Flou sur le calendrier électoral : FAYE DANS LE SYSTEME
Au Sénégal, la pendule des réformes et des échéances démocratiques semble marquer le pas, et l’impatience gagne l’ensemble de l’échiquier politique. Alors que les textes fixent la fin du mandat des exécutifs territoriaux à la fin du mois de janvier 2027, aucun décret convoquant le corps électoral ni calendrier officiel de révision du fichier électoral n’a encore été publié par la présidence de la République.
Face à ce qu’ils qualifient d’«inertie programmée», les acteurs se mobilisent sur tous les fronts. La Société civile, portée par le collectif Ñoo Lank, a engagé la bataille sur le terrain judiciaire en saisissant la Cour suprême en référé-mesures utiles pour contraindre le chef de l’Etat à agir dans les délais légaux prévus par le Code électoral. Si la juridiction administrative a débouté le collectif le 27 août 2026 au motif que «l’urgence n’était pas démontrée», le signal d’alarme n’en reste pas moins tiré.
Parallèlement, du côté des partis, le Front démocratique et républicain (Fdr) accentue la pression politique tout en attendant la décision du juge des référés, tandis que la formation au pouvoir, Pastef, a elle-même saisi le ministère de l’Intérieur et la Commission électorale nationale autonome (Cena) afin d’exiger de la clarté sur la conduite du processus préparatoire. Une convergence inédite de requêtes qui témoigne de l’anxiété générale autour du respect du calendrier républicain.
Les raisons du suspense : calcul politique et/ou pragmatisme budgétaire ?
Pourquoi le président de la République maintient-il ce silence calculé ? Le temps politique du palais de la République obéit à plusieurs arbitrages stratégiques. En réalité, la raison fondamentale demeure éminemment politique. Le pouvoir en place cherche à consolider son assise institutionnelle avant d’engager le fer dans des villes clés où les équilibres territoriaux sont traditionnellement disputés. Laisser planer le doute sur l’échéance permet d’asphyxier les pré-campagnes des états-majors de l’opposition et de garder la haute main sur l’agenda des réformes.
Par ailleurs, le scénario du couplage se dessine avec une dissolution de l’Assemblée en ligne de mire ? C’est l’hypothèse qui agite désormais tous les salons dakarois : le pouvoir s’achemine-t-il vers un jumelage des élections législatives et des élections locales ?
Pour que ce scénario devienne réalité, la clé d’assaut réside dans le pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale. En vertu de la Constitution sénégalaise, le chef de l’Etat dispose du droit de dissoudre la chambre basse du Parlement. Selon plusieurs sources concordantes, l’Exécutif aurait déjà entrepris de solliciter l’avis du Conseil constitutionnel pour border rigoureusement les contours juridiques et les délais minimaux d’organisation qu’imposerait un tel acte. Si le Conseil constitutionnel donne son feu vert sur l’enchaînement des délais électoraux, une dissolution prononcée en fin d’année ouvrirait la voie à une convocation simultanée des électeurs pour renouveler tant les députés que les conseillers municipaux et départementaux au premier trimestre 2027.
D’une part, l’Exécutif invoque régulièrement des arguments techniques et financiers. Organiser deux scrutins majeurs -les Législatives et les Territoriales- à quelques mois d’intervalle représente une charge budgétaire colossale pour les finances publiques. Dans un contexte économique contraint, la tentation de rationaliser la dépense électorale est forte.
Si le jumelage des deux scrutins offrirait un gain d’efficacité indiscutable et permettrait de trancher en une seule fois la carte politique du pays, le défi logistique s’annoncerait titanesque. L’organisation simultanée de deux modes de scrutin distincts à l’échelle de l’ensemble des communes et départements risquerait d’entraîner une complexité matérielle inédite dans les bureaux de vote.
De plus, l’opposition dénonce par avance une tentative de brusquer le jeu démocratique et de réduire l’espace de préparation des formations indépendantes et régionales. En attendant l’arbitrage rendu par le Conseil constitutionnel et la réaction finale du Palais, la classe politique sénégalaise retient son souffle, consciente que les décisions prises dans les prochaines semaines façonneront le visage du paysage institutionnel national pour les cinq prochaines années.
Par Bocar SAKHO – [email protected]

