Centre céramique de Tamba, un projet porté par la résilience féminine
Tambacounda, (APS) – Le Centre céramique de Tambacounda (est) ne compte plus que huit jeunes femmes sur cinquante pensionnaires recrutés au départ pour la fabrication d’inserts en céramique destinés aux foyers améliorés communément appelés fourneaux Diambars. La plupart des pensionnaires ont abandonné depuis 2023, mais les jeunes femmes restées ont tenu, brisant les stéréotypes pour gagner en autonomie en s’imposant comme de véritables potières.
Dans la matinée de ce vendredi 21 juillet, un climat agréable règne dans la ville de Tambacounda, favorisé par un beau temps ensoleillé et un ciel bleu clair accompagné de quelques nuages blancs épars.
Cette légèreté se ressent aussi au Centre céramique, situé sur la RN1, à la sortie de la ville, non loin du Marché sous-régional.
A l’entrée du centre bâti sur une surface d’environ 1 ha, le visiteur découvre des espaces verts agrémentés d’herbes hautes et sauvages recouvrant la majeure partie du sol. A ce décor verdoyant, s’ajoutent quelques arbustes et arbres qui surplombent le centre.
Réhabilité en 2023 dans le cadre du Programme Réussir au Sénégal piloté par la coopération allemande et mis en œuvre par la Chambre des métiers de Tambacounda, le Centre céramique abrite au départ un projet de formation et d’accompagnement de 50 jeunes potiers de la capitale orientale du Sénégal
Mais bientôt 4 ans après son lancement, la plupart des jeunes ont abandonné le navire.
De teint clair, la taille imposante, Fatoumata Barry, la secrétaire générale du Centre céramique de Tambacounda fait partie des huit jeunes femmes qui ont cru en ce projet et s’activent toujours pour la bonne marche du centre.
En ce vendredi, la jeune dame porte un hijab marron, un t-shirt jaune vif, un port complété par une veste de travail bicolore grise et jaune.
Quarante-deux jeunes ont quitté le centre
Le Centre céramique de Tambacounda a été mis en place le 14 février 2023 “pour répondre à une forte demande des artisans de la région qui étaient obligés d’aller jusqu’à Dakar pour obtenir les inserts nécessaires à la fabrication des foyers améliorés, communément appelés fourneaux Diambars”, explique Fatoumata, après avoir chaleureusement accueilli le reporter de l’APS.
“Au départ du projet, le centre comptait 50 jeunes dont 44 filles et six garçons. Mais après 4 ans, nous ne sommes que huit femmes à travailler au niveau de ce centre”, ajoute-t-elle, visiblement très enthousiasmée de présenter un projet auquel elle tient tant.
Entièrement ceinturé par un mur, le Centre céramique de Tambacounda, dont l’architecture ressemble aux infrastructures communautaires telle qu’une école, comprend un bâtiment de quelques pièces avec une large entrée centrale.
A l’intérieur, des monticules de terre argile éparpillées par-ci et par là, un grand réservoir d’eau en plastique noir se dressant au milieu.
Au l’extrémité du centre à gauche, il y a plusieurs machines à côté desquels se trouve un four mis en place pour la cuisson des inserts en argile.
Les inserts en céramique fabriqués dans ce centre se présentent en petits récipients ronds en argile percés de plusieurs ouvertures, afin de réduire la consommation du charbon de bois et promouvoir une cuisson propre.
“Nous fabriquons des inserts utilisés pour la fabrication des foyers améliorés communément appelés fourneaux Diambars. Ils sont très écologiques et présentent des avantages considérables pour les familles”, souligne Fatoumata.
La fabrication de ces inserts en céramique est une technique que les huit pensionnaires du Centre céramique de Tambacounda maîtrisent à merveille grâce à des machines acquises par le biais des partenaires.
