Adoption des codes du travail et de la sécurité sociale : Le front social paré pour l’embrasement
Dénonçant une modification unilatérale du Code unique de sécurité sociale, douze centrales syndicales et les associations nationales de retraités menacent d’une grève générale de 72 heures. Ils accusent le ministère du Travail de vouloir supprimer l’autonomie de gestion de l’Ipres et de la Caisse de sécurité sociale (Css), et prévoient de saisir directement le chef de l’Etat pour bloquer la promulgation de la loi.
Le Front syndical pour la défense du travail s’insurge contre ce qu’il qualifie de passage en force. Selon les figures syndicales telles que Mody Guiro (Cnts) et Elimane Diouf (Csa), le ministère a rompu le principe de consultation en faisant voter en catimini une réforme qui balaie l’autonomie de gestion arrachée de haute lutte dans les années 90 par l’ancien leader Madia Diop. L’administration du travail justifierait cette refonte par des recommandations de la Cipres, un argument balayé par les syndicats qui rappellent que cet organe de régulation sous-régional ne dicte que des règles prudentielles, et non la suppression d’organes de gouvernance.
Les points de friction de la nouvelle loi sont clairs désormais, alors que le texte voté, qui n’a pas encore été promulgué par le président de la République, concentre l’indignation autour de réformes structurelles majeures. Perte du pouvoir de nomination : les conseils d’administration perdent leur prérogative de nommer et révoquer les directeurs généraux ; ils ne pourront plus que proposer des noms à la tutelle, qui décidera en dernier ressort. Menace de tutelle directe : le ministère s’octroie le pouvoir de dissoudre les conseils d’administration pour les placer sous administration provisoire. Réduction de la représentativité : les effectifs des conseils d’administration fondent de 22 à 14 membres, couplée à la suppression pure et simple du collège des représentants. Assèchement financier : les agents non fonctionnaires de l’Etat seront désormais affiliés au Fonds national de retraite (Fnr), une mesure qui privera l’Ipres de plus de 20% de ses cotisations actuelles.
Alliés aux retraités des 14 régions du Sénégal, les syndicats déploient un plan de riposte massif : marches nationales, saisine du Bureau international du travail (Bit), réunions syndicales en entreprise et une grève de 72 heures.
Ce bras de fer réveille le traumatisme de 1991. A l’époque, la gestion étatique directe avait conduit l’Ipres à la cessation de paiements après que ses fonds ont été utilisés pour financer des campagnes agricoles. Une inquiétude d’autant plus vive aujourd’hui que l’Etat cumule déjà une dette de plus de 100 milliards de francs Cfa envers l’institution, notamment sur le volet de la pension minimale.

