UCAD : l’universitaire Abdoulaye Wade raconté par ses anciens étudiants
Dakar, (APS) – Abdoulaye Wade, c’est aussi l’universitaire qui, à la Faculté de droit et de sciences économiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, fascinait ses étudiants. La commémoration de ses 100 ans leur offre une opportunité unique de raconter cet érudit et élégant professeur.
Il y a un Abdoulaye Wade que les manuels d’histoire politique retiennent peu : celui qui, dans les amphithéâtres de la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université de Dakar, au début des années 1970, dispensait des cours magistraux de micro-économie à des étudiants qu’il impressionnait autant par son érudition que par son élégance naturelle.
Avant d’incarner pendant un quart de siècle l’opposition politique au Sénégal, Abdoulaye Wade s’était d’abord imposé comme un intellectuel de premier plan.
Son itinéraire universitaire, à la croisée de plusieurs disciplines, l’a conduit à Besançon, Dijon, Grenoble et Paris (mathématiques, physique, droit, économie, psychologie).
Il obtient son doctorat en droit et en sciences économiques à l’université de Grenoble en 1959, avant d’être reçu au prestigieux concours de l’agrégation de sciences économiques à la Sorbonne en 1970. Il devient ensuite simultanément avocat à la Cour d’appel et professeur à l’université de Dakar.
“Wade, l’un des premiers professeurs sénégalais de l’économie”
Sa thèse, soutenue en 1959, s’intitule “Économie de l’Ouest africain : unité et croissance”. L’auteur y fait l’inventaire des forces et des faiblesses de l’économie africaine en “rejetant toute théorie générale du sous-développement”, dans une réflexion pionnière sur l’intégration économique du continent. La thèse sera publiée aux éditions Présence africaine à Paris, en 1964.
Pape Seyni Guèye, ancien haut fonctionnaire dans l’administration sénégalaise, a été étudiant de Wade en première année de faculté, en 1971. Il livre à l’APS un souvenir marqué par la fierté autant que par l’admiration.
“Nous étions très charmés de voir un Africain dispenser ce cours d’économie, dans une faculté où les professeurs étaient majoritairement français. Et tout d’un coup, il y a un Sénégalais. C’était très important pour nous”, dit-il de l’homme qui apporta sa contribution à l’OUA (Organisation de l’unité africaine) et à la BAD (Banque africaine de développement) en tant qu’expert et consultant.
Cet ancien étudiant retient surtout le rayonnement intellectuel du professeur : “Il nous avait impressionné par son charisme, sa grande culture. Il nous parlait de l’auteur d’un manuel d’économie en anglais qu’il nous avait demandé d’acheter. C’était un bon professeur qui nous faisait honneur”. Et d’ajouter, en pesant ses mots : “En économie, je crois que c’est le premier Sénégalais à avoir été professeur attitré”.
Amath Donsokho et Djibo Ka parmi les étudiants de Wade
Wade dispensa notamment des cours magistraux de micro-économie. Son passage à l’enseignement fut cependant de courte durée. Nommé doyen de la faculté, il fut rapidement confronté à un choix entre sa charge académique et son cabinet d’avocat.
“D’après ce que les étudiants disaient à l’époque, il n’a pas accepté d’arrêter ses activités d’avocat. C’est là qu’il a quitté. Il a eu un bref passage en sciences économiques, mais on a gardé de lui l’image d’un excellent professeur”, précise Pape Seyni Guèye.
Des décennies plus tard, alors que l’ancien fonctionnaire croisait son ex-enseignant lors d’une mission officielle, Wade lui aurait lancé avec amusement : “Partout où je passe, je rencontre mes étudiants”.
C’est dans un entretien accordé au quotidien sénégalais Enquête Plus et publié le 17 mars 2012 qu’un autre ancien étudiant de Wade du nom de Seyni Dramé, brossait le portrait d’un homme dont l’élégance n’avait d’égale que la prestance intellectuelle. “Il s’habillait vraiment très bien. On l’appelait Grand Zazou, diminutif de Zazouman, pour désigner les gens qui portaient de beaux habits”, racontait-il, non sans nostalgie. Wade avait alors pour tailleur un certain Raoul Daubry, dont peu d’étudiants pouvaient se permettre de solliciter les services.
Des personnalités ayant marqué l’histoire politique du Sénégal, comme Amath Dansokho, ancien secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (PIT), et Djibo Leyti Ka, ancien ministre, tous deux décédés, comptaient également parmi les étudiants qui avaient suivi ses cours en licence.
Le leader de l’Union pour le renouveau démocratique (URD) aurait confié un jour que “Wade parlait comme il écrivait”, pour attester de son éloquence.
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