Au Brésil, la bataille pour la présidence dépasse les enjeux locaux
C’est peu de dire que la lutte pour le pouvoir est féroce au Brésil. L’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, le père de Flavio Bolsonaro purge chez lui, pour raisons de santés, une condamnation à 27 ans de prison pour une tentative de coup d’État pour se maintenir au pouvoir malgré sa défaite en 2022. Il a interdiction de s’exprimer sur les réseaux sociaux personnellement ou via un tiers. C’est donc parce que Flavio Bolsonaro a montré une lettre manuscrite de son père qu’il lui est interdit de lui rendre visite. Le candidat a dû aussi affronter des tempêtes internes à la famille Bolsonaro. Sa belle-mère Michelle, l’ayant accusé de l’avoir humiliée avant de lui accorder son pardon avant l’investiture. C’est important compte tenu de sa popularité avec les électeurs évangéliques. Des péripéties qui ont ralenti Flavio Bolsonaro après un démarrage en trombe. Dans les sondages, il est désormais derrière le sortant de gauche Luis Inacio Lula da Silva, qui se représente pour un quatrième mandat à 80 ans.
Un géant, un symbole
L’enjeu va au-delà du Brésil. Il est continental. Plus de 200 millions d’habitant et le 10e PIB du monde, le Brésil est un géant. C’est donc aussi un symbole. Surtout s’il venait à être repris par l’extrême droite dans un continent, l’Amérique du Sud, où elle a le vent en poupe ces derniers mois avec des victoires en Équateur, au Chili, et plus récemment en Colombie et au Pérou. Autant de pays qui ont suivi l’Argentine de Javier Milei, une sorte de grand frère pour ce courant politique. Le président argentin était d’ailleurs là samedi pour soutenir Flavio Bolsonaro, à défaut de voir son père auquel la justice brésilienne lui a interdit de rendre visite. La virulence de son discours devant la convention a d’ailleurs conduit le Brésil à rappeler son ambassadeur à Buenos Aires pour consultation.
Risque d’ingérence
Cette élection, cette bataille, s’insère dans un enjeu encore plus large. C’est un nouveau test pour la doctrine Donroe voulue par Donald Trump. Celle qui veut que tout l’hémisphère occidental, c’est-à-dire l’ensemble du continent américain, du nord au sud, soit l’arrière-cour des États-Unis. Ou en tout cas qu’aucune autre puissance n’y exerce d’influence sérieuse. On pense évidemment à la Chine qui pèse d’un énorme poids économique au Brésil en achetant par exemple 70% de son soja. Ça, l’extrême droite brésilienne oublie d’en parler.
La pression de Washington est totale. Le Brésil a été le premier visé par les nouveaux droits de douanes américains après ceux qui lui ont été appliqués après la condamnation de Jair Bolsonaro. Flavio Bolsonaro a été reçu à la CPAC, le grand rendez-vous des conservateurs américains, une vraie marque de soutien.
Des relations difficiles qui ont conduit aussi le Brésil à refuser l’entrée à deux fonctionnaires américains en raison d’un risque d’ingérence politique, indique une source diplomatique brésilienne à l’AFP. À Washington, le département d’État indique qu’il s’agissait d’une visite de routine pour « rencontrer des responsables gouvernementaux, des responsables religieux et des membres de la société civile pour discuter de l’intégrité électorale, de la liberté religieuse et de la liberté d’expression ». C’est vrai que la méthode est habituelle. Elle a déjà été appliquée dans d’autre pays ces derniers mois comme en France où des responsables qui avaient rencontré des diplomates américains avaient alerté les autorités.
Par : Guillaume Naudin – SOURCE RFI

