Création de son parti : DIOMAYE LORGNE VERS L’APR ET PASTEF
Un vent de recomposition politique inédit souffle sur le Sénégal. Après des mois de tensions larvées au sommet de l’Etat, la formalisation de la coalition et du mouvement autour du Président Bassirou Diomaye Faye acte une rupture structurelle. En se dotant d’un appareil politique propre, le chef de l’Etat s’émancipe de la tutelle historique du Pastef, tout en ouvrant grand les portes aux déçus et transhumants de l’ancien régime, notamment de l’Apr.
C’est un tournant majeur pour le quinquennat de Bassirou Diomaye Faye. Dans la nuit du vendredi au Palais, il a voulu profiter du rassemblement de plus de 300 élus locaux pour acter la structuration de la dynamique «Diomaye Président» afin d’officialiser un nouveau parti : le chef de l’Etat construit sa propre forteresse politique. Si le Président a clamé haut et fort face à ses alliés que «cette coalition, je ne la trahirai jamais», ce mouvement stratégique vise un double objectif : sanctuariser son pouvoir face à l’intransigeance de Pastef de Ousmane Sonko et siphonner les forces déstabilisées de l’Alliance pour la République (Apr) de Macky Sall d’où sont issus la plupart des élus présents.
Le Président Faye assure : «Il est temps d’aller vers une unité organique, à savoir la création d’un parti politique. Vous tous devrez être membres fondateurs avec une légitimité politique et historique en étant présents au moment de sa création, de sa massification, de son implantation. Ce sera alors la première fois qu’un parti politique démarre avec autant d’exécutifs territoriaux et nombreux d’entre vous viendront nous retrouver…»
La lune de miel du tandem historique «Diomaye-Sonko» appartient désormais aux manuels d’histoire politique. Le récent congrès de Pastef, qui a réélu Ousmane Sonko à l’unanimité avec les yeux rivés sur la Présidentielle de 2029, avait fini de tracer une ligne de démarcation claire. En refusant de participer au dernier gouvernement de mission formé par le chef de l’Etat -qui s’appuie désormais sur un bloc de technocrates et de fidèles-, Pastef s’était positionné en censeur de l’action gouvernementale. Pour Bassirou Diomaye Faye, créer sa propre base politique était devenu une question de survie institutionnelle pour s’extirper de «l’hyperprésidentialisme du parti» et gouverner en toute indépendance. «L’Etat doit veiller à ce que la Patrie et la République soient toujours au-dessus de toute considération partisane», rappelle-t-on dans l’entourage présidentiel pour justifier cette émancipation.
L’Apr en ligne de mire : la grande transhumance a commencé
Le coup de génie -ou le coup de grâce, selon le point de vue- de cette nouvelle architecture réside dans sa capacité d’attraction. Le mouvement présidentiel agit comme un aimant pour les «débris» de l’ancienne majorité de Macky Sall. Privés de leader national depuis le départ de ce dernier et l’échec de Amadou Ba, de nombreux maires, députés et cadres de l’Apr cherchent un nouveau port d’attache pour assurer leur réélection lors des Locales de 2027. En ouvrant les bras à ces profils d’expérience, Bassirou Diomaye Faye réalise un coup double : il affaiblit définitivement l’opposition libérale en la vidant de sa substance, mais aussi se dote d’un ancrage territorial fort grâce à des élus locaux habitués aux joutes électorales, compensant ainsi le déficit de structures de son jeune mouvement.
Cette redistribution des cartes ne va pas sans grincements de dents. Du côté des militants de la première heure de Pastef, le sentiment de déception est palpable. Voir des figures de l’ancien régime «du système» rallier la cause du nouveau pouvoir passe mal auprès d’une jeunesse qui avait voté pour une rupture radicale en 2024.
Le Sénégal entre ainsi dans une ère de clarification inédite. Entre un parti Pastef ultra-majoritaire à l’Assemblée nationale mais repoussé dans l’opposition interne, et un président de la République qui bâtit son appareil au centre de l’échiquier politique avec les transfuges d’hier, les trois prochaines années s’annoncent d’une complexité absolue. Une chose est sûre : le «Projet» initial a changé de visage.

