avec son homologue mauritanien, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, est revenu sur la situation économique du pays et a réaffirmé le refus du gouvernement de s’engager dans une restructuration de la dette, option préconisée par le Fonds monétaire international (FMI).
Interrogé sur la gestion des finances publiques, le chef du gouvernement a dressé un état des lieux préoccupant, évoquant une dette publique atteignant 119 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et un déficit budgétaire avoisinant les 13 %. « C’est une situation presque catastrophique qu’aucun responsable politique ne souhaiterait hériter », a-t-il déclaré, pointant du doigt les « considérations politiciennes et électoralistes » de l’ancien régime. Cette « dette cachée », selon lui a été confirmée par l’Inspection Générale des Finances (IGF), la Cour des comptes ainsi que par les partenaires internationaux du Sénégal. « Il faut que la sanction soit suffisamment ferme pour qu’aucune autorité publique ne se comporte plus jamais de la sorte », a-t-il martelé.
Face à ce contexte, le gouvernement a engagé un Plan de Redressement Economique et Social (PRES), articulé autour de trois axes principaux : la rationalisation des dépenses publiques, notamment celles de fonctionnement ; la mobilisation de recettes supplémentaires à hauteur de 960 milliards de francs CFA dès 2026 ; et le refinancement de la dette sur le marché régional.
« Nous avons, jusqu’à présent, réussi à refinancer cette dette sans recourir à un programme d’ajustement », s’est félicité le Premier ministre, précisant que les projections de croissance et de recettes de l’État sont « réalistes » et validées par l’ensemble des partenaires. C’est sur la base de cette analyse que les autorités sénégalaises rejettent fermement toute idée de restructuration. « Nous estimons que notre dette est viable », a insisté Ousmane Sonko. « La position officielle ne relève pas uniquement du Premier ministre : c’est celle du président de la République, du gouvernement et du ministère de l’Économie. »
Le FMI en ligne de mire
Le Chef du gouvernement s’est montré particulièrement critique à l’égard du Fonds monétaire international, rappelant que l’institution était présente au Sénégal durant la période d’aggravation de l’endettement. « Le FMI a une part de responsabilité dans cette situation. Il menait régulièrement des missions et des revues ; il ne peut donc prétendre ne pas avoir été informé », a-t-il soutenu.
Il a également dénoncé ce qu’il considère comme un déséquilibre de traitement, citant l’exemple de l’Égypte. « Le directeur général du FMI a déclaré qu’il ne pouvait pas abandonner un pays en difficulté qui consent des efforts pour se redresser. Or, les indicateurs économiques de l’Égypte n’étaient pas meilleurs que les nôtres aujourd’hui », a-t-il comparé. Selon Ousmane Sonko , le FMI doit jouer pleinement son rôle de dernier recours : « C’est précisément lorsque les États traversent des situations difficiles et parviennent, par leurs propres efforts, à tenir bon, que l’on attend l’intervention du Fonds monétaire international. »
Un appel au sacrifice national
Au-delà de ses échanges avec les institutions de Bretton Woods, le Premier ministre a appelé à une mobilisation nationale. « Le peuple sénégalais doit faire face à cette situation, se lever comme un seul homme et comprendre que des sacrifices sont nécessaires », a-t-il lancé. Il a souligné que le budget 2026 traduit les efforts de rationalisation des dépenses et reflète les « choix rationnels » opérés par le gouvernement.
Des incertitudes persistantes
Malgré ce discours volontariste, Ousmane Sonko a reconnu que « le principal défi demeure le financement ». Il a également évoqué des « échéances particulièrement lourdes » à venir concernant le remboursement de la dette, sans fournir davantage de précisions.
Ces déclarations, combinées à un niveau d’endettement historiquement élevé et à un déficit budgétaire important, soulèvent des interrogations quant à la capacité du Sénégal à honorer ses engagements sans l’appui du FMI, d’autant plus que les discussions avec l’institution semblent au point mort.
« Rien n’a changé depuis lors », a conclu fermement le Premier ministre. « Ce ne sont ni les déclarations de certains économistes ni celles de quelques autres acteurs qui nous feront changer de position. Il s’agit d’un partenariat, et chaque partie en tirera les conséquences qu’elle jugera nécessaires. »
Cette conférence de presse faisait suite à une visite de travail du Premier ministre mauritanien à Dakar, au cours de laquelle les deux pays ont notamment abordé les accords migratoires ayant permis la régularisation de 28 000 Sénégalais en Mauritanie depuis juillet 2025.
JEAN PIERRE MALOU
SUDQUOTIDIEN

