Lutte contre l’érosion côtière à Fadiouth – L’île aux coquillages gagne des mètres sur la mer

Au moment où l’érosion côtière et l’avancée de la mer se posent avec acuité un peu partout dans les pays insulaires et côtiers, l’île de Fadiouth, à 115 kilomètres au sud de Dakar, gagne régulièrement des mètres sur la mer. Une singularité qui mérite d’être soulignée. 

À partir de Joal, il faut emprunter un mythique pont en bois aux allures orientales pour accéder à l’île aux coquillages, Fadiouth. C’est une construction en bois qui enjambe le bras de mer séparant l’île du continent. Par endroits, il y a des aires de repos. Trois à quatre. Les piétons s’y reposent, soit pour prendre un bain d’air, soit pour immortaliser l’instant. Les touristes aussi. Quelques usagers y taillent bavette, échangent parfois des civilités avec les passants. Des voisins résidents, de retour ou de passage. Les anonymes et les étrangers sont facilement reconnaissables. Si par inadvertance ils empruntent la passerelle sans être repérés par les membres du syndicat touristique qui ont pignon sur rue à l’entrée de l’ouvrage, ils sont vite hélés puis rattrapés. « Il y a un protocole, disent-ils de façon diplomatique, pour ce qui est des visites. » Les explications fournies, un accord trouvé et le chemin se poursuit. Sur le pont, qui est comme un cordon ombilical le reliant au continent, l’île aux coquillages se découvre : belle et fragile. Une touffe de constructions en dur, délicatement posée sur un écrin bleu-marine, avec comme arrière-fonds un ciel azur. Un peu à côté, un autre pont relie aussi Fadiouth à son île-cimetière mixte ainsi qu’aux autres parties émergées de l’estuaire du Mama Nguedj. Un décor de carte postale. Fadiouth est une petite île coquette au charme inspirant. Elle a une superficie d’environ 14 hectares, explique Cyprien Sène, un des doyens du village. En foulant le sol, c’est un bruissement et un crépitement sous nos pas qui annoncent notre arrivée. Les allées sont recouvertes de coquillages. Y marcher, c’est comme composer une musique d’appellation d’origine contrôlée. Un label propre à cette île faite de dépôts successifs de coquillages des siècles durant.

14 hectares

Car Fadiouth est, comme qui dirait l’autre, un don du coquillage. Plus qu’un matériau de construction, le coquillage est ici la vie. Elle accompagne le quotidien des habitants. De l’ostréiculture, à la récolte en passant par la commercialisation et la construction, le coquillage est omniprésent à Fadiouth. En plus du pavage des allées, quasiment toutes les maisons sont construites avec du coquillage. L’ingéniosité de Fadiouth, c’est d’avoir réussi à construire des polders pour s’étendre. S’agrandir et s’épanouir. Avant, lorsque les amas coquillers des îlots des environs étaient encore abondants, les hommes de Fadiouth, raconte Cyprien Sène, un des doyens du village, s’y rendaient en pirogues, chargeaient ces derniers, et revenaient sur l’île pour remblayer les polders. Pour construire ces derniers, les familles plantaient des troncs de rôniers découpés en planches qu’elles plantaient dans le fond marin, les renforçaient avec des lattes et autres branches, pour ensuite les remblayer petit à petit jusqu’à avoir une parcelle sur laquelle construire. En plus des amas coquillers des îlots avoisinants, les hommes utilisaient et utilisent toujours les coquillages issus de l’ostréiculture et de la pêche pour remplir leurs polders ou construire leurs habitations. En outre, témoigne Anna Ndiaye, la présidente de Femmes et coquillage, une association mise sur les fonts baptismaux en 2007, l’ostréiculture, à savoir l’élevage de coquillage au niveau de la mangrove, est une activité génératrice de revenus qui leur permet de gérer leur quotidien ; d’envoyer leurs enfants à l’école voire de faire d’autres activités grâce à l’argent qu’elles gagnent avec l’ostréiculture. Ainsi, de polder en polder, les habitants de Fadiouth ont gagné de l’espace sur la mer. Selon Mme Ndiaye, il y a maintenant moins de polders. La raison, explique-t-elle, c’est qu’il n’y a plus ou peu d’amas coquillers dans les îlots des parages. La conséquence, c’est qu’il devient beaucoup plus cher de construire des polders. C’est pourquoi, renchérit-elle, les jeunes préfèrent maintenant acheter des parcelles sur le continent et y construire. En quittant l’île pour le continent, on aperçoit de l’autre côté Joal-Finio la verdoyante, ondulant nonchalamment au-dessus du bras de mer momentanément rétréci. Car en cette heure de l’après-midi, une bonne partie de l’eau libère le lit du bras de mer. Se découvre alors une terre imbibée où l’on peut marcher par endroits. Des adolescents batifolant tracent les contours de ceux qui vont leur servir de terrain de football. Le soleil darde ses rayons orangés à travers le vert de la nature, le bleu de l’eau et le gris étincelant de cette terre salée et mouillée. Le tout est caressé par l’alizé. Un jour finissant qui annonce la naissance d’un autre. Le cycle de la vie. Un éternel recommencement ici et ailleurs.

Par Aly DIOUF
SOURCE LESOLEIL

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