Cameroun: face à la hausse des féminicides, les familles réclament justice
Le nombre de féminicides ne cesse d’augmenter au fil des ans au Cameroun: 50 en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025 selon les autorités. Les familles demandent que justice soit faite. Face à l’ampleur du phénomène, des manifestations ont eu lieu à Yaoundé et même Ajara Nchout Njoya, la star de l’équipe de football féminine du Cameroun, a réagi.
Par TV5MONDE avec agences
Au Cameroun, les meutres commis sur des femmes ne font qu’augmenter. 50 cas ont été recensés entre janvier et avril 2026, selon les derniers chiffres officiels publiés par le ministère de la Promotion de la femme et de la famille. Une situation qui suscite une vive indignation dans l’opposition et parmi les ONG. Un post de la star de l’équipe féminine de football du Cameroun, Ajara Nchout Njoya, sur le sujet est devenu viral.
Selon l’ONU, l’Afrique enregistre le taux de féminicides le plus élevé au monde, avec trois cas pour 100.000 femmes, contre 0,5 en Europe. Le fléau touche aussi d’autres pays du continent, comme l’Afrique du Sud, où neuf femmes ont été tuées dans une série de meurtres qui suscite un vif émoi depuis le 15 juillet.Lire la vidéo
Géraldine Achia, institutrice et mère, battue à mort
Mais derrière ces chiffres froids, il faut prendre en compte des drames humains et des familles brisées. « Perdre ma mère est un cauchemar, le choc est intense. Je n’arrive pas à croire ce qui s’est passé », confie à l’AFP en pleurant Courage Anushuni, 18 ans, fils unique de Géraldine Achia, une institutrice camerounaise battue à mort. Son compagnon est le principal suspect.
Au domicile de la sœur aînée de la victime, à Emana, un quartier populaire de Yaoundé, ses proches, le visage marqué par la tristesse, peinent à contenir leur émotion alors qu’ils organisent les obsèques. Entourée de sa famille, Régina Mbatiabuh Ngukum se remémore avec douleur son arrivée à l’hôpital, où elle a découvert le corps de sa sœur trentenaire recouvert d’un drap. « J’ai vu son visage défiguré, couvert de marques de coups, la bouche déchirée et la mâchoire brisée », confie-t-elle les larmes aux yeux à l’AFP.
Géraldine avait rencontré son conjoint en décembre 2025. Ils s’étaient mariés traditionnellement en juillet. Le soir du meurtre, son mari a affirmé s’être disputé avec elle après une sortie, au cours de laquelle elle serait rentrée avec une bouteille de bière à moitié vide à la main. Une version contestée par sa sœur: Géraldine ne sortait pas. À l’hôpital, elle récupère le téléphone de sa sœur et découvre, sous le choc, une série de photos de Géraldine, le visage couvert de bleus.
Un appareil législatif insuffisant
La psychiatre Laure Justine Menguene pointe la société patriarcale et une éducation violente, dans laquelle l’homme « grandit avec cette idée qu’il est supérieur à la femme ». Viviane Tathi Yende, cofondatrice de l’association Stop Féminicides 237 et présidente de Sourires de femmes, évoque d’autres facteurs : consommation d’alcool et de drogues, difficultés économiques, tensions entre traditions et modernité et sentiment d’impunité.
« Il y a beaucoup d’impunité et de tabou autour de la répression des auteurs de violences. À chaque fois, on privilégie un arrangement à l’amiable », déplore-t-elle. La réponse judiciaire est au cœur des revendications. Martine Ahanda Tana, juge d’instruction à Yaoundé, estime qu’une législation spécifique permettrait d’harmoniser la réponse aux meurtres de femmes dans un contexte de violences conjugales.
Le Code pénal camerounais ne reconnaît pas explicitement le terme de féminicide. La justice qualifie ces crimes de meurtre ou d’assassinat, sans référence au genre de la victime. « Tant qu’il n’y a pas de texte spécifique, chaque magistrat va se baser sur les faits qui lui sont présentés et sur le Code pénal », explique-t-elle. Selon elle, une loi définissant précisément le féminicide et prévoyant des sanctions adaptées permettrait d’établir un cadre juridique commun.
La ministre de la Promotion de la femme et de la famille a annoncé fin août qu’un projet de loi, en préparation depuis plusieurs années, faisait consensus et devait être examiné lors de la session parlementaire de novembre.
La mobilisation de la société civile
Face à la lenteur des institutions, les réactions se multiplient. Le 19 septembre à Yaoundé, plusieurs centaines de manifestants, des femmes et des hommes ont défilé dans les rues de Yaoundé pour dénoncer ce silence synonyme pour eux de complicité avec les meurtriers.Lire la vidéo
Le parti d’opposition MRC a dénoncé dans un communiqué « une passivité coupable » du gouvernement de Paul Biya, 93 ans et au pouvoir depuis près de 44 ans.
Le mari de Géraldine a été arrêté quelques jours après les faits, à plus de 300 km de Yaoundé. Il nie avoir tué sa femme. Pour Courage Anushuni, qui doit enterrer sa mère, une seule exigence: « que justice soit rendue ».

