Formation du gouvernement Al Aminou Lô : Samba Mbalo fustige une culture «sacrifiée» et exige des actes
La composition du gouvernement Al Aminou Lô suscite déjà de vives réserves. Samba Mbalo, Secrétaire général du Saccac, déplore l’absence d’un ministère de la Culture de plein exercice et dénonce un modèle institutionnel inefficace. Entre déficit de personnel, statut de l’artiste en suspens et financements opaques, le leader syndical appelle le nouveau ministre, Alpha Thiam, à rompre avec les promesses politiques pour engager de véritables réformes.
Par Amadou MBODJI – La publication de la liste des membres du gouvernement dirigé par le Premier ministre Al Aminou Lô continue de faire vider les chargeurs des différents secteurs d’activités. Du côté de la Culture, le sentiment dominant reste la déception. C’est en tout cas la position tranchée de Samba Mbalo, Secrétaire général du Syndicat des animateurs culturels et des conseillers aux affaires culturelles (Saccac). Selon lui, les nouvelles autorités n’ont pas su répondre aux attentes légitimes des professionnels du secteur.
Dans une contribution rendue publique au lendemain de l’annonce gouvernementale, le responsable syndical a regretté l’absence d’un ministère de la Culture de plein exercice, une revendication historique des acteurs du milieu. «Depuis maintenant deux ans, les acteurs culturels réclament à cor et à cri ce qui relève du bon sens pour un secteur décrété «prioritaire» : un ministère de plein exercice. En lieu et place, nous assistons à la reconduction pure et simple d’un attelage institutionnel déjà expérimenté il y a huit mois. Un modèle que l’on nous présentait alors comme la solution miracle, mais qui s’avère être une coquille vide, caractérisée par une absence criante d’orientations stratégiques et un manque chronique de moyens», s’insurge-t-il.
Pour lui, ce choix traduit un manque de considération flagrant : «Une fois de plus, la culture reste le parent pauvre des arbitrages étatiques. Nous avons le sentiment très net qu’elle a été servie sur un plateau pour satisfaire des ambitions et des équilibres purement politiques.»
Un attelage ministériel qui interpelle
Samba Mbalo s’interroge également sur le profil des responsables appelés à piloter le département. Il estime que la nomination d’un attelage ministériel ne disposant pas d’une expérience avérée dans le secteur risque de compliquer davantage la prise en charge des urgences. Les premiers signaux envoyés par l’Exécutif n’ont pas suffi à rassurer les professionnels, qui attendent désormais des mesures concrètes plutôt que de simples effets d’annonce.
Le défi est de taille pour le nouveau ministre de la Culture, du tourisme et de l’artisanat, Alpha Thiam. Jusqu’alors Directeur général de l’Agence de développement et d’encadrement des Petites et moyennes entreprises (Adepme) et membre de la Coalition Diomaye Président, ce dernier succède à Amadou Bâ. Cette entrée au gouvernement marque un tournant majeur dans sa carrière, mais sa marge de manœuvre sera scrutée de près.
Le syndicaliste rappelle que de nombreux dossiers prioritaires dorment dans les tiroirs. Le premier point de friction concerne la gestion des ressources humaines, marquée par une incohérence flagrante. «Comment comprendre que nos structures culturelles manquent cruellement de personnel technique alors que 70 animateurs culturels qualifiés et diplômés restent sur le carreau sans emploi ?», s’indigne le Secrétaire général du Saccac.
Parmi les autres chantiers prioritaires, Samba Mbalo cite : l’accélération du projet de la nouvelle Ecole des arts et métiers de la culture, qui doit impérativement se concrétiser avant la fin de l’année 2026 ; la finalisation du statut de l’artiste et des professionnels de la culture, un serpent de mer qui attend un cadre juridique clair ; et la refonte des mécanismes de financement, afin de les rendre plus accessibles, transparents et adaptés aux réalités des créateurs.
Malgré ce tableau sombre, le leader syndical rappelle que les industries culturelles et créatives recèlent un gisement exceptionnel de croissance économique, de création d’emplois et de valorisation de l’identité nationale. Au-delà des critiques, le Saccac invite les nouveaux responsables à instaurer un dialogue permanent avec les professionnels et à veiller à l’application effective des décisions présidentielles déjà actées. Pour Samba Mbalo, le temps des discours est révolu. «Il est temps que la culture cesse d’être un slogan politique pour redevenir une ambition nationale», conclut-il, sommant le gouvernement de faire du secteur un véritable levier de développement et de transformation sociale.

