Le Conseil européen se réunit pour décider de ses futures orientations budgétaires de l’UE
Le Conseil européen s’ouvre ce jeudi pour deux jours. Il sera question des grands dossiers géopolitiques du moment : l’Ukraine, le moyen orient ou encore l’immigration. Ce Conseil sera aussi très orienté sur l’économie, et notamment le budget européen pour les prochaines années.
Par :RFI
Les 27 doivent négocier le budget européen pour la période 2028-2034. Il déterminera les grandes orientations de l’Europe pour les prochaines années. On parle ici de sujets cruciaux comme le financement de la défense, dans un contexte de guerre avec l’Ukraine, de la politique migratoire, et la compétitivité face à la Chine, autre grand dossier de ce conseil européen, rapporte notre envoyée spéciale, Murielle Paradon.
Sur ce budget il y a des lignes de fractures entre les 27. L’Allemagne par exemple souhaite des coupes drastiques, pour tenir la dette. Les discussions s’annoncent « très difficiles », a déclaré le chancelier Friedrich Merz en arrivant au conseil européen ce matin. « Nous devons réduire significativement le budget commun par rapport aux propositions de la Commission. Aucun État membre de l’Union européenne ne peut se permettre de verser des contributions à l’Union européenne à ce point. Juste pour rappel, la proposition actuelle est 50 % supérieure à ce que nous finançons dans le cadre financier actuel à moyen terme . À cet égard, nous faisons face à des négociations très, très difficiles », a insisté le chancelier allemand.
« On ne peut pas faire plus avec moins »
L’Irlande qui assure la présidence tournante de l’Union européenne a proposé déjà de faire 140 milliards de coupe budgétaires, mais c’est insuffisant pour l’Allemagne. Mais face à l’Allemagne, il y a aussi les partisans d’un budget ambitieux et pour eux ces coupes budgétaires seraient c’est intenable.
« On a été très surpris de voir qu’il n’y avait pas de propositions pour avoir des ressources propres, qu’il y avait des coupes budgétaires sur l’innovation, la défense et la compétitivité. Pour faire simple, on ne peut pas faire plus avec moins », a martelé ce matin Roberta Metsola, la présidente du parlement européen en arrivant à Bruxelles
Et puis il y a des pays comme la France qui au contraire veulent un budget ambitieux pour faire face aux défis du monde actuel. Emmanuel Macron est par exemple sous pression de ses agriculteurs qui veulent garder leurs subventions. Les négociations s’annoncent douloureuses comme le reconnait la Première ministre du Danemark Mette Fredericksen, qui estime qu’on « continue à accorder trop d’importance dans des domaines où nous dépensions autrefois des sommes considérables. Alors qu’il faut au contraire prioriser et nous tourner vers l’avenir. La sécurité, la défense — le réarmement de l’Europe — ainsi que la compétitivité sont les enjeux prioritaires. Or, le document de négociation que nous avons reçu de la présidence irlandaise du Conseil ne prend pas suffisamment en compte, à mon sens, les besoins de demain.».
C’est complexe. C’est difficile. Du point de vue du Danemark, il est essentiel de dégager de nouveaux financements pour la défense, la sécurisation de nos frontières, la lutte contre l’immigration illégale et la compétitivité. Ce sera probablement tout aussi difficile que par le passé, voire davantage. Parviendrons-nous à trouver une solution cette année ? Je l’espère. On verra bien.
Certains pays européens voudraient adopter ce budget d’ici à la fin de l’année, car il y a des échéances électorales dans plusieurs pays, en Espagne, en Italie, en Pologne et en France. Ces élections pourraient porter au pouvoir des dirigeants eurosceptiques, ce qui pourraient rebattre les négociations sur ce budget. Mais ça ne va pas être facile d’aller vite pour adopter ce budget car on l’a compris les 27 ont des positions opposées.
Zelensky attendu pour parler du soutien à l’Ukraine
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky doit se rendre à Bruxelles pour participer à une réunion avec ses homologues européens à l’occasion de ce sommet. Il a plus que jamais besoin du soutien des Européens depuis que, de nouveau, l’Ukraine n’a plus les faveurs des États-Unis, rappelle notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet. Entre le marché passé par Washington avec la Russie sur le diesel et les critiques de Donald Trump envers le président ukrainien, les États-Unis mettent l’Ukraine en position difficile. D’autant plus que c’est le Pentagone qui aurait interrompu Starshield, le Starlink version militaire qu’utilise l’armée ukrainienne et que les États-Unis auraient menacé d’arrêter le partage de leurs renseignements avec l’Ukraine, si celle-ci ne mettait pas fin à ses frappes sur les raffineries russes.
Très critique, la cheffe de la diplomatie européenne résume le sentiment général. « Notre message aux États-Unis est que seule la pression fonctionne avec la Russie. Pourquoi concluent-ils ces accords et relâchent-ils la pression sur la Russie ? Nous voyons bien que la Russie y réagit par de nouvelles attaques et une escalade qui ne fait que s’intensifier. Cela ne fonctionne clairement pas », a réagi Kaja Kallas.
Mais au-delà de la solidarité réaffirmée avec l’Ukraine, et l’appel de l’Otan à appuyer la défense anti-aérienne du pays, les Européens se préparent à l’idée d’un nouveau soutien financier après le prêt de 90 milliards d’Euros décidé en décembre dernier. Ils ont tous des finances publiques en difficulté et envisagent déjà de demander une rallonge financière à leurs partenaires du G7.

