Bourkhane Wade : de lutteur à la carrière éphémère au fauteuil de président des managers
Certains acteurs ont marqué l’histoire de la lutte sénégalaise avant de se réinventer ou de se reconvertir. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte leur vie d’après-carrière. Zoom sur Bourkhane Wade, ancien lutteur devenu encadreur, manager de plusieurs champions et président du Rassemblement national des managers de lutte du Sénégal.
Dignitaire de Pikine, Bourkhane Wade a connu une carrière éphémère comme lutteur avant de se consacrer à l’encadrement et à la gestion de carrière. Après avoir quitté l’armée sénégalaise en 1977, il retrouve l’ancien lutteur Mansour Diop de Pikine, petit frère de Pape Diop Boston.
« Après cela, j’ai retrouvé Mansour Diop, dont j’étais devenu l’un des encadreurs. Je l’accompagnais dans les « mbapatt », avant de le suivre dans l’arène de lutte avec frappe », raconte-t-il. Par la suite, « Père Bour », comme on l’appelle, décide lui-même de tenter sa chance dans la lutte avec frappe, en devenant ainsi lutteur en activité.
Il appartient à la génération du défunt Sadio Camara de l’écurie Fass. Mais son passage comme lutteur sera de courte durée. « J’ai livré trois combats, mais mes parents n’étaient pas favorables à cette carrière de lutteur. Cela m’a contraint à dénouer définitivement mon « nguimb » », explique-t-il.
Après cette expérience, Bourkhane Wade rejoint l’écurie Pikine, aux côtés de son aîné Pape Diop Boston. Il va progressivement s’imposer comme un homme de confiance et un encadreur recherché. Au fil des années, il accompagne plusieurs champions, parmi lesquels Balla Bèye 1, Mbacké Bâ, De Gaulle, Baboye, Ndiaga Diop, Thieck, Boy Sèye et Tonnerre.
Pour De Gaulle, c’est d’ailleurs leur ami commun Mansour Diop qui les avait mis en relation. Fort de cette expérience, Bourkhane Wade embrasse ensuite la fonction de manager de lutte. Pendant plusieurs années, il défend les intérêts de lutteurs comme Boy Niang 2, Petit Niang, Coly Faye 2, entre autres. Réputé pour sa rigueur et sa disponibilité, il accorde une attention particulière aux contrats.
À la signature de chaque affrontement de ses poulains, il prend le temps d’examiner les différentes clauses, de proposer, si nécessaire, des amendements avant d’apposer sa signature.
École de la vie
Son franc-parler et son caractère bien trempé lui valent progressivement le respect du milieu. Ceux qui sollicitent ses conseils apprécient notamment son expérience et sa connaissance des rouages de l’arène de lutte. Cette reconnaissance va le conduire à la tête du Rassemblement national des managers de lutte du Sénégal.
Le dimanche 4 septembre 2022, lors de l’Assemblée générale tenue à l’Arène nationale de Pikine, Bourkhane Wade est élu président avec 33 voix, devant Mbaye Diagne (31 voix) et Abdou Bakhoum (2 voix). Il succède ainsi à Bassirou Babou, qui avait dirigé l’association pendant de longues années.
Depuis, « Père Bour » poursuit son engagement dans la défense des intérêts des managers et des lutteurs. Son parcours institutionnel s’est également renforcé puisqu’il figure parmi les membres du Comité directeur de la Fédération sénégalaise de lutte à l’issue du processus électoral de 2025.
Son parcours a toutefois connu un récent tournant. En mars 2026, après plusieurs années de compagnonnage, Boy Niang 2 s’est séparé de Bourkhane Wade, qui gérait sa carrière. Cette rupture est intervenue dans un contexte de tensions autour de la gestion du combat contre Reug Reug, finalement disputé le 7 juin 2026.
Bourkhane Wade a confirmé la fin de cette collaboration, tout en déclarant n’avoir aucun regret sur son travail auprès du lutteur de Pikine. Malgré cette séparation, l’ancien lutteur devenu manager reste profondément attaché à la lutte. Pour lui, l’arène constitue une véritable école de la vie, capable de former des hommes et des personnalités de premier plan.
Il cite notamment l’exemple d’Aziz Ndiaye, homme d’affaires accompli ayant fait ses premiers pas dans « l’univers de la lutte » avant de devenir l’un de ses plus illustres mécènes. De ses trois combats comme lutteur à ses responsabilités actuelles de ce « sport de chez nous », Bourkhane Wade aura finalement connu plusieurs vies dans l’arène. Une carrière sportive courte, mais un parcours particulièrement riche dans l’encadrement, le management et la défense des intérêts des acteurs de la lutte.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ
LESOLEIL

