Le nouveau dirigeant de WhatsApp va-t-il tirer un trait sur sa gratuité?
“Si les gens doivent payer, ils partiront très vite” – Après sept ans à la tête de WhatsApp, son patron Will Cathcart va quitter son poste au profit de Kunal Shah, un Indien qui a fait fortune dans le secteur des services financiers. L’objectif du nouveau président: rendre WhatsApp plus rentable.
Jelmer Luimstra – Source: HLN, AD.nl
Jusqu’à lundi, le nom de Kunal Shah était inconnu du grand public. Cet entrepreneur de 47 ans est toutefois très en vue dans le domaine de la “fintech” dans son pays natal, l’Inde. Après avoir étudié la philosophie au Wilson College de Mumbai, il a investi dans toute une série d’entreprises technologiques spécialisées dans la finance. Il s’est un jour qualifié, sur le ton de la plaisanterie, de “seul fondateur d’une start-up technologique sans formation technique”.
Il a bel et bien connu le succès, par exemple avec sa plateforme de paiement Cred, qui récompense les utilisateurs lorsqu’ils règlent leur facture de carte de crédit dans les délais. Chaque mois, environ 17 millions de personnes se connectent à l’application.
Selon Zuckerberg, Shah est un “bâtisseur”
Kunal Shah devra désormais quitter son Inde natale pour s’installer aux États-Unis, où il prendra la tête du service de messagerie instantanée WhatsApp. Mark Zuckerberg, le dirigeant de la société mère Meta, lui accorde toute sa confiance. Sur Facebook, il le décrit comme quelqu’un doté d’un “esprit de bâtisseur”. Meta investit par ailleurs 900 millions d’euros dans Cred afin d’acquérir un cinquième de la société de M. Shah.Shah en quête d’argent
On ne sait pas encore exactement quelle orientation Shah va donner à cette application de messagerie. Meta n’a pas encore commenté la question. Sur X, l’entrepreneur indien écrit lui-même que l’écart entre “le WhatsApp actuel” et son “plein potentiel” reste “énorme”. Il ne semble en tout cas pas vouloir rester les bras croisés.
En recrutant un poids lourd de la finance, WhatsApp espère trouver de nouvelles sources de revenus. Si l’application coûtait 1 euro par an à ses débuts, elle est gratuite depuis 2016. Aujourd’hui, WhatsApp compte plus de trois milliards d’utilisateurs.
Selon Joey Scheufler, expert en réseaux sociaux, il est “très judicieux” de la part de WhatsApp de placer une personne comme M. Shah à la tête de l’entreprise. “Cette application ne génère pas encore beaucoup de revenus. Il est donc logique de faire appel à un entrepreneur spécialisé dans la fintech, capable d’identifier les moyens d’y parvenir.”Publicités sur WhatsApp
Les pistes de réflexion ne manquent pas. Plus tôt cette année, WhatsApp a lancé des publicités en Europe, sous la forme de chaînes sponsorisées, ainsi qu’un abonnement payant facultatif désormais disponible en Belgique. Les abonnés bénéficient en l’occurrence de notifications spéciales et d’autocollants à utiliser dans leurs conversations. Une nouvelle fonctionnalité permettant d’effectuer des paiements via WhatsApp n’a toutefois pas encore rencontré un grand succès.
Joey Scheufler affirme toutefois que WhatsApp doit encore explorer d’autres possibilités, comme une fonctionnalité permettant de payer en cryptomonnaie, à l’image de celle que son concurrent TikTok a récemment lancée. “Peut-être qu’ils créeront une banque, à l’instar de Revolut et N26”, déclare-t-il. “Je n’exclus pas cette possibilité.”
Plus de fonctionnalités, mais toujours gratuit?
D’après Joey Scheufler, les réseaux sociaux tels que WhatsApp tendent à devenir des “applications tout-en-un”. Un peu comme la messagerie chinoise WeChat, qui permet aux utilisateurs de s’envoyer des messages, mais aussi, par exemple, de réserver des billets de train. “Les développeurs veulent que vous utilisiez leurs applications le plus longtemps possible et que vous en tiriez le meilleur parti.”
WhatsApp pourrait toutefois ne pas devenir payante par défaut, estime-t-il. Il ne s’attend pas non plus à voir apparaître des publicités dans les discussions de sitôt. “Tout le monde s’en lasserait très vite. Les utilisateurs se tourneraient alors vers d’autres services. Si WhatsApp fonctionne autant, c’est parce que beaucoup de gens l’utilisent. Ils ne voudront pas gâcher l’expérience des utilisateurs.”

