Création du CNRM : une réforme saluée, une élaboration de texte contestée
Les acteurs du secteur des médias réagi à l’adoption, en Conseil des ministres du mercredi 7 janvier 2026, du projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM), appelé à remplacer le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). S’ils se félicitent de cette réforme institutionnelle, ils expriment toutefois, de sérieuses réserves sur la démarche unilatérale ayant conduit à l’élaboration du texte.
Dans une sortie relayée hier, jeudi 8 janvier par nos confrères de l’Agence de Presse Sénégalaise (APS), Alioune Sall, ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, expliquant l’objet de cette réforme, a déclaré que celle-ci vise à « adapter la régulation aux mutations technologiques, protéger les droits, renforcer la responsabilité des acteurs et consolider la démocratie ».
Si l’adoption du projet de loi en Conseil des ministres dernier par les nouvelles autorités a été salué par les professionnels du secteur des médias, dix ans après l’adoption du Code de la presse, ces derniers dénoncent cependant avec gravité une démarche unilatérale ayant présidé à sa conception. « Le texte, le projet de loi qui a été adopté en Conseil des ministres, l’opinion publique n’en est absolument pas informée. Nous, en tant qu’acteurs des médias, en tant que patronat de la presse, nous n’avons aucune connaissance du texte qui a été adopté en Conseil des ministres et nous avons encore moins été impliqués dans la conception de ce texte-là », regrette Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS), interpellé par Sud Quotidien.
A son avis, « Les mutations qui sont survenues dans le secteur des médias nécessitent une concertation avec les acteurs. Et malheureusement, le régime de la troisième alternance politique s’est plutôt distingué par une incompétence dans les questions de la presse de manière générale et par, disons, une attitude très agressive contre le patronat de la presse privée ». En tout état de cause, conclut-il, « nous attendons que le texte soit rendu public par le gouvernement pour qu’on puisse, nous, en tant qu’acteurs des médias, organiser des concertations entre le patronat de la presse, les syndicats, la presse en ligne, les photographes, la Convention des jeunes reporters, etc. ».
De son côté, dans un communiqué rendu public, l’Association des Éditeurs et Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL) estime que la création du CNRM répond à une revendication ancienne des acteurs du secteur. L’association rappelle avoir longtemps plaidé pour une autorité de régulation transversale, capable de prendre en compte les mutations technologiques et l’essor des médias numériques. Pour elle, « l’absence d’un régulateur doté de compétences élargies a largement contribué à la crise multidimensionnelle que traverse aujourd’hui le secteur des médias, notamment en matière de professionnalisation et de responsabilité journalistique sur les plateformes numériques. »
Cet accueil favorable est cependant tempéré par une vive critique de la procédure d’élaboration du projet de loi. L’APPEL dénonce une démarche « cavalière, clivante et non inclusive », affirmant que « les organisations professionnelles ont été écartées du processus depuis l’atelier de partage tenu le 24 janvier 2025 sous la présidence du ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. » L’association souligne n’avoir été conviée à aucune séance de travail, ni d’élaboration ni de relecture, alors même que la presse en ligne se trouve au cœur des enjeux de régulation concernés.
Selon Ibrahima Lyssa Faye, « le texte aurait été conçu en circuit fermé par un comité de juristes, sans réelle implication des acteurs du secteur. » Une méthode qui, estime-t-il, « rompt avec la tradition de concertation ayant toujours prévalu dans l’élaboration des textes encadrant la profession. » Historiquement, ces réformes sont le fruit d’une co-construction associant l’État, les professionnels, les juristes et la société civile », rappelle l’association, regrettant que ce principe n’ait pas été respecté pour le CNRM.
Face à cette situation, les éditeurs de la presse en ligne indiquent ne pas être en mesure, à ce stade, de se prononcer sur le contenu ni sur les modalités de fonctionnement du futur organe de régulation. « Nous ne pouvons ni valider ni critiquer le fond d’un texte dont nous ignorons tout de la teneur. Il est regrettable que les principaux concernés soient les derniers informés des règles qui vont régir leur propre profession », a déclaré le Bureau exécutif national de l’APPEL.
Ousmane GOUDIABY
SUDQUOTIDIEN

