Après sa rupture avec le Président : SONKO VIDE SES DOSSIERS

C’est le divorce consommé et le déballage général au sommet de l’Etat. Quelques jours après son éviction de la Primature, Ousmane Sonko est sorti du silence pour solder ses comptes avec le Président Bassirou Diomaye Faye. Accusations de complot, rupture de la vision originelle et révélations explosives sur les coulisses du nouveau gouvernement de Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô : le leader de Pastef tire à boulets rouges sur son ancien allié et engage, depuis l’Assemblée nationale, une guerre ouverte pour le contrôle du pouvoir.

Rupture, trahison et coulisses d’un limogeage : Ousmane Sonko brise le silence. Lors d’une déclaration au vitriol, le leader de Pastef a révélé les profondes divergences qui l’opposent désormais au Président Bassirou Diomaye Faye : c’est le grand déballage. Ousmane Sonko n’a pas perdu de temps pour faire sa déclaration suite à la formation du nouveau gouvernement auquel Pastef a décidé de ne pas faire partie. Lors d’une séance d’explications hier, le leader du parti au pouvoir a révélé les divergences avec le président de la République Bassirou Diomaye Faye. Comme à son habitude, il a parlé de complot pour l’écarter. D’après Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye s’est écarté de la ligne et de la vision du parti. Dès le début de sa déclaration, il est revenu sur les péripéties de son limogeage à la tête de la Primature. A en croire le leader de Pastef, le chef de l’Etat l’a appelé pour le rencontrer le vendredi 22, mais après son passage à l’Assemblée nationale, pour lui dire qu’il devait quitter son poste de Pm, parce que certaines de ses positions l’incommodaient. D’après ses dires, le Président voulait qu’il dise qu’ils se sont entendus, ce qu’il a refusé, demandant à Diomaye de prendre ses responsabilités. Et d’expliquer : «A plusieurs reprises, je suis allé le voir pour lui proposer cette solution : que si le marigot était très étroit pour nous deux, on avait une alternative. Moi, j’aurais pu me décaler pour aller à l’Assemblée nationale, parce que j’avais mon mandat de député intact.»

Le leader de Pastef, qui flaire encore un complot, soutient qu’au moment où il parle, «les gens magouillent pour obtenir du Conseil constitutionnel la décision la plus inique que cette institution» aura rendue. Et de sortir la carte de la victime : «Ce qui serait inacceptable, parce que de 2016 à maintenant, les mêmes institutions, les mêmes organes, les mêmes leviers ont été utilisés pour comploter contre ma personne. Vu la configuration, ce sont les mêmes pratiques qu’il compte continuer.»

Revenant sur son limogeage, il estime que lui et le chef de l’Etat auraient pu le faire à l’amiable, mais c’est encore ce dernier qui a «choisi une autre voie». «Je lui ai dit : «M. le Président, ce pays ne peut pas se passer d’un gouvernement sérieux, je vous suggère de ne pas annoncer la mesure tout de suite et qu’on se donne 24 à 48 heures, le week-end, pour discuter ensemble des modalités pratiques de matérialisation de cette décision.» (…) Il voulait que je dise que c’est d’un commun accord qu’on a décidé. Et je lui ai dit : «Si on discute et qu’on trouve des convergences, je peux le faire, à défaut, il faut que vous preniez la responsabilité de dire que vous m’avez limogé.»», a-t-il révélé. Ousmane Sonko précise qu’il s’est toujours fixé une règle : «La rupture ne viendrait pas de moi.»
S’agissant du gouvernement, comme il l’avait déjà souligné lors de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, il n’a pas été consulté en tant que leader du parti de la majorité pour la nomination du nouveau Pm. Poursuivant ses propos, il ajoute qu’il en est de même pour la formation du gouvernement. Des messages ont été envoyés à des ministres Pastef pour consultation, mais dans leur écrasante majorité, ils ont dit qu’il fallait passer par le parti. Selon lui, les choses sont désormais claires entre le Président et son propre camp : s’il veut parler, il faut qu’il passe par les canaux autorisés. D’après Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye a refusé de le faire et les ministres concernés ont refusé de déférer à cette convocation.

A en croire M. Sonko, le chef de l’Etat a perçu cela comme un manque de respect. Selon toujours Ousmane Sonko, c’est finalement lui qui a pris l’initiative de l’appeler. Et de révéler : «Si vous m’appelez malgré tout ce qui s’est passé, la discourtoisie qu’il y a eu entre nous malgré tout ce que nous avons fait pour vous, si vous m’appelez, je viendrai répondre (…) J’ai l’impression que c’est devenu un problème personnel, il y a une fixation sur ma personne, je ne sais pas c’est quoi le problème, mais je m’écarte et je désigne 4 membres du parti. Ces derniers ont été reçus par le Pm (…).»

Coulisses de la formation du gouvernement

Le leader de Pastef, qui a rencontré finalement le Président Faye le jour de la publication de la liste du nouveau gouvernement, informe que les échanges ont porté sur la gestion de la dette, le pouvoir d’achat des Sénégalais, la renégociation des contrats stratégiques et la question de la Justice et la reddition des comptes. Sur ce point, Sonko note que c’est saboté de l’intérieur. «C’est ce qui fait qu’en deux ans, il n’y a rien. La Justice et les dossiers que vous connaissez, il considère que cela se passe très bien ; ce qui n’est pas mon cas et de la majorité des Sénégalais qui pensent qu’il y a un problème de justice dans ce pays. Et celui qui est au niveau de la Justice ne nous rassure pas. Voilà quelqu’un qui était au cœur des dossiers traités par certaines juridictions. Nous avons nos doutes, mais nous allons apprécier. Nous ferons le nécessaire à partir de l’Assemblée nationale», a-t-il déclaré.

