Moyen-Orient: l’Arabie saoudite promet de riposter avec «fermeté» aux attaques houthies
L’Arabie saoudite a promis mardi 15 septembre de riposter avec « fermeté » après de nouvelles attaques des Houthis du Yémen. Ces rebelles pro-iraniens poursuivent leur offensive pour consolider leur contrôle du stratégique détroit de Bab el-Mandeb, un territoire stratégique pour le commerce mondial. Une alerte de risque d’attaque a d’ailleurs été émise pour la ville sainte de la Mecque, une première.
Par : RFI
Une réunion du conseil de sécurité des Nations unies à New York est prévue à 15h (19h TU) pour évoquer le sort de ce passage maritime clef, a appris l’AFP de sources diplomatiques. L’Arabie saoudite et le Yémen devraient intervenir, selon l’une de ces sources.
La défense civile saoudienne a émis dans la matinée plusieurs alertes de risque d’attaque, dont une pour la ville sainte de La Mecque, une première depuis le début du conflit régional déclenché fin février par l’attaque israélo-américaine sur l’Iran. Les alertes, qui concernaient aussi notamment les environs de Jeddah, grande ville portuaire de l’ouest du royaume, et de Taëf, ont été rapidement levées.
Des affrontements à l’est et au sud
Les rebelles Houthis prolongent leur effort de guerre vers l’intérieur du pays. Les combats se concentrent particulièrement sur la région de Marib à l’est des positions rebelles. C’est le dernier bastion du gouvernement dans le nord qui abrite les plus grands gisements de gaz et de pétrole du pays.
Après sept ans de guerre et une trêve conclue en 2022, les Houthis contrôlent déjà la capitale Sanaa et le grand port de Hodeïda. Mais depuis le début de la guerre en 2014, les rebelles convoitent la région voisine, Marib. Sa prise de contrôle permettrait d’affaiblir l’influence du gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite et d’acquérir donc une nouvelle source de revenus potentiels.
De violents combats se déroulent également plus au sud autour de la ville de Taïz, où les forces gouvernementales yéménites ont lancé une contre-offensive hier. Taïz est le tampon entre le nord-ouest contrôlé par les Houthis et le sud gouvernemental. Elle se trouve également sur la route pour de Mocha, ville côtière stratégique au large du détroit de Bab el-Mandeb, saisie par les Houthis la semaine dernière.
Ce passage reliant l’Europe à l’Asie via la mer Rouge et le canal de Suez était déjà très emprunté pour le transport maritime avant la guerre au Moyen-Orient, mais est devenu encore plus stratégique depuis que l’Iran verrouille le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique.
« Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d’Ormuz »
Sa fermeture serait « catastrophique », a admis mardi le ministère qatarien des Affaires étrangères. « Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d’Ormuz », par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, « on ne peut donc pas se permettre d’ajouter Bab el-Mandeb à cette équation », a déclaré à la presse un responsable du ministère, Ibrahim al-Hashmi, appelant à la diplomatie et au dialogue.
Dans le détroit d’Ormuz, des navires tentant de passer sans l’autorisation de Téhéran sont régulièrement visés. L’un d’eux en a encore payé les frais lundi 14 septembre, selon l’agence maritime britannique UKTMO.
L’Arabie saoudite se retrouve prise en tenaille, entre les attaques des Houthis et ses pétroliers désormais menacés dans les deux détroits. Et son oléoduc Est-Ouest, voie d’exportation de brut cruciale pour contourner le blocage d’Ormuz, est aussi à l’arrêt après des attaques de drones venues d’Irak selon les autorités saoudiennes.
Riyad active sa diplomatie face aux combats
Le royaume multiplie les contacts diplomatiques pour trouver une issue à la crise. Le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto, a reçu lundi le chef du Commandement central américain pour le Moyen-Orient (Centcom) Brad Cooper, et rencontre mardi en Égypte le président Abdel Fattah al-Sissi. Le dirigeant saoudien « cherche des garanties que l’Égypte interviendra, si nécessaire, pour protéger Bab el-Mandeb », analyse Mirette Mabrouk, du Middle East Institute, basé à Washington. Le Caire, ainsi qu’Islamabad, fait partie des capitales ayant récemment signé un partenariat avec Riyad, qui inclut également un volet de défense commune.
Les Houthis ont encore ciblé massivement le sud de l’Arabie saoudite lundi, blessant 13 civils d’après Riyad, qui a riposté par une cinquantaine de frappes selon les Houthis, et promis « responsabilité et fermeté » face à ces attaques.
Le mouvement a aussi visé les infrastructures pétrolières de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus du seuil symbolique de 100 dollars. Sur les marchés mardi, les investisseurs se montrent prudents et les prix du pétrole continuent à progresser : le cours du baril de Brent a encore augmenté de 2,44 % mardi matin, atteignant 108,26 dollars.
« L’Iran n’intervient pas »
Dans ce contexte tendu, l’Arabie saoudite avait demandé le report d’une rencontre avec l’Iran, censée réunir lundi à Oman les pays du Golfe, selon la diplomatie iranienne.
Grand soutien des Houthis, l’Iran a pourtant assuré n’avoir rien à voir avec le conflit en cours. « L’Iran n’intervient pas dans les affaires yéménites », a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï. Ce dernier a affirmé que les Houthis étaient « des acteurs totalement indépendants [qui] prennent leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts ».
Alors que les négociations pour trouver une issue au conflit régional dans son ensemble sont au point mort depuis des semaines, Téhéran a rejeté mardi tout dialogue avec Washington, en réponse à Donald Trump qui s’y était dit « ouvert » la veille.
« Ne vous laissez pas distraire par les signaux contradictoires du président américain, qui alterne entre « pas de négociations » et « nous sommes prêts à discuter » », a écrit sur X le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaï. « Aucune discussion tant que les conditions de l’Iran ne seront pas remplies. Point final ! », a-t-il ajouté dans un message en anglais.
Après des années d’accalmie, le Yémen a été entraîné en juillet dans le conflit régional. Les combats de ces dernières semaines dans l’ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et ont déplacé plus de 100 000 personnes selon le HCR.
SOURCE RFI

