Belgique: comment le fils illégitime du prince Laurent est devenu prince sans dotation ni droit au trône

En Belgique, le prince Laurent a officiellement reconnu, en février, son fils Clément Vandenkerckhove, né d’une relation antérieure à son mariage avec la princesse Claire. Âgé de 26 ans, le jeune homme devient de fait prince de Belgique, sans dotation ni droit de succession au trône.

Par Nadia Bouchenni – SOURCE RFI

En septembre 2025, le prince Laurent de Belgique, fils cadet du roi Albert II et de la reine Paola, avait révélé être le père d’un garçon né avant son mariage, fruit d’une relation avec Iris Vandenkerckhove, personnalité de la télévision flamande et chanteuse connue sous le nom de scène Wendy Van Wanten, selon le journal belge Le SoirLe prince avait alors laissé entendre qu’il reconnaîtrait légalement son fils, alors âgé de 26 ans.

Le prince a effectué cette démarche auprès d’un officier de l’état civil en février, une information confirmée par Le Soir. Clément Vandenkerckhove est depuis lors officiellement le quatrième enfant de Laurent, aux côtés de Louise, Aymeric et Nicolas. Cette reconnaissance a une conséquence immédiate: le jeune homme devient automatiquement prince de Belgique. 

Un titre de prince automatique

« C’est automatique », explique Christian Behrendt, constitutionnaliste à l’université de Liège (ULiège), cité par Le Soir. Le juriste se réfère à l’arrêté royal du 12 novembre 2015 relatif à l’octroi du titre de prince ou princesse de Belgique, dont l’article 2 indique: « Dans les actes publics et privés qui les concernent, les princes et les princesses, enfants et petits-enfants, issus de la descendance directe de Sa Majesté le roi Albert II portent le titre de prince ou de princesse de Belgique ».

« Une fois qu’il y a reconnaissance de l’enfant, on tombe dans l’application de cet article 2, qui dit que les enfants et petits-enfants d’Albert II portent le titre de prince », précise le constitutionnaliste. Aucune démarche supplémentaire ni approbation particulière n’est donc nécessaire. Reste une question. Ce titre s’applique-t-il aussi à un enfant né hors mariage? Oui, répond le constitutionnaliste, qui rappelle le précédent de Delphine Boël, cette artiste reconnue par Albert II comme son enfant né d’une liaison hors mariage, en 2020. 

« Dans l’affaire Delphine Boël, les avocats d’Albert II avaient argumenté que cet article 2 de l’arrêté royal de 2015 ne s’appliquait pas à tous les enfants et petits-enfants d’Albert II, donc pas à ceux nés hors mariage. Mais dans son jugement définitif du 1er octobre 2020, la cour d’appel a rejeté cet argument. Et estimé que l’arrêté royal s’applique à tous les enfants et petits-enfants d’Albert II (…) », détaille-t-il, cité par Le Soir. Cette acquisition automatique du titre ne signifie toutefois pas que celui-ci doive être utilisé. Le nouveau prince peut le porter, ou non, s’il le souhaite.

Pas de droit au trône ni de dotation

Comme ses demi-frères et sa demi-sœur, le jeune homme devient par ailleurs héritier à part entière de son père. Mais il n’entre nullement en ligne de compte pour une éventuelle succession royale. Né hors mariage, il ne fait donc pas partie de la dynastie, c’est-à-dire de l’ensemble des personnes pouvant prétendre au trône selon la Constitution. « Ne deviennent successibles que les enfants nés d’une union qui a d’ailleurs reçu l’approbation du gouvernement, comme le prévoit la Constitution », confirme le constitutionnaliste Christian Behrendtaq, cité par Le Soir.

Il ne recevra pas non plus de dotation. Depuis la loi de 2013 sur les dotations royales, seul l’héritier ou l’héritière au trône peut en percevoir une, en dehors de la veuve du roi ou du roi ayant abdiqué, avec un système transitoire prévu pour Laurent et sa sœur Astrid, selon Le Soir. La chaîne britannique BBC précise que seuls le roi Philippe, l’ex-roi Albert II, le prince Laurent et la princesse Astrid perçoivent aujourd’hui une dotation publique. Le nouveau prince n’aura pas non plus de fonction de représentation.

L’histoire entre le père et le fils remonterait à plus de dix ans, selon la BBC. Le jeune homme, présenté par la BBC comme un ancien vendeur de voitures, avait croisé le prince par hasard dans un centre commercial en 2013, sans savoir alors qui il était. Ce n’est qu’à ses 16 ans que sa mère lui a révélé l’identité de son père. Quatre ans plus tard, il a rassemblé son courage pour l’appeler. Plusieurs conversations téléphoniques ont suivi, puis une rencontre en personne, avant que le prince ne propose un test ADN.

« Renoncer à ce nom de famille serait trahir tout ce que ma mère a fait »

« Nous sommes allés à l’hôpital ensemble et je me souviens qu’il m’a dit: ‘J’y vais en premier, pour que tu sois plus à l’aise’ », a-t-il raconté à la chaîne flamande VTM, selon la BBC. Il a ensuite reçu un e-mail du laboratoire lui annonçant une correspondance ADN de 99,5 %. Cette histoire n’est pas sans rappeler celle du roi Albert II, qui avait lui-même dû se soumettre à un test ADN après une longue bataille en paternité. L’ex-roi avait fini par admettre, en 2020, avoir eu une fille lors d’une liaison extraconjugale et l’avait alors reconnue. 

Il avait ensuite abdiqué en 2013 alors que cette affaire de paternité tournait au scandale royal. L’artiste concernée, Delphine Boël, qui avait remporté sa bataille judiciaire et obtenu le droit au titre de princesse, se fait désormais appeler Delphine de Saxe-Cobourg. Dans son jugement de 2020, la cour d’appel avait tranché sur ce point, affirmant qu’elle pouvait porter le nom de Saxe-Cobourg, comme son père. La même possibilité s’offre donc à Clément Vandenkerckhove. 

Interrogé cet été par le quotidien flamand Het Nieuwsblad, il confiait pourtant son attachement à son nom actuel: « Peut-être que je le voudrais, mais je suis fier du nom Vandenkerckhove. Renoncer à ce nom de famille serait trahir tout ce que ma mère a fait pour moi ». Il n’envisage dès lors qu’un éventuel double nom, la loi belge permettant désormais de porter à la fois le nom de son père et celui de sa mère.

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