Parmi les raisons pour lesquelles Pastef a décidé de ne pas faire partie de gouvernement, il y a le nombre de ministères qui leur sont confiés. Et Ousmane Sonko de déballer : «Si les choses se passaient normalement, vous demandez au parti majoritaire de désigner un Pm. Mais vous êtes allé prendre un Pm qui n’a rien à voir avec notre combat.» S’adressant au nouveau Pm, il lui demande de «rester technocrate et de sortir du jeu politique». Et de menacer : «Il n’a qu’à s’en limiter à ça parce que je sais beaucoup de choses sur ce qui se passe et sur ce qu’il fait. J’ai été très courtois avec lui, il ne faut pas qu’il nous provoque. M. le Pm Al Alminou Lô, restez à votre place ! Le champ politique n’est pas le vôtre.»

Convaincu que si Pastef s’engage, c’est lui qui va donner une caution politique au gouvernement, Ousmane Sonko voulait que le Pm et la majorité des ministres soient issus de leur rang. «Je ne vois pas de formation politique capable d’assumer la place de Pastef. On ne peut pas former un gouvernement sans une assise politique sérieuse, cela n’existe dans aucun pays au monde. Hier (lundi), on a eu un gouvernement qui est suspendu, sans ramification, sans assise politique», a-t-il regretté. Toutefois, Ousmane Sonko fait savoir qu’«aucun de ces ministres n’entre au gouvernement pour un salaire ou un strapontin». «On n’y entre parce que nous croyons à ce pays, parce que nous sommes patriotes, nous avons une vision, un programme.»

Affichant sa déception, il informe que le Président Diomaye a proposé à Pastef 7 ministères avec 0 poste de souveraineté. Ousmane Sonko précise que les 3 ne sont plus considérés comme membres de Pastef parce qu’ils ont outrepassé les consignes du parti pour aller répondre individuellement. Et de citer : «Le ministre Balla Moussa Fofana, le ministre Sy (celui-là je n’ai jamais pu retenir son nom) et Yankhoba Diémé.»

Le leader de Pastef estime que son parti n’a rien à gagner en entrant dans ce nouveau gouvernement. «Nous avons fait deux ans à la Primature avec un gouvernement majoritairement Pastef. Notre bilan est largement positif : nous avons baissé les prix, nous avons renégocié les contrats, nous avons révélé la dette cachée, nous avons respecté toutes les échéances de la dette. Notre bilan est positif, nonobstant l’héritage très difficile», s’est-il félicité, avant d’attaquer encore son désormais ex-allié : «Si on entre dans le gouvernement, c’est par patrio­tisme. Nous avons beaucoup à perdre avec un Président dont on ne connaît plus l’orientation.» «Pastef n’entrera pas dans un gouvernement où il n’a pas au moins la moitié des portefeuilles ministériels avec des ministres de souveraineté», a-t-il tranché.

Le leader de Pastef déballe les secrets du «protocole de Cap Manuel»

Ce mardi, face à la presse, le leader de Pastef et ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, a levé le voile sur les coulisses de son alliance avec le Président Bassirou Diomaye Faye. Entre révélations d’accords secrets et mises en garde fermes, Sonko acte la rupture mais refuse d’être l’agresseur. Un pacte scellé en prison !

C’est depuis sa cellule de la prison du Cap Manuel, avant la Présidentielle de 2024, que l’avenir politique du Sénégal s’est joué. Ousmane Sonko a affirmé avoir refusé un report des élections pour imposer la candidature de Bassirou Diomaye Faye. «Je le jure devant Dieu et le Saint Coran», a-t-il déclaré pour authentifier ce qu’il nomme le «protocole de Cap Manuel». Selon lui, Faye avait accepté de porter les réformes difficiles en 2024 pour lui céder la place en 2029 : «Il m’a dit : […] tu auras ensuite un boulevard devant toi [et] je serai ton directeur de campagne.» Un accord basé sur une confiance telle que le futur Président aurait refusé des témoins, invoquant le lien sacré de son fils, homonyme de Sonko.

Face aux «provocations», Pastef en résistance

Aujourd’hui, l’heure est à la fracture ouverte. Face à ce qu’il qualifie de «manigances» -citant notamment la saisine du Conseil constitutionnel et les convocations de Cheikh Bara Ndiaye et Guy Marius Sagna-, Ousmane Sonko hausse le ton mais joue la carte de la responsabilité. «Nous ne sommes pas les adversaires du Président et de son gouvernement. Nous ne ferons aucune motion de censure, à moins qu’ils ne nous attaquent en premier», a-t-il tempéré. Le leader a exhorté les «patriotes» à ne pas céder à la provocation, pointant du doigt certains militants dont les sorties fracassantes nuisent au parti. Pour Sonko, le pouvoir actuel se trompe de combat. Face à l’approche de l’hivernage et à l’inquiétude populaire face à la hausse des prix, il estime que le gouvernement devrait plutôt s’adresser au Peuple.

Si l’Etat utilise la force pour combattre son camp, Pastef utilisera tous les moyens légaux constitutionnels pour faire face. La bataille pour 2029 est bel et bien lancée.

SOURCE LEQUOTIDIEN

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