Airbus-Boeing : un conflit stérile

Selon la condamnation de l’OMC prononcée en octobre 2019 contre Airbus, Washington est en droit d’imposer des taxes sur un volume de produits importés de l’UE représentant un total de 7,5 milliards de dollars (6,4 milliards d’euros). A ce stade, les sanctions américaines ne portent que sur la moitié de ce chiffre, mais pénalisent déjà lourdement des secteurs qui s’estiment injustement ciblés. Les vins français sont ainsi frappés d’une taxe de 25 %, fragilisant la filière sur son premier marché d’exportation. Les vins allemands et espagnols, ainsi que des whiskys britanniques, sont également visés.

Les Etats-Unis ont menacé d’appliquer à tout moment, à partir du 26 juillet, la totalité des sanctions autorisées par l’OMC. Sacs à main français, huile d’olive espagnole et fromages italiens pourraient s’ajouter à la liste des produits surtaxés. Même si Washington est dans son droit, cette escalade serait une erreur.

Coup pour coup

Ensuite, les Européens sont en passe d’activer le même type de sanctions à l’encontre des Etats-Unis, Boeing étant lui-même accusé d’avoir bénéficié d’aides illégales de la part du gouvernement américain. Même si la décision a pris du retard à cause de la pandémie de Covid-19, l’OMC pourrait, dès octobre, autoriser l’UE à taxer à son tour 11 milliards d’exportations américaines. Cette bataille douanière, dans laquelle chacun des protagonistes rend coup pour coup, aboutit à un jeu à somme nulle, qui mine les échanges entre deux partenaires commerciaux déjà considérablement affaiblis par les conséquences de la pandémie.

La crise devrait justement leur faire prendre conscience qu’il est indispensable de mettre un terme à cette guerre stérile, au moment où le secteur aéronautique entre dans une zone de turbulences. La chute brutale des voyages d’affaires et touristiques fragilise durablement les compagnies aériennes, principaux clients d’Airbus et de Boeing.

L’un comme l’autre doivent se concentrer sur leur avenir industriel, plutôt que sur une dispute sans fin, qui devrait appartenir au passé. D’autant que, pour Boeing, à la crise actuelle s’ajoutent les problèmes de fiabilité de son avion star, le 737 MAX. Depuis des mois, la flotte de ces appareils est temporairement interdite de vol, après deux accidents mortels, en octobre 2018 et mars 2019.

Enfin, dernier argument pour une réconciliation, le duopole Airbus-Boeing ne sera pas éternel. Les deux groupes devront bientôt compter avec le chinois Comac, qui est prêt à jouer les arbitres sur ce marché.

Si l’UE, Airbus et même Boeing sont aujourd’hui persuadés qu’il faut tourner la page, il reste à convaincre Donald Trump que s’enferrer dans ce conflit n’est dans l’intérêt de personne.

Le Monde

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