Devant les juges du Pjf aujourd’hui : Jour de vérité pour Farba Ngom
Le député Farba Ngom sera auditionné par les juges d’instruction du Pool judiciaire financier (Pjf). Une audition qui fait suite à la levée de l’immunité parlementaire du député. Une conséquence d’un rapport de la Centif faisant état d’un blanchiment d’argent supposé portant sur un montant de 125 milliards de francs CFA. Le député répond à cette convocation sur fond de dénonciation de ses partisans qui parlent d’un acharnement dont fait l’objet leur leader de la part du régime.
L’affaire de blanchiment d’argent supposé portant sur un montant de 125 milliards de francs Cfa entre dans une nouvelle phase. Cela passe, en effet, aujourd’hui par l’audition du député Farba Ngom qui fera face au collège des juges d’instruction du Pool judiciaire financier (Pjf). Le maire des Agnam sera entendu sur cette affaire dans laquelle son nom est cité, suite en rapport de la Centif transmis au Parquet national financier. Avant de faire face au collège des juges d’instruction du Pjf, le député Farba Ngom, accompagné de ses avocats, Mes Doudou Ndoye, Baboucar Cissé et Alassane Cissé, s’était rendu, lundi dernier, à la Dic pour récupérer son mandat de comparution.
Le député Farba Ngom bénéficie du soutien de ses partisans dans le Fouta et la diaspora, qui dénoncent un certain acharnement dont il fait l’objet de la part du régime. Ils voient à travers cette convocation du député devant le Parquet financier, une volonté d’«éliminer» un adversaire politique dont le seul tort est d’avoir tenu tête au parti Pastef lors des dernières Législatives, en rempotant la victoire dans son fief à Agnam, au moment où le parti au pouvoir avait remporté les élections quasiment dans toutes les autres localités. Un grand rassemblement a été organisé à Agnam par les partisans du député, qui a vu plusieurs responsables politiques au sein de l’Apr témoigner de leur solidarité au maire des Agnam.
Dans la foulée, des jeunes dans le fief du député à Agnam et dans les autres localités du Fouta ont tenu des manifestations en guise de soutien à leur leader qui ont valu à certains manifestants d’être arrêtés avant d’être libérés.
Dans la diaspora, il y a eu des mobilisations en faveur du maire des Agnam dont les avocats ont aussi dénoncé la procédure contre leur client. La défense de Farba Ngom déclare qu’elle n’a pas connaissance de ce qu’on reproche à ce dernier.
Si les députés de la majorité ont voté en faveur de la levée de l’immunité parlementaire du maire des Agnam, ce n’est pas le cas des députés du groupe «Takku Wallu». Ces derniers ont boycotté le vote après l’intervention de leur collègue du même camp, Abdou Mbow. Contrairement à l’ancien Premier ministre, Amadou Ba, et ses camarades de «Jamm ak njariñ», qui ont décidé de ne pas suivre l’initiative des députés de «Takku Walu». Mais l’ancien Pm et ses camarades ont tout de même tenu à apporter leur soutien à Farba Ngom en affirmant qu’ils sont pour «une justice au service du Peuple, et non d’un pouvoir !».
Comme le prévoit l’article 52 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, Farba Ngom avait le droit de se faire représenter devant la commission ad hoc mise en place par l’Assemblée nationale pour lever son immunité parlementaire. C’est ainsi qu’il désigna la présidente du groupe parlementaire «Takku Wallu», Aïssata Tall Sall, pour se plier à cet exercice. Mais cette dernière avait décidé de ne pas s’associer aux travaux de cette dite commission, en justifiant son refus par le fait de n’avoir reçu que des lettres de transmission des différentes autorités judiciaires. Elle avait dit qu’elle ne disposait pas des éléments du dossier lui permettant de défendre son collègue en dépit de la requête qu’elle avait adressée au président de la commission ad hoc dans ce sens.
«Depuis que l’on parle du dossier Farba Ngom, on parle sur des hypothèses, on parle sur des suppositions, mais personne au Sénégal, en dehors de quelques autorités judiciaires, n’a vu le dossier de Farba Ngom. Est-ce qu’on lui reproche des coups et blessures volontaires ? On ne le sait pas. La seule chose qu’on sait, c’est ce que le procureur a écrit. Mais qu’est-ce qu’il y a réellement dans le dossier ? On ne le sait pas. Je ne dis pas que ce que le procureur a écrit est faux. Mais quelle est la difficulté à nous donner les faits ?», avait-elle fait savoir lors d’une conférence de presse.
Faute d’éléments d’appréciation du dossier, «j’ai décidé de ne pas m’associer à cette parodie de commission ad hoc», avait déclaré Mme Sall.
La majorité s’en défend en estimant que toute la procédure a été respectée. «Les documents sont bien disponibles, il y a une demande de levée d’immunité parlementaire qui est motivée et vous avez entendu le rapport sur les faits pour lesquels Farba Ngom est susceptible d’être poursuivi», déclarait Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef.
C’est le ministre de la Justice qui a demandé la levée de l’immunité parlementaire du député. Une demande qui intervient à la suite d’un rapport de la Centif sur un blanchiment de capitaux supposé portant sur 125 milliards F Cfa.
Tahirou Sarr à la Dic aujourd’hui
Parallèlement au maire des Agnam, Tahirou Sarr va être auditionné aujourd’hui dans le traitement de la même affaire. Mais l’homme d’affaires fera son audition à la Division des investigations criminelles (Dic), en attendant la suite de l’évolution de ce dossier à tiroirs avec l’évocation de plusieurs personnalités dont les destins semblent être liés à cette enquête sur un réseau supposé de blanchiment de capitaux. Les enquêteurs vont tenter de démêler les relations d’affaires supposées entre les deux hommes d’affaires, qui évoluent aussi dans le secteur immobilier.
Par Amadou MBODJI – ambodji@lequotidien.sn