Sommet Russie-Afrique: Moscou en opération séduction pour cette troisième édition

Le coup d’envoi du troisième sommet Russie-Afrique est donné ce mercredi 28 octobre à Moscou. Le format est identique aux deux premières éditions, organisées à Sotchi en 2019 et à Saint-Pétersbourg en 2023 : deux jours de discussions et de réunions, cette fois en plein cœur de la capitale, dans un cadre prestigieux, avec un Vladimir Poutine particulièrement impliqué. À défaut de résultats probants jusque-là, la Russie veut donner l’impression de soigner ses invités et faire la démonstration de son influence sur le continent.

Par :RFI – Avec notre correspondant à Moscou, Thomas de Saint Leger

Un ballet de limousines « Aurus » noires dans les larges artères de Moscou. À l’intérieur des véhicules, réservés aux invités de marque, les chefs d’État africains sont conduits vers leurs hôtels respectifs. Cette année, 22 ont répondu à l’appel du Kremlin, et 48 pays seront représentés en tout. Des chiffres stables par rapport au précédent sommet Russie-Afrique, mais toujours nettement inférieurs à l’édition inaugurale. 

Le casting est sans grande surprise. Les fidèles sont là : le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le Congolais Denis Sassou-Nguesso, parmi d’autres, participeront pour la troisième fois. Le Malien Assimi Goïta revient, lui aussi, au contraire du Burkinabè Ibrahim Traoré, représenté par son Premier ministre (la raison de l’absence du leader du Faso n’a pas été précisée à l’heure où nous écrivons ces lignes). Parmi les nouveaux venus, le Nigérien Abdourahamane Tiani et le Malgache Michaël Randrianirina – déjà vu à Moscou peu après son arrivée au pouvoir – ont annoncé leur présence.

Un cadre prestigieux 

Les séances plénières auront pour cadre le Gostiny Dvor, un bâtiment historique situé près des clochers de la place Rouge, et le Grand Salon du Kremlin. Le dirigeant burundais Évariste Ndayishimiye, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, prendra la parole aux côtés de Vladimir Poutine.

Le président russe, qui doit aussi recevoir ses invités au Kremlin pour une cérémonie officielle ce 28 octobre dans la soirée, est engagé dans un marathon diplomatique : une vingtaine d’entretiens bilatéraux sont prévus et des tentatives de médiation envisagées, notamment entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Autant d’efforts destinés à montrer l’intérêt de la Russie pour l’Afrique et son influence sur le continent.

En marge des échanges diplomatiques, le programme d’affaires devrait réunir environ 4 000 entrepreneurs russes et africains de différents domaines, au cours d’une quarantaine d’événements, selon des chiffres officiels.

Des paroles aux actes ? 

Dès l’ouverture, le président russe s’est exprimé devant un parterre de représentants du continent et en a profité pour rappeler sa conception de l’ordre mondial : une nouvelle architecture multipolaire, « plus équitable » dit-il, où la voix de chaque pays devrait être entendue et écoutée. Il a ensuite appelé à renforcer la coopération entre la Russie et les pays du continent dans les domaines de l’économie, de l’agriculture, de l’éducation, de l’énergie et des technologies. Il a ainsi listé un ensemble de réalisations accomplies depuis le premier sommet de 2019.

Les visiteurs africains, eux, veulent des résultats. À chaque sommet, des contrats sont signés, des engagements pris et les résultats sont bien souvent en deçà des espérances. Evariste Ndayishimiye a donc insisté sur le besoin de solutions concrètes et équitables et de partenariats gagnant-gagnant pour fluidifier les échanges entre le continent et la Russie qui, là aussi, cpratiquement à sens unique. Vladimir Poutine l’a alors invité à visiter le stand d’une nouvelle plateforme opérant en ce sens.

Sur le fond, ce troisième sommet Russie-Afrique reprend le triptyque des premières éditions « Paix-Sécurité-Développement », avec le souhait annoncé de passer des projets aux concrétisations. Sur le plan économique, notamment, en dépit des promesses affichées et des accords signés précédemment, les investissements russes sont restés à un niveau peu significatif, et les échanges avec le continent nettement dominés par les exportations de céréales, d’hydrocarbures ou d’armes vers un nombre restreint de pays. « La dynamique est bonne, mais il serait possible d’agir plus efficacement », reconnaît le conseiller du Kremlin, Youri Ouchakov, cité par la presse russe.

L’accent est enfin mis spécifiquement cette année sur les échanges en matière d’accès aux technologies. Une déclaration sur la coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle doit d’ailleurs être adoptée à l’issue du sommet, jeudi 29 octobre.

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