« La démocratie est en danger à Madagascar »: le député Antoine Rajerison mis en cause pour corruption

Par Gaëlle Borgia TV5MONDE – À Madagascar, les poursuites contre les voix critiques du nouveau pouvoir militaire continuent. Après les quatre juges de la Haute Cour constitutionnelle mis en cause pour « complot en vue de déstabilisation », c’est désormais un député, Antoine Rajerison, qui se retrouve accusé de corruption. 

Le député de la province d’Antananarivo, Antoine Rajerison, 41 ans, ingénieur agronome de formation, est un nouveau venu en politique. En 2024, contre toute attente, il réalise une percée électorale spectaculaire en remportant les législatives, avec 77,49% des voix, loin devant le parti présidentiel de l’époque, qui peinait à atteindre les 15%.

Devenu populaire grâce à sa radio Fivoarana, le député du parti FIVOY est aussi le premier responsable politique à être descendu dans la rue en septembre dernier pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité. Il en est devenu le précurseur, en quelque sorte, du mouvement Gen Z à Madagascar. 

Des accusations de corruption photo à l’appui, selon plusieurs sources

Très actif dès le début des manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité en septembre, Antoine Rajerison avait même été brièvement arrêté, bien avant que les militaires ne se joignent au mouvement secouant cette île de l’océan Indien. 

Le 13 mai dernier, il franchit un cap en déposant auprès de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) une demande de destitution du colonel Michaël Randrianirina, au pouvoir depuis octobre, pour haute trahison. Il accusait le président de la transition de « violations graves et répétées de la Constitution », évoquant notamment « des arrestations et détentions arbitraires » de militants contestataires.

Les juges de la Haute Cour constitutionnelle ont rejeté sa requête jugée « inadmissible », ne satisfaisant pas les critères constitutionnels pour la destitution du chef de l’État. Mais selon plusieurs sources, le député Antoine Rajerison est accusé aujourd’hui, photo à l’appui, d’avoir tenté de corrompre les juges de la Haute Cour constitutionnelle pour que ces derniers destituent le président malgache de la Refondation. 

« J’ai fait l’objet d’un contrôle fiscal soudain, de campagnes de diffamation… »

Le député Antoine Rajerison pourrait donc faire l’objet d’une procédure fondée sur le flagrant délit, ce que permet la loi. Ainsi, son immunité parlementaire pourrait être levée par l’Assemblée nationale, suite à la demande formulée par la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo. 

Selon Antoine Rajerison, c’est une tentative pour le faire taire: « Il (le président) ne supporte pas la démocratie. Il arrête et emprisonne les personnes qui ne partagent pas ses opinions et les personnes qui dénoncent leurs abus. Je pense que la démocratie est vraiment en danger à Madagascar actuellement », a confié à TV5MONDE le député.

À nos confrères de RFI, il fustige: « J’ai accompli mon devoir en tant que député. En retour, j’ai fait l’objet d’un contrôle fiscal soudain, de campagnes de diffamation sur les réseaux sociaux. Et aujourd’hui, le ministère de la Justice se dresse contre moi, en demandant la levée de mon immunité parlementaire pour permettre mon arrestation. »

Actuellement à l’abri dans son district, où il jouit d’une grande popularité, Antoine Rajerison précise qu’il ne se cache pas et qu’il retournera à l’Assemblée nationale. La semaine dernière quatre juges de la Haute Cour constitutionnelle ont été mis en cause pour « complot en vue de déstabilisation »

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