Entre 100 et 200 variétés d’inserts par jour
A côté de la machine de moulage, utilisée pour compacter l’argile, une femme debout, est en train de manipuler un long levier permettant de presser et mouler l’argile
“Nous travaillons à partir de l’argile noir, jaune et de la chamotte. Chaque jour, nous faisons le mélange de ces trois types d’argile. Vingt-quatre heures après, le mélange est envoyé au niveau de la calibreuse pour moulage”, explique la secrétaire générale, chargée de faire la présentation du centre.
Au total, entre 100 et 200 variétés d’inserts sortent chaque jour du Centre céramique de Tambacounda, pour des prix variant entre 500 et 2500 francs CFA.
Dans l’une des pièces du centre, une importante collection d’inserts céramiques est soigneusement empilée contre le mur.
Absa Guèye, teint noir, taille moyenne, empile d’autres objets céramiques sur ces nombreux récipients en argile.
“Nous voulons porter très haut ce projet, en tant que jeunes femmes, nous avons choisi de rester ici et de travailler, alors que nous pouvions prendre les pirogues pour tenter notre chance mais on ne l’a pas fait. L’Etat doit nous soutenir parce que nous en avons vraiment besoin”, dit cette femme de 34 ans, qui travaille dans ce centre depuis février 2023.
Besoin de formation en comptabilité et d’autres domaines
Taille imposante, Mariama est la présidente du Centre céramique de Tambacounda. Assise sur un escabeau en fer, elle lisse manuellement un objet en terre cuite percé de plusieurs trous.
Elle explique que cet établissement est porté ”par des jeunes femmes dynamiques et engagées qui ne veulent que travailler et le font sans complexe. Grâce à ce travail, on comprend un peu plus le sens de l’entrepreneuriat”.
“Nous demandons aux partenaires de nous aider en termes de subventions financières, de formation notamment sur la gestion administrative, la comptabilité et le marketing digital […] L’Etat surtout doit nous aider, car nous voulons contribuer au développement de la région de Tambacounda, et notre réussite donnera du courage à d’autres femmes”, plaide la présidente du Centre céramique de Tambacounda.
L’expertise du Centre céramique de Tambacounda en fabrication d’inserts en céramique de qualité est désormais établie, mais son développement se trouve limité par de nombreux obstacles, liés notamment au déficit de ressources financières et à l’accès à la matière première.
L’accès à l’argile, une contrainte majeure
L’accès à l’argile reste la difficulté majeure à laquelle les pensionnaires du Centre céramique de Tambacounda sont confrontées. Malgré la disponibilité d’une argile de qualité dans la région de Tambacounda, elles peinent toujours à avoir une autorisation pour son exploitation.
“Nous avons des difficultés liées à l’approvisionnement en argile. La matière que nous utilisons actuellement, nous vient de Sébikotane, et son coût est élevé […] A titre d’exemple, nous utilisons trois type d’argile, et pour chaque type, nous achetons par six mois 16m3 à 50.000 franc CFA et payons 500 mille francs pour le frais de transport de chaque 16m3 d’argile”, indique la secrétaire générale du centre.
“Il y a pourtant de l’argile à Tambacounda, nous avons entamé les démarches nécessaires [pour pouvoir en disposer] mais jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu d’autorisation ni de la part du Service régional des mines ni de la part du Service des Eaux et forêts”, a-t-elle affirmé.
Malgré ces obstacles, les pensionnaires du Centre céramique de Tambacounda sont décidées à poursuivre ce projet et ne comptent pas baisser les bras.
“Nous étions au départ au nombre 50, aujourd’hui nous ne sommes que huit. Les autres ont abandonné parce que tout simplement la vie ici n’est pas facile. C’est un travail qui demande de la patience, nous restons ici longtemps sans avoir de retombées financières, et cette situation n’est pas facile, surtout si tu es père ou mère de famille”, souligne Fatoumata Barry.
“Nous rappelons aux autorités que nous sommes des jeunes filles de moins de 35 ans et nous avons besoin de soutien en tant que filles aptes à travailler pour le développement de la région”, conclut-elle.
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