Parti de Djibouti vers le Yémen: le naufrage d’un bateau de migrants pour la plupart éthiopiens fait au moins 139 morts

Au moins 139 migrants, dont des enfants, ont péri dans le naufrage d’une embarcation partie de Djibouti vers le Yémen, a annoncé ce dimanche 11 octobre l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un nouveau bilan. 84 personnes sont toujours portées disparues. 

Par Nadia Bouchenni avec agences

« Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent »,  a affirmé l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence de l’ONU. Et pour cause, le bateau qui a chaviré dans la nuit du 8 au 9 octobre près de Guhere, au nord de la ville portuaire d’Obock, ville portuaire de Djibouti, transportait 305 personnes. 84 personnes sont toujours portées disparues, selon un nouveau bilan publié dimanche par l’ONU

« Le [précédent] bilan de 109 morts s’est alourdi après la découverte de 30 corps supplémentaires », pour atteindre 139 morts, a annoncé l’OIM. L’agence a rapporté les récits de rescapés dans un communiqué. Selon Alexandre Coissac, le chef de mission de l’OIM à Djibouti, l’embarcation était surchargée et la plupart des passagers étaient éthiopiens.

Un bilan particulièrement meurtrier et provisoire

Parmi les corps retrouvés, on dénombre au moins neuf filles et six garçons. Plus de 80 personnes ont survécu, toutes de nationalité éthiopienne. L’organisation parle de l’un des naufrages les plus meurtriers de ces dernières années au large de Djibouti.

“Il s’agit d’une perte de vies humaines dévastatrice”, a d’ailleurs réagi le chef de mission de l’OIM. “Des survivants m’ont dit que l’embarcation a commencé à chavirer vers l’arrière dès qu’ils sont montés dedans”, a-t-il déploré.

Après le naufrage, l’OIM a pris en charge 64 rescapés dans son Centre d’aide aux migrants d’Obock, où ils ont reçu soins, hébergement temporaire et aide alimentaire. “Nos équipes sont sur le terrain aux côtés des autorités locales pour fournir une aide d’urgence”, a indiqué le chef de mission de l’OIM. Les autorités djiboutiennes ont poursuivi les recherches, assuré les soins médicaux des survivants et organisé l’inhumation des victimes.

La “route de l’Est”, la plus meurtrière

Chaque année, ce sont des dizaines de milliers de migrants venus de la Corne de l’Afrique qui empruntent la “route de l’Est”, cette voie maritime reliant la région au Yémen en passant par Djibouti et le détroit de Bab el-Mandeb. Les pays du Golfe où ils espèrent trouver sécurité et travail sont leur destination première, selon le communiqué de l’OIM.

Elle compte néanmoins parmi les routes migratoires les plus dangereuses au monde. En 2025, plus de 900 personnes y sont mortes ou y ont disparu, ce qui en fait l’année “la plus meurtrière jamais enregistrée”, selon l’OIM. Sur la même période, la fréquentation de cet itinéraire a progressé de 18 %. Entre le 1er janvier et le 1er octobre 2026, l’organisation a recensé environ 178 000 arrivées en provenance d’Éthiopie.Lire la vidéo

“Cette tragédie nous rappelle brutalement les dangers auxquels sont exposés les migrants le long de cette route migratoire” qu’ils empruntent dans l’espoir de trouver de meilleures “opportunités économiques”, a également déclaré le chef de mission de l’OIM. L’organisation réclame davantage de financements pour les opérations de sauvetage et l’aide d’urgence à Djibouti, ainsi que la mise en place de voies de migration sûres.

Des départs malgré la guerre au Yémen

Les combats qui ont repris début septembre au Yémen, entre rebelles houthis soutenus par l’Iran et les forces gouvernementales aidées par l’Arabie saoudite, n’ont pas ralenti les départs. Il s’agit de l’escalade la plus grave depuis la trêve négociée par l’ONU en 2022. D’après des données publiées la semaine dernière par l’OIM, le nombre de déplacés liés à ces affrontements est passé de 76 000 à la mi-septembre à 200 000, aujourd’hui. Plus de 3 700 personnes ont quitté le Yémen par la mer pour rejoindre Djibouti.Lire la vidéo

Dans l’autre sens, le flux venu d’Éthiopie se poursuit également. L’OIM a enregistré plus de 20 000 arrivées à Djibouti depuis le 10 septembre.

Le chef de mission de l’OIM a raconté avoir échangé avec un rescapé originaire du Tigré, la région du nord de l’Éthiopie où les combats entre les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et l’armée fédérale ont repris le mois dernier. Parmi les passagers, un groupe de 150 personnes avait déjà été refoulé du Yémen et tentait à nouveau la traversée. “Il y a toujours le même objectif d’atteindre les pays du Golfe”, a-t-il souligné.

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