Grève générale : Le Sénégal à l’arrêt aujourd’hui
Malgré les ralliements et les explications point par point du ministre de la Fonction publique, Mamadou Lamine Dianté, les syndicats ont décidé de paralyser l’économie nationale ce vendredi 10 juillet. Retour sur les coulisses d’une ultime réunion de conciliation où gouvernement et partenaires sociaux ont campé sur leurs positions.
Par Justin GOMIS – La vie économique du pays sera paralysée aujourd’hui. Les discussions entre le ministre de la Fonction publique et les représentants syndicaux n’ont pas abouti à un consensus. Les syndicalistes ont maintenu leur volonté de mettre en branle leur mouvement de grève générale. Si l’on se fie aux déclarations du ministre, Mamadou Lamine Dianté, qui s’adressait hier à l’opinion publique après sa rencontre avec les partenaires sociaux, ces derniers restent ancrés dans une logique de bras de fer.
Face à la presse, Mamadou Lamine Dianté est revenu d’emblée sur les démarches entreprises par son département pour trouver des solutions à cette crise : «Lorsque ces responsables syndicaux ont annoncé une grève générale pour le vendredi 10 juillet, nous avons reçu une instruction des plus hautes autorités du pays de les rencontrer pour nous enquérir de leurs préoccupations.» «Lundi, nous nous sommes réunis et nous leur avons demandé les motifs de ce mouvement. Ils nous ont répondu qu’ils avaient déposé un préavis de grève sur la table du ministre du Travail et de la fonction publique au mois de mars», a relevé le ministre.
En creusant l’ordre du jour, deux nouvelles revendications ont surgi, liées aux projets de réforme du Code du travail et du Code de la sécurité sociale. Le gouvernement affirme avoir passé en revue les 28 points inscrits dans le préavis, en apportant des réponses précises à chacun d’eux. «Sur la question particulière des licenciements, nous avons estimé qu’il fallait réunir les administrations des structures concernées. Cette réunion a été programmée», a détaillé M. Dianté.
Cdd et Code du travail : un quiproquo selon le gouvernement
Concernant le Code du travail et le Code de la sécurité sociale, les griefs des syndicats se résument à quatre ou ses points principaux, notamment sur la durée des Contrats à durée déterminée (Cdd). Le ministre a tenté de désamorcer le conflit par une démonstration textuelle : «Nous avons projeté à l’écran l’article du Code actuel et celui du nouveau Code qui doit être voté par l’Assemblée nationale. Après analyse, on se rend compte qu’il n’y a pas de différence. Dans l’ancien Code, le Cdd est de deux ans, renouvelable une fois, ce qui fait quatre ans. Dans le nouveau texte, on précise simplement que la durée maximale d’un Cdd est de quatre ans, renouvellements compris.»
Selon lui, toutes les inquiétudes relatives aux contrats ont reçu des réponses claires. Le véritable point de friction ne se situerait d’ailleurs pas dans le Code du travail, mais plutôt dans celui de la sécurité sociale, où les syndicalistes contestent la suppression du collège des représentants. Sur ce point, le ministre a rappelé que cet organe n’est pas reconnu par le socle juridique de l’Ipres (Institution de prévoyance retraite du Sénégal).
Pour fléchir la position des syndicats, M. Dianté a ouvert la porte à des négociations parlementaires, promettant de voir comment intégrer leurs amendements auprès des députés, y compris sur les cas de licenciement signalés dans certaines entreprises.
La bataille des chiffres sur les licenciements
Le ministre a également affirmé avoir auditionné toutes les structures pointées du doigt pour des licenciements abusifs, révélant au passage des divergences au sein même du camp syndical : «L’un d’entre eux a soutenu qu’il y avait eu 3000 licenciés au Fera (Fonds d’entretien routier autonome). Immédiatement, son voisin de table l’a corrigé en précisant qu’il s’agissait de contrats arrivés à terme et non de licenciements.»
Après vérification et confrontation des arguments, le gouvernement table sur un total de 351 licenciements réels dont 224 concerneraient le Port autonome de Dakar. «Ce chiffre sera vérifié dossier par dossier au niveau de la Direction générale du travail et de la sécurité sociale pour s’assurer qu’il s’agit bien de licenciements», a-t-il expliqué. Quant au cas spécifique du ministère des Mines, qui a licencié 44 travailleurs et refuse de les réintégrer, Mamadou Lamine Dianté s’est engagé personnellement à porter le dossier devant le Premier ministre pour arbitrage.
En conclusion, le ministre a dégagé la responsabilité du gouvernement face au blocage actuel. Dans une mise en garde à peine voilée, il a tenu à rappeler aux grévistes, qu’ils soient du secteur public ou du secteur privé, les risques légaux et financiers auxquels ils s’exposent en désertant leurs postes.

