Coupe du monde 2026: prix des billets, visas, transports…Une compétition réservée aux riches ?

Jamais une Coupe du monde n’a coûté aussi cher aux supporters. Avec des prix pour la finale excédant les 4.000 dollars et la hausse des prix des transports et des hébergements, assister au Mondial est un luxe. En raison de ces tarifs exorbitants, la FIFA est visée par une enquête de justice.

Un billet pour la finale de la Coupe du monde 2026 à plus de 11,5 millions de dollars?

C’est ce que permettent les conditions générales de vente mises en place par la FIFA pour cette nouvelle édition de la compétition de football la plus suivie au monde. Pour assister à un des 104 matchs qui se joueront du 11 juin au 19 juillet au Canada, au Mexique et aux États-Unis, il faut casser sa tirelire. Ou encore pouvoir le faire.

À date du 1er juin 2026, voici quelques tarifs pour les matchs de poule de la compétition, repérés sur le site de vente officiel: 380 dollars pour Jordanie – Algérie en catégorie 2 le 22 juin à San Francisco, 455 dollars sur le côté de la tribune principale pour Colombie – RD Congo le 23 juin à Guadalajara, ou encore 2.325 dollars sur le côté en tribune principale pour Norvège – France le 26 juin à Boston.

Le prix moyen d’un billet pour la finale coûte 590 jours de salaire pour un Ghanéen

Ces prix sont inabordables pour une majorité de supporters. À l’annonce des premiers tarifs par la FIFA en décembre dernier, l’association des Supporteurs européens de football (FSE) avait calculé ce que représentaient ces tarifs mirobolants en fonction des salaires moyens de différents pays. Par exemple, pour un Ghanéen qui souhaiterait assister à la finale, le prix affiché de 4.185 dollars représente près de 590 jours de salaire en prenant un salaire moyen journalier d’environ 7 dollars.

Et pour cette édition, la FIFA ne s’est pas arrêtée là. Elle a ajouté à ces prix déjà exorbitants un mode de tarification dynamique, ce qui signifie que plus la demande est élevée, plus les tarifs s’alourdissent. Plus le match approche, plus la FIFA empoche.

Autre nouveauté sur les billets: la FIFA a rendu légale leur revente par une plateforme qu’elle a développé. Sans plafond de prix. C’est pourquoi a été observée la mise en vente de ce fameux billet pour la finale à près de 11,5 millions de dollars selon l’hebdomadaire américain Time Magazine. La FIFA commissionne évidemment ces reventes. Concrètement, ce système a permis à des spéculateurs d’investir uniquement pour revendre les billets. Et à la FIFA de maximiser ses bénéfices.

Une enquête de justice contre la FIFA

La Coupe du monde 2026 est donc officiellement la plus chère de l’histoire pour les supporters. Déjà en 2022 au Qatar, la question des prix des billets faisait jaser, à côté des polémiques d’atteinte aux droits humains. Cette fois-ci, la grande majorité des observateurs et fans de football s’indignent. Le sujet a même été porté en justice dans les États de New York et du New Jersey. La BBC a récemment documenté comment deux procureures ont ouvert une enquête visant la FIFA.

« L’instance dirigeante du football mondial est accusée d' »avoir artificiellement gonflé les prix » et d' »avoir induit les supporters en erreur » concernant la vente des billets pour le tournoi », explique le média britannique. Un point est notamment saillant: des supporters se sont plaints d’avoir été trompés par les catégories proposées à l’achat puisqu’une seconde vague de vente aurait mis sur le marché des billets encore mieux placés que les tickets les mieux placés disponibles à la vente précédente.

Outre ces prix qui, de facto, excluent les supporters les moins fortunés des stades de la compétition, d’autres coûts, qui eux aussi ne font que gonfler, se cachent derrière les montants à plus de trois ou quatre chiffres de certains billets. Car un accès au stade ne rime pas avec titre de transport. New York, Boston… De nombreuses villes ont annoncé la hausse des prix des trajets en transports en commun entre leur centre et les lieux de la compétition.

Par exemple, à New York, les billets de train pour aller au MetLife Stadium ont, pendant un temps, été annoncés à 150 dollars. Mais selon la BBC, il y a eu un rétropédalage après le mécontentement des supporters. Tarif fixé finalement à 98 dollars, ce qui est tout de même 7,5 fois plus cher qu’en temps normal, où un aller-retour Penn Station – MetLife Stadium vaut 12,90 dollars.

L’argument avancé pour justifier cette hausse des prix: la FIFA a refusé de prendre en charge les transports, et les autorités locales ne veulent pas que ce soit les contribuables qui les financent. En Russie en 2018 et au Qatar en 2022, les trajets en commun pour se rendre aux infrastructures étaient gratuits.

« Gianni Infantino n’a pas pris une seule décision pour freiner cette avancée inexorable »

Les prix des hébergements et la restauration sont aussi très élevés. En bref, vivre la Coupe du monde 2026 va coûter extrêmement cher aux supporters. Ce qui, mécaniquement, exclut les personnes les moins favorisées. 

De plus, plusieurs pays africains pâtissent de la politique anti-immigration de Donald Trump, leurs ressortissants étant contraints de payer une caution entre 5.000 et 15.000 dollars pour obtenir un visa. La FIFA est toutefois parvenue à négocier avec l’administration américaine pour revoir à la baisse cette politique, et cette restriction a finalement été partiellement levée pour certains supporters africains.

La relation intéressée qu’entretiennent le président de la FIFA Gianni Infantino et Donald Trump est souvent pointée du doigt dans l’explication de ces coûts faramineux. « Gianni Infantino n’a pas pris une seule décision pour freiner cette avancée inexorable. Il a augmenté le nombre d’équipes de la Coupe du monde, ce qui va démultiplier le nombre de matchs, donc démultiplier le nombre d’entrées de droits TV, en dépit de tout bon sens sportif« , critique le journaliste du magazine français spécialisé Sofoot dans une interview auprès de la Radiodiffusion Télévision Suisse, diffusée dans Objectif Monde sur TV5MONDE.

De son côté, Gianni Infantino invoque un argument simple justifiant les prix: la demande est immense et les bénéfices de la FIFA sont réinvestis dans le développement du football à l’international. Des stades peuvent être construits et l’accès au football est facilité. Des milliards sont reversés aux fédérations. Les mêmes fédérations qui votent pour élire le président de la FIFA. Et en 2027, Gianni Infantino compte bien rempiler.